Résumé

Kémégni est agacé, harcelé et torturé par les esprits des ancêtres au point qu’il doute de la justesse de sa foi dans le Christ. C’est à l’extrême, quand il s’apprête à céder, que Dieu lui ouvre les yeux. La vérité est simple pourtant ; il fallait juste y penser.

Couverture

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Début du récit

― Tu ne sais donc pas ? Il vit avec ses ancêtres et il les traîne partout, disait l’homme.

― C’est impossible. Les morts sont morts et n’ont rien de commun avec les vivants, disait le second homme.

― C’est faux et c’est moi qui te le dis, on dit au village que si tu n’honores pas tes ancêtres, tu en porteras la malédiction.

― Ne confonds pas la tradition et la vérité. Les morts sont vraiment morts. Tout le reste n’est que mensonge.

― Je t’assure que tu as tort ! Je parle toutes les nuits avec mes ancêtres et il nous arrive même de manger ensemble.

― Tu es fou ! Tu délires ! Tu n’as aucune preuve de ce que tu avances. Rien ne prouve que les gens que tu voies dans tes rêves sont tes grands-parents.

― Si ! Je me suis renseigné auprès des vieux du village et ils m’ont dit que j’ai beaucoup de chance. Selon eux, les rencontres oniriques régulières sont la preuve que je marche dans les bénédictions ancestrales. Les tiens vont te maudire si tu continues de les négliger...

Je sursautai et me réveillai. Dans le rêve duquel je sortais, le dialogue surpris tenait sur moi un langage inquiétant. « Il vit avec ses ancêtres et il les traîne partout, » disaient-ils.

Le cœur anxieux et chagriné, je m’efforçai de rendre grâce à Dieu : « Seigneur, merci de m’avoir accordé de voir ce jour. Tu es merveilleux, Tu es bon. Toutes tes œuvres sont justes et dignes de louange. » 

Je ne pus prier longtemps. J’étais bloqué, incapable d’ajouter quelque mot que ce soit. Je saisis la Bible, version Louis Segond ; je l’ouvris et tombai sur l’Evangile selon Matthieu, chapitre 5, versets 23 à 26 qui dit : 

« Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens présenter ton offrande. 

Accorde-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur qu'il ne te livre au juge, que le juge ne te livre à l'officier de justice, et que tu ne sois mis en prison. Je te le dis en vérité, tu ne sortiras pas de là que tu n'aies payé le dernier quadrant. »

Troublé, inquiet et coupable, mon esprit fut saisi d’agitations suite à cette lecture. Mon esprit affolé m’enfonça dans les douleurs du rejet social que je subissais. 

« Au travail, les collègues me rejettent ; leur mépris est devenu insupportable et je ne veux plus y aller. Et si je portais  des lunettes fumées ? Si je porte des lunettes fumées, je masquerai le froid de mes yeux ; mais je paraîtrai à contrario comme un lâche. Je ne veux plus y aller, stop. 

« Sortirai-je au moins pour l’air frais ou resterai-je enfermé, terrorisé par les frayeurs de mon imagination et par les défis de mes pensées ? 

« Mon quartier est devenu supplice ; mes voisins immédiats m’accusent et me montrent du doigt ; les boutiquiers ont des attitudes bizarres et me servent avec dépit ; mes amis s’éloignent et les derniers fidèles qui me restent distancent leurs visites. »

Nous étions Lundi matin et mes pensées s’affolaient allègrement. Seul le texte lu avait capacité à me ramener au bon sens et je devais y retourner. Puisque la société ne savait que faire de moi, Dieu seul pouvait encore me comprendre et me consoler. Dieu n’oublie personne, dit-on.

« Mais comment s’y prendra-t-il ? Ma situation n’est-elle pas irrémédiable ? Je supporte depuis bientôt deux mois des accusations sordides et la Parole de Dieu me commande de demander pardon.

« Demander pardon à qui et pourquoi ? A ce que je sache, je ne leur ai fait aucun mal ; mais ils me repoussent sans cause. Mes collègues, mes voisins, et mes amis chuchotent à mon sujet et je me sens partout seul et non désiré. 

« Et si Dieu m’avait abandonné Lui aussi ? 

« Je n’arrive plus à prier. Moi qui pouvais louer et adorer Dieu pendant des heures sans me lasser, voici qu’une minute de prière m’est devenue impossible !

« Je dois pourtant aller au travail, sinon comment paierai-je le loyer ? Que ferai-je pour le paiement des factures courantes ? Les gens disent voir des gens qui me ressemblent dans leurs rêves ; et quand j’approche, ils baissent le ton et murmurent. »

Je passai la journée perturbé et affamé car mes provisions étaient épuisées. Etais-je encore sensible à la faim ? L’homme dévoré par le chagrin connaît-il la sensation de faim ? A quoi bon vivre quand la vie semble achevée, détruite par le déshonneur et la disgrâce des esprits invisibles ? J’avais besoin d’orientation. 

Jusqu’au soir, je n’avais pas digéré l’exhortation biblique et me sentais plutôt contrarié. 

« Comment demanderai-je pardon sans connaissance des faits ? Comment demanderai-je pardon sur la base des chuchotis captés çà et là ? Et comment reprendrai-je ma vie en main si l’exigence du pardon s’impose comme incontournable ? » 

Afin d’avoir le cœur net sur les faits, afin d’établir la vérité sur les accusations interceptées, j’entrepris de rencontrer John, le seul frère qui croyait encore en moi. 

Aux environs de vingt heures, je me rendis chez lui. Après les salutations qui furent bien pesantes, j’eus la gorge bloquée. Que devais-je lui dire ? Que devais-je dire qui me garantît la perpétuation de son amitié ? Le silence est un refuge de qualité face aux risques de la parole.

Le silence se fit long. Les images du journal télévisé défilèrent les unes les autres et ne purent distraire mon chagrin. Mon esprit était dépité et grincheux. Les colportages avaient fait du chemin et je craignais à présent que cette précieuse amitié me lâchât. La tristesse et l’amertume me gardaient sous leurs chaînes. 

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Que pouvais-je bien dire ? Je n’avais plus le sens de l’humour et je savais mes propos maladroits. Las d’attendre indéfiniment le meilleur moment, je plongeai :

― S’il te plaît, dis-moi la vérité et ne me cache rien. Que ce soient mes voisins ou mes amis ou mes collègues, tous ont des comportements bizarres envers moi et personne ne me dit ce qui se passe. Dis-moi s’il te plaît ce que disent les gens.

Ma demande faite, je restai confus pendant des secondes, surpris et étourdi par le courage de mes propos. J’étais cependant soulagé d’avoir ébréché le mûr de la vérité. En effet, j’avais confiance que mon ami me dirait les choses avec exactitude. Il me dit ce que je redoutais : 

― Les gens disent que tes ancêtres te suivent partout ; qu’ils sèment le trouble partout où tu passes par des couches de nuit. Ils troublent les personnes que tu côtoies dans leurs rêves.

Je peinai à respirer à l’écoute de sa réponse. « C’était donc vrai ! »

Je voulus me replier dans le silence mais l’urgence de la fuite prit le dessus. Je n’eus pas idée de demander conseil à John ; je le remerciai et partis aussitôt.

Sur le chemin, je m’efforçai de rattraper ma colère par des questions objectives : « Pourquoi les ancêtres gâteraient-ils mon nom ? Pourquoi s’acharnent-ils contre ma vie ? Que me veulent-ils ? Lesquels des ancêtres commettent-ils de telles choses ? 

« A supposer que je veule me débarrasser d’eux, comment faire ? Le chrétien peut certes chasser les démons au nom de Jésus. Peut-il aussi chasser les esprits des ancêtres au nom de Jésus ? » Mes questions manquèrent de réponses. 

Je ne savais encore rien de ce que la Parole de Dieu dit de telles choses ; et si tous à l’église étaient restés jusqu’ici silencieux, c’est que personne n’avait de conseil spirituel valide à me donner. Pour ces raisons, la solitude restait mon seul refuge. Mais que résolvait-elle ? La solitude sans une communion fructueuse avec le Seigneur est traumatisme existentiel et j’avais besoin d’avancer.

Depuis trois semaines, je n’étais plus allé au travail et la fin du mois approchait ; il était crucial pour moi de reprendre le travail le plus tôt possible. 

Je retournai à la maison. Je m’assis directement sur mon bureau de chambre, déterminé à trouver la solution appropriée. Mes ancêtres avaient fâché plusieurs personnes et le retour en grâce exigeait le pardon. Du moment qu’ils n’étaient pas visibles et capables de demander pardon, n’était-ce pas à moi de le faire à leurs places ? Certainement ! 

Mais ne pouvaient-ils eux-mêmes demander pardon par le même procédé qu’ils utilisaient pour commettre leurs méfaits ?  Difficile à répondre car est-il donné aux esprits de se repentir ? Le pardon n’est-il pas une obligation de l’homme dans la chair ?

Le problème était délicat et mes réflexions nombreuses : « Pourquoi les gens au lieu d’en vouloir directement à mes ancêtres, m’en veulent-ils plutôt ? Pourquoi ces ancêtres n’ont-ils pas commis ces torts auparavant et c’est maintenant qu’ils les commettent ?  Par-dessus tout, quel intérêt ont-ils à commettre ces actes ? Que gagnent-ils dans la luxure ? » J’avais jusqu’ici des difficultés à comprendre et les questions ne m’avançaient guère.

Je repris la Parole de Dieu et relus le texte du matin. Le texte était précis : « Va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. » A cette relecture, ma pensée se focalisa : « Voilà la raison pour laquelle je n’arrive plus à prier et à louer Dieu ! Il va falloir demander pardon à mes collègues, voisins et frères en Christ pour tout le mal que mes ancêtres leur cause, » estimai-je.

Pas si facile ! Malgré la persuasion née de la réévaluation du texte biblique, j’étais encore embarrassé ; embêté par l’absence d’une profonde culpabilité. Plutôt que de plaider la victime, je résolus cependant d’obéir au texte biblique et de supporter volontiers les péchés de mes ancêtres. « Heureux ceux qui recherchent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu, » dit Jésus-Christ dans l’Evangile selon Matthieu... 

Convaincu donc par les propos de John et surtout par la nécessité de retrouver le confort de l’adoration, je décidai de retourner au boulot le lendemain matin. 

Ma décision prise, je me rendis compte que mes vêtements étaient sales. Combien de semaines avais-je passé sans faire de lessive ? Combien de jours avais-je fait sans me laver ? 

J’estimai convenable d’arriver aux bureaux dans les premières heures. Aussi, je lavai immédiatement un ensemble de sous-vêtements, une chemise et un pantalon, comptant sur le vent de la nuit pour les sécher. 

La nuit fut difficile comme les autres, ponctuée de cauchemars et de réflexions sur les troubles qui rythmaient mes quotidiens. 

Dès le lever du jour, je repassai mes vêtements et me lavai soigneusement. Mon apparence reprit un peu de vie, mais mon âme resta triste et dans l’abandon. 

Habillé et à genoux sur le bord du lit, je ne pus lever la voix en prières tant la lourdeur de mon cœur était acariâtre. « Pourvu que le patron me pardonne, » soupirai-je. En fait, le pardon du patron était capital. S’il me pardonnait, il allait certainement motiver les collègues à cesser leurs mépris et leurs méfiances.

J’arrivai au bureau peu avant huit heures. Je rencontrai premièrement la secrétaire. Son accueil me parut bien froid.

« Ah ! Tu es là ? » remarqua-t-elle.

Je m’efforçai de sourire, mais la grimace de mon visage provoqua son dédain. Je rentrai et m’assis silencieusement à mon bureau, sans un mot de plus. Notre box était séparé du secrétariat par une baie vitrée. 

Mon collègue de bureau arriva. Il m’aperçut mais ne me rejoignit pas. Je l’entendis plutôt chuchoter à la secrétaire : « Il vient faire quoi ici ? » 

Il eut été préférable que je n’entendisse rien de ces chuchotis ! Ces paroles malencontreuses que je captai me déconfirent littéralement. Je perdis pendant un moment tout contrôle et tout espoir de reprise. 

L’affolement de mon cœur, l’embarras de ma respiration, les tremblements de mes membres et les vertiges de mes yeux s’accordèrent à me convaincre que le pardon serait refusé. Après une dizaine de minutes, mon calme revint, aidé par la pensée du texte biblique lu la veille. J’avais besoin de pardon et c’est pourquoi j’étais là. La fuite à ce niveau aurait été lâche et suicidaire.

Le chef arriva à neuf heures et quarante-cinq minutes. Je me levai promptement pour le rencontrer. Surpris par ma présence, il me scruta de la tête au pied. Les premières paroles qui me vinrent à l’esprit sortirent de ma bouche, sans que j’eusse le temps de les apprécier :

― Je suis venu vous demander pardon.

Sur quoi il me répondit :

― Bonjour.

L’incision de la salutation jeta à nouveau du froid sur mon intention du jour. Confus et étourdi, la sueur me surprit alors même que le secrétariat était sous 16°C de climatisation. Il me demanda de le suivre dans son bureau. Confiant, je poussai un ouf  intérieur et murmurai rapidement une prière à Dieu : « Merci Seigneur de m’aider. »

Une fois installés dans son bureau, le chef me dit :

― Oui, je vous écoute.

Je repris les mêmes mots dits plus tôt :

― Je suis venu vous demander pardon.

A ma demande, il répondit :

― Demander pardon pour quoi ? Ça fait trois semaines que vous ne venez pas au travail et vos collègues m’ont appris que vous étiez malade. Qu’est-ce que vous avez ? Vous souffrez de quoi exactement ?

Sa réaction me médusa. Au lieu que de lui répondre, je perdis la parole. « Mes ancêtres ne l’ont-ils pas dérangé aussi ? Si oui, pourquoi me perdre du temps ? Pourquoi n’accède-t-il pas immédiatement à ma demande ? » 

Notre échange s’interrompit pendant des minutes. Alors que le silence traînait les pieds, mon chef ouvrit un dossier sur son bureau, feuilleta quelques pages, releva la tête et observa :

― Je vois que vous avez des problèmes. Si je peux vous aider, n’hésitez pas...

Sa remarque me renversa ; je quittai son bureau battu et maladroit. Je manquai malgré moi la courtoisie des au-revoir. Au secrétariat, la secrétaire remarqua platement :

― Vous ne pouvez travailler dans cet état. Vous avez besoin de repos.

Je ne lui répondis pas. Je la fixai plutôt, surpris par ses propos et assommé par la succession des coups qu’encaissait mon cœur déjà endolori. Face à l’apparente sincérité de son regard, je me résignai, vaincu à nouveau. Peut-être fallait-il admettre que la copieuse toilette du matin n’avait pas réussi à maquiller ma grisaille ! Peut-être fallait-il que je me rendisse à l’évidence que mes ennuis n’avaient pas d’issue !

L’autre collègue m’offrit deux mille francs CFA (environ 3 Euros) pour que je pusse manger et m’annonça :

― Nous passerons à la maison.

Pourtant nous étions ensemble. Nous riions ensemble et avons remporté des défis ensemble. Une part de mon affliction résidait dans le sentiment de pitié que les gens semblaient avoir. Suscitais-je tant de pitié ? Apparemment. 

Oh que non ! S’ils avaient pitié, pourquoi les calomnies et les médisances ? La vraie pitié est cette compassion qui incline à l’acceptation de l’autre dans ses défauts et dans ses faiblesses. Lui qui était embêté par mon retour au service était-il toutefois compatissant ? Ma peine était grande et le don reçu garda une valeur mitigée. Mon besoin était ailleurs et résistait l’assouvissement. J’étais sorti pour le pardon.

Déçu, découragé et abattu, je retournai à la maison. J’avais fait tous ces efforts et pour quoi ? Pour honorer la Parole de Dieu ? Oui ! Mais pourquoi n’avais-je pas réussi dans cette négociation de pardon ? 

Couché dans mon lit, je me sentis ridicule. « Voici, les ancêtres s’amusent à mon insu et c’est à moi de réparer ! Ils se livrent à l’immoralité et je dois porter le poids de leur luxure ! Et si je faisais fi des dires ? Les gens parlent de mes ancêtres. Pourquoi ces derniers eux-mêmes ne me disent-ils rien ? Pourquoi ne m’invitent-ils pas dans leurs lubricités ? Et pourquoi suis-je le premier à connaître ce genre de disgrâce ? »

Dix-huit ans avant ma galère, je lus un pasteur qui dans son livre conseille aux nouveaux convertis chrétiens de couper les liens avec les ancêtres afin de vivre une vie chrétienne libre et triomphante. Je l’écoutai ! Et je coupai les liens avec les miens. Comment donc avaient-ils encore accès à ma vie ? Etonnant ! Leurs œuvres étaient supposées ne plus m’atteindre. 

Mon raisonnement aboutit à la contradiction car un enseignement biblique est vrai à toujours. 

Si donc les ancêtres pouvaient encore me signifier leurs mécontentements, les enseignements de cet auteur seraient erronés et ses promesses de liberté et de triomphe bien vides. La suspicion de cette fausseté me convainquit à rouvrir la Parole de Dieu dans l’espoir d’y trouver une indication biblique qui contredit cet auteur.

Je me redressai et entrepris de sonder les Ecritures. Au bout de quatre heures de recherche, je découvris que Dieu accorde de prier pour les ancêtres ! Le texte disait :

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« Ceux d'entre vous qui survivront seront frappés de langueur pour leurs iniquités, (…) ils seront aussi frappés de langueur pour les iniquités de leurs pères. Ils confesseront leurs iniquités et les iniquités de leurs pères, les transgressions qu'ils ont commises envers moi, et la résistance qu'ils m'ont opposée, péchés à cause desquels moi aussi je leur résisterai et les mènerai dans le pays de leurs ennemis. » 

Enfin un éclairci ! La Bible en parlait donc ! Je continuai ma recherche et me rendit compte que Néhémie dut prier pour ses « pères » dans un contexte similaire à celui du texte cité. (Textes : Lévitique 26.39-42 ; Néhémie 9.2)

Je priai immédiatement que Dieu pardonnât le mal que mes ancêtres faisaient aux gens. La résolution était appropriée car elle était au moins supportée par la Bible. Difficile à appliquer cependant. Alors que je confessais les péchés de mes pères, l’idée selon laquelle j’avais coupé les liens avec eux refit surface et se fit dominante. Elle perturba le confort de la prière et je dus l’interrompre inachevée. 

Je voulais prier pour le pardon des péchés de ceux-là même qui n’avaient plus d’incidence sur ma vie ! Du moins étaient-ils supposés ne plus en avoir.

Qui donc a raison ? L’auteur qui conseille la rupture des liens ? Non. Son discours était maintenant rejeté par la Bible. Et alors par quel lien mes ancêtres opéraient-ils encore ? J’avais coupé les liens au nom de Jésus et connaissant la puissance de ce Nom, les liens étaient censés ne plus exister. 

Mon embarras était parfait. Je connaissais à présent la solution biblique, mais cette solution était inapplicable. 

Ma conscience faisait désormais face à une double culpabilité : j’étais coupable d’aliénation avec mes ascendants ; j’étais coupable de leurs péchés actuels. 

La première culpabilité était objective car la rupture des liens filiaux était une approche bibliquement non inspirée. 

Quant à la seconde, elle manquait de franchise et portait du doute en elle. Devais-je vraiment assumer la responsabilité des péchés actuels de mes ancêtres ? Devais-je porter la culpabilité de leurs libertinages nocturnes ? 

Epuisé par les réflexions et dominé par la confusion, j’abandonnai la quête de solution. Je broyais du noir et mon âme rongeait l’amertume.

La suite de la semaine fut pénible. Chaque jour attendait la nuit et chaque nuit soupirait après le jour. J’achevai la semaine dans l’anxiété. Aucune visite d’ami ou de frère en Christ. 

Mes parcours des Ecritures n’offrirent rien d’autre qui pût soulager ma détresse ; au contraire ! En début de soirée du samedi, je parcourus un texte qui me brisa le cœur. En fait, ce n’est pas le texte en lui-même mais les déductions qui en découlèrent. Le texte était une adresse de l’apôtre Paul aux Philippiens qui disait : 

« …car Christ est ma vie, et la mort m'est un gain. Mais s'il est utile pour mon œuvre que je vive dans la chair, je ne saurais dire ce que je dois préférer. Je suis pressé des deux côtés : j'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur ; mais à cause de vous il est plus nécessaire que je demeure dans la chair. » (Philippiens 1.21-24 ; LSG)

A la suite du texte, il me parut évident que mes « pères » n’étaient pas au ciel. 

Cette pensée me terrifia. « S’ils étaient au paradis, ils ne redescendraient pas commettre des indécences dont ils sont accusés. De toute évidence, ils seraient morts avant l’arrivée de l’Evangile ou alors, ils seraient morts sans s’être repentis de leurs péchés, raison pour laquelle ils errent encore parmi les humains, inadmissibles dans la présence de Dieu. » 

Alors que j’étais encore troublé, quelqu’un frappa à ma porte. C’était le bailleur. 

― Bonsoir Monsieur Kémégni, dit-il.

― Ne restez pas à la porte, entrez ; bonsoir Monsieur, répondis-je.

― J’ai un problème urgent et j’ai besoin que vous me faites une avance de loyer d’ici demain matin.

― Euh! Combien ? 

― Même si vous payez le tout, ce serait encore mieux…

― Je vais voir…

― Je passe à quelle heure ?

― Mmm, après l’église, donc vers midi...

― J’espère que vous allez bien, demanda-t-il.

― Ça va merci, répondis-je.

« Dieu est grand et l’homme est petit, » disions-nous à l’université entre étudiants. Mon logeur venait de me ramener sur terre.

L’homme vit en fait pour faire face aux problèmes et l’excès de détresse n’exclut pas une calamité nouvelle. De ce que je sais de la vie, il faut se rapprocher davantage de Dieu quand les afflictions se multiplient, plutôt que de se lamenter ou de se plaindre. Dieu connaît le pourquoi de toutes choses et sait consoler l’âme meurtrie. 

Mon bailleur était un pragmatique qui, disait-il, a vu beaucoup de choses dans la vie. Ce qui comptait pour lui était le versement de ses dus ; tout le reste importait peu. Ayant passé plus de quarante années en Europe, il était affable mais réservé ; peu enclin à entrer dans les dossiers intimes de ses hôtes.

J’avais encore de quoi payer et après ? Mes revenus diminuaient sans retenue et la solution à mes problèmes devait se trouver de peur que la famine et la rue ne me surprissent. J’étais maigre et desséché par le chagrin, mais qu’adviendrait-il qu’en plus je me retrouvasse sans sou ?

Le dimanche matin, je m’apprêtai très tôt. Ma préoccupation immédiate était d’avoir le conseil du pasteur sur la réparation des liens avec mes ancêtres. J’avais besoin de savoir si une chose brisée au nom du Christ pourrait être réparée. Les frères de l’église me parlaient avec peine et peu m’importait désormais leurs mépris. Je devais avancer selon que la Parole me renseignait.

Peu avant neuf heures, mon voisin Tony arriva :

― Bonjour voisin, dit-il.

― Oui Tony ; on dit quoi ? répondis-je.

― Tu vas à l’église à ce qui me semble…

― Je veux bien, ça fait deux dimanches que j’ai manqué d’y aller…

― Si seulement tu savais ce que les gens disent de toi là-bas, tu ferais mieux d’aller ailleurs.

― Que disent-ils de si grave ? 

― Des choses que je ne puis répéter, répondit-il, ton nom est à terre si tu comprends ce que je veux dire… 

― Merci pour l’avertissement ; je ne sais pas si je pourrai le ramasser ; mais j’y vais quand-même, répondis-je. Je vais réfléchir en chemin. Il est presque l’heure et je ne saurai tarder.

Tony n’était pas un grand ami. Juste un voisin chrétien qui était membre d’une autre assemblée. Il était l’un des rares qui me saluait encore et qui se doutait d’une anormalité dans ce qui m’arrivait. Par exemple, il me dit dès les premiers jours de galère, qu’il ne comprenait pas comment en une seule semaine toute une ville pouvait se lever contre un seul homme. Il n’avait pas de solution pour moi, mais sa neutralité m’aidait à m’ajuster.

Je partis quand même à l’église, mais en retard. J’arrivai juste au moment de la prédication et écoutai le message avec grand intérêt. Il était question que Christ s’est fait malédiction pour l’homme afin que tous ceux qui se confient en lui soient soustraits de toute malédiction terrestre. Les versets cités étaient tirés de l’épitre aux Galates. 

Beau message qui me regonfla ! Dieu me montra qu’il avait une issue pour moi : « S’il a porté toutes mes malédictions sur lui à la croix, aucune malédiction ne peut m’atteindre, fût-elle celle des ancêtres. »  

Mon interprétation du prêche révolutionna ma perception de mes souffrances. L’espoir reprit vie pendant la prédication ; mais d’une vie brève. Tous ceux que je saluai à la fin du culte semblèrent occupés et distants. Voulant saluer Boubacar, il me tira à l’écart et conseilla : 

― Tu dois aller faire des sacrifices à tes ancêtres pour qu’ils te collent la paix.

Je le regardai dubitatif. Son conseil était inattendu et en plus contraire à l’esprit du prêche que je venais d’écouter. 

― Comment ça sacrifier à mes ancêtres ? J’ai coupé tous les liens spirituels avec eux.

― Ce n’est pas possible. On vient de quelque part et il y a des choses qui sont sacrés. Si tu les as coupés, comment se fait-il qu’ils veulent en finir avec toi. Regarde-toi un peu ! Tu es méconnaissable. 

― Je ne sais plus rien. On laisse comme ça car tout est mélangé en moi.

Il me donna l’exemple d’un de ses oncles qui avait vécu des symptômes semblables en France. Cet oncle eut la paix seulement quand il retourna au Burkina et après qu’il fit des sacrifices à ses ancêtres. 

 « Peut-être que la solution à ce problème se trouve dans la tradition et non dans l’église, » évaluai-je intérieurement. 

Après Boubacar, je m’approchai du pasteur et lui fis part du conseil. Sa réponse fut sans appel :

― Quoi qu’il advienne, reste avec Jésus-Christ ; il donnera le soulagement au bon moment.

Avant que je n’eusse apprécié son conseil, le pasteur ajouta :

― Je connais un frère qui s’est retrouvé dans une situation semblable. Il est retourné à la tradition et est mort loin du Seigneur.

A ces paroles, je voulus retrouver ma solitude. 

Bien accueilli, je ne pouvais le dire. Le conflit des conseils était intense et j’avais besoin de me situer. Les deux derniers conseils reçus se contredisaient et j’avais besoin de les ajuster à la prédication du jour. 

Je ne demandai rien au pasteur touchant les liens brisés par le nom de Jésus. Les conseils du frère Boubacar semblaient contenir ma réponse et j’avais seulement besoin de mettre des points sur les « i » pour filtrer un chemin dans le flot d’informations qui maintenant me submergeaient.

Je fis escale au guichet de ma banque où je retirai le nécessaire pour ma location. Une fois à la maison, je satisfis mon bailleur et montai aussitôt dans mon studio. Je rassemblai le maximum de condiments et fis un riz au gras qui me redonna goût à la vie. Déjà, mon âme connaissait un léger relâchement depuis la visite en soirée du logeur. Malgré la confusion née des échanges à l’église, l’espoir était maintenant présent, même si mince.

Après le repas, j’allumai la télévision. Une première depuis des semaines. Il était question de franc-maçonnerie sur Truth Media Channel. Le débat était passionné mais personne ne donnait de réponse claire sur ce que les francs-maçons sont exactement, ni sur la démarche pour quitter le groupe. 

Ils parlaient de croissances en degrés, de favoritismes, de coups bas au sein de l’organisation, des crimes rituels, d’initiations dont les clauses sont cachées aux candidats. L’un des panelistes indiqua que c’est dans les degrés les plus élevés que certains francs-maçons découvrent que Satan est leur Maître. 

Cette dernière information m’effraya et je zappai la chaîne. J’étais en fait choqué par l’idée de mensonge. Car selon moi, le mensonge est crime contre l’aspirant à l’élévation spirituelle. Quel malheur d’investir temps, argent et confiance pour atteindre de hauts grades spirituels et découvrir après des années de dévouement qu’on était à la mauvaise adresse et que monter en grades signifiait tomber en disgrâces ? 

Un mensonge spirituel est criminel ; il est si révoltant qu’aucun humain sensé ne devrait l’accepter. Que Dieu ait pitié des lâches. Que Dieu sauve ses enfants égarés.

La compassion ressentie à l’endroit des francs-maçons me ramena à ma propre réalité. Je pris une feuille blanche ; j’y affichai toutes les solutions à ma disposition et engageai une analyse synthétique. Ainsi sur la feuille, je reportai :

Point 1 : Jésus-Christ m’a délivré de toutes malédictions ancestrales et de toute autre forme de malédiction spirituelle. 

Point 2 : Le frère Boubacar m’informe que je dois apaiser mes ancêtres par des sacrifices (je suppose qu’il s’agit de sacrifices d’animaux).

Point 3 : Le frère Bouba insinue que le lien entre l’homme et ses ancêtres ne peut se briser car il y a des lois irrécusables. Ce qui sous-entend que ma coupure ne réussit pas. En d’autres termes, je suis éternellement lié à une ascendance. Ce qui est plausible ! Ne dit-on pas en science que toute découverte part de quelque chose ? Et même ! Dieu demande à tout homme d’honorer son père et sa mère afin de vivre longtemps sur la terre. Ce qui veut dire que la volonté de m’aliéner de mes géniteurs n’était point soutenue par Dieu et ne pouvait réussir.

Point 4 : Lévitique me montre que je peux prier pour le péché de mes « pères » et Dieu les pardonnerait. Bien plus, le texte révélateur montre clairement que ma détresse est en droite ligne avec la volonté de Dieu (ma souffrance serait justifiable par les péchés de mes ancêtres). En sorte que prier pour leur pardon m’attirera un apaisement des douleurs par-dessus le pardon de Dieu.

Point 5 : Il y a des années de cela, j’ai coupé les liens avec mes ancêtres au nom de Jésus alors même que je ne devais rien couper. Mon devoir devant Dieu était de les honorer plutôt que de chercher la victoire spirituelle sans eux. Ce faisant, je les traite de nuisibles spirituels. Etant sur terre, Pépé m’aimait ; est-il devenu mon ennemi de l’autre côté ? Pour quelle raison ?

Je me limitai à ces cinq points. 

L’analyse des points 3 et 5 m’indiquèrent que la solution de la Bible (Point 4) était à ma portée. Seulement, je devais demander pardon au Christ pour avoir profané son nom. En effet, Jésus permet de lier et de délier des choses en son nom; mais il me semble que cela doit être cadré par la vérité. Ce qui est juste car Dieu n’est pas de désordre mais de paix. Il ne saurait conseiller d’honorer les « pères » tout en autorisant de les renier.

Heureux de mes conclusions, je m’agenouillai et priai (application du point 5) :

« Seigneur Jésus, je te supplie de me pardonner pour avoir utilisé ton nom sans discernement. Pardonne à cet auteur qui m’a égaré. Pardonne-moi aussi d’avoir utilisé ses conseils sans examen de leurs pertinences à la lumière de ta Parole. » 

Motivé par l’inspiration et l’assurance de ma juste attitude, je continuai (application du point 4) : « Seigneur, je te prie de pardonner toutes les fautes qu’ils ont commises lorsqu’ils étaient sur cette terre… Tu connais les cœurs des parents et des grands-parents de papa et de maman. Quel que soit ce qu’ils ont fait de mal sur cette terre, pardonne leurs péchés. C’est par Jésus-Christ que je te le demande, amen. »

Je me relevai, consolé d’avoir pu appliquer la Parole de Dieu. Cependant cette réussite de l’application du conseil biblique ne produisit pas la liberté totale espérée. Je me sentais encore captif. Ma joie n’avait pas d’ouverture pour s’éclater et j’éprouvais toujours une grande tristesse. La résolution du problème restait imparfaite. 

Face au constat de mon insatisfaction, j’abandonnai la recherche. Les événements de la journée me renseignaient tout de même que la solution était possible en Christ. Comment ? Là était l’accablante équation dont Dieu seul détenait les solutions.

Deux autres semaines s’écoulèrent sans que je pusse trouver de solution. Les cauchemars étaient toujours fréquents. Je ne me sentais nulle part désiré, ou accueilli. Les points d’ancrage de mes réflexions étaient trop effrayants pour que je les examinasse diligemment. Dans l’adresse de Paul présentée plus haut, il savait qu’il allait au Paradis auprès du Christ. Mais moi, si je mourais, où irai-je ? Peut-on entrer au Paradis avec le péché ? 

Je n’avais pas encore l’assurance du pardon des collègues et des voisins pour les méfaits que leur causaient mes pères. Je n’avais même pas encore présenté mes excuses aux frères chrétiens. Auraient-ils mieux réagi ? Quant aux voisins, j’avais été stoppé par le premier dont la réaction fut aussi décevante que celle des collègues. 

« S’il te plaît je te demande pardon pour les dérangements nocturnes, » lui avais-je dit ce jour-là. 

« C’est les derniers temps, les gens vivent des choses bizarres dans leurs maisons, » m’avait-il répondu. M’avait-il pardonné dans ses propos ?

Après deux semaines donc, je retournai à l’église, conscient de devoir me contenter de ma place. J’étais malheureusement dans l’incapacité de diriger quoi que ce soit à l’église car je me disais : « Mes ancêtres pourraient déranger les enfants ou les choristes après mon passage. »

Ce dimanche-là, le message ne fut pas tendre. Il traitait de la sanctification comme condition d’entrée au Paradis et le pasteur cita un texte tiré de l’Apocalypse qui disait : « Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d'avoir droit à l'arbre de vie, et d'entrer par les portes dans la ville ! Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres, et quiconque aime et pratique le mensonge ! » (22.14-15)

Le mot « impudiques » sonna à mon entendement comme une gifle. Je ne fus plus capable de suivre le message, et je ne pus m’empêcher de songer à l’errance spirituelle de mes ancêtres. « S’ils sont encore réduits à l’impudicité nocturne, c’est qu’ils n’ont pas eu l’entrée au Paradis. Et moi qui n’ai pas su me faire pardonner au plan social, ne serais-je pas rejeté comme eux ? » Je souffris le drame jusqu’à la fin du culte et c’est d’un regard lâche et fuyant que je saluai quelques personnes.

Je courus retrouver le refuge de mon studio. Pour moi l’évidence était là. « Mes ancêtres sont dans un lieu plus proche de la terre et c’est pourquoi ils interfèrent avec les vivants. » 

Je me couchai dans le canapé. La porte et les rideaux restèrent fermés. Il était clair que je vivais un destin dramatique. Les enfants m’appelaient déjà : « mogo koloma » qui veut dire « homme dont les os sont visibles. » 

Je ne pus concilier le message du jour avec le message sur la malédiction brisée écouté deux semaines plus tôt. Mon sort était mauvais : Je n’étais pas capable de marcher selon les Saintes Ecritures et d’aller au Paradis, et je ne pouvais non plus espérer l’accueil des ancêtres après ma mort. Ils étaient fâchés contre moi du fait que je m’étais sevré d’eux. Je n’étais ni fidèle au Christ, ni fidèle aux ancêtres. Je me sentais perdu.

Il me restait la vie d’ermite : aller bâtir une hutte quelque part en brousse, y vivre en attendant ma dure fin. Je n’avais même plus de force pour penser à la culture de la terre. 

Admettant même que je cultiverais le sol, nous étions en saison sèche, à six mois de la saison des pluies. Par ailleurs, ma migration vers la nature était déjà suicide car la nature n’offre aucun fruit en Janvier. En cette période, le sahel est sec et froid dans la nuit. Sec et surchauffé dans la journée. Mon sort semblait plombé. Où aller ? Dieu seul pouvait m’aider. 

Je restai dans le canapé jusque tard dans la nuit. A ruminer sur mon cas, le sommeil eut le dessus. Je ne rêvai pas. Mon réveil fut comme lorsqu’on sort d’un puits profond. 

Le mystère de ce réveil me remit dans mes angoisses. Solitude sur terre, solitude dans le sommeil, solitude dans l’au-delà, mon terrible sort était en cours de lecture. Je redoutai la mort et ses suites tout le reste de la nuit.

Le Lundi matin, le frère Boubacar me rendit visite. Ils avaient cotisé de l’argent pour moi et espéraient que je l’accepterais. 

― C’est pour que  tu ailles régler ton cas avec tes ancêtres, précisa-t-il.

― Je suis sceptique ; ça ne marchera pas, lui répondis-je.

― Sauf si tu as une autre solution. Mais regarde-toi donc ! dit-il. Tu vas bientôt mourir à cette allure et tu comptes nous raisonner ?

― Non ! C’est que je doute que cela soit biblique.

― Biblique ? Meure donc ! Nous te proposons ce que nous connaissons comme solution et tu nous juges. Si l’amour du prochain ne nous a pas animés, tu penses que nous aurions fait tout ceci ? Fais vite avant qu’on ne vienne trouver ton cadavre en pourriture dans cette maison, acheva-t-il.

Les paroles du frère Bouba n’étaient pas tendres et sa pique ne me manqua pas. Je redoutai néanmoins un danger dans sa proposition et tentai d’expliquer :

― Au fait, il semble qu’un frère serait mort en cherchant d’apaiser ses ancêtres et…

― Et quoi ? Et tu ne veux pas mourir. Eh bien ! Remets-moi l’argent et le billet. Je dirai aux autres frères que tu ne veux pas d’aumônes, dit-il.

― C’est que j’aime le Seigneur et je, je...

― C’est ça Monsieur le saint ! interrompit-il. Tu veux t’enfermer dans ta chambre, jusqu’à ce que ta mort survienne et là, tu iras au Paradis. Dis-moi : Si la mort tardait, qui payera le loyer ? Et les viols des voisines, et la terreur que les tiens causent aux paisibles frères parce que leur seul péché, c’est de t’aimer. Que feront-ils dès que tu te seras refugié au Paradis ?

― Ils peuvent demander pardon… répondis-je hésitant.

― Demander pardon à qui ? A tes ancêtres ? A Dieu ? Ils sont des victimes et ils doivent demander pardon. C’est le monde à l’envers. A ce que je vois tu t’en moques ! Tu ne penses qu’à toi. Si même tes ancêtres pourrissent en enfer, ça t’est égal ; et tu te dis chrétien !

― Oui mais leur faire des sacrifices ne leur ouvrira pas les portes du Paradis ! répondis-je.

― Mais au moins vont-ils cesser de nuire aux paisibles citoyens, et tu retrouveras une vie sociale normale, répondit-il.

Je le regardai, et le regardai encore. Je n’avais plus de paroles. Je ne pus remettre les dons dans la main qu’il me tendait et il s’en alla. 

Alors qu’il s’éloignait, il se retourna et ajouta : 

― La réservation est pour demain à seize heures et nous avons déjà averti les parents qui t’attendront à l’aéroport. Que Dieu t’aide.

Je parcourus les documents. Tout semblait authentique. Je compris que le responsable des jeunes leur avait donné les infos me concernant, ainsi que mes contacts du pays.

Je voyageai le lendemain mardi.

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Les passagers du vol me parurent bien sympathiques car personne ne me dit rien de choquant. Le repas de l’avion fut succulent et me permit d’oublier pendant quelques instants ma détresse. Nous arrivâmes à Yaoundé après vingt-heures et demi.

Mon grand-frère et mes cousins qui m’accueillirent furent effrayés tant mon aspect extérieur n’avait plus rien de ce qu’ils connaissaient de moi. J’avais fait des semaines sans me raser, sans me coiffer, et mes cheveux se bouclaient déjà comme ceux des rastas. La peine avait tellement rodé mon cœur et mes sentiments que seule la fin de ma détresse encore m’importait. Je n’avais pas de bagages en soute et nous quittâmes l’Aéroport-Nsimalen aussitôt.

En famille, la joie et la consternation étaient mêlées. Maman et mes sœurs pleuraient et refusaient tout appel de papa au calme. 

Je me sentais conforté par les accolades même si j’étais malade au-dedans et honteux de mon apparence. 

Maman et mes sœurs avaient fait beaucoup de cuisines et papa avait invité les parents résidents dans la ville en plus de quelques voisins. 

Une fois le silence venu, Maman prit la parole :

― Boubacar nous a dit que tu es gravement malade, mais je vois que s’ils avaient tardé, nous ne t’aurions pas revu en vie. Que s’est-il passé fils ?

― C’est la grâce de Dieu qui me soutient, répondis-je. Je ne comprends pas ce qui m’arrive.

― Qu’est-ce qu’on t’a fait comme ça mon fils ? Je ne dois rien à personne. Que les gens laissent mon fils tranquille ! cria-t-elle.

― Est-ce que tu as consulté les médecins ? demanda papa.

― Oui, dès la première semaine. Quand les cauchemars ont commencé, j’ai pensé à un paludisme chronique ; mais rien. Les gens me disent que c’est spirituel. J’ai prié, j’ai jeûné et jusqu’ici, je ne comprends pas, expliquai-je.

― C’est sûr que c’est une ancienne copine rancunière qui t’a envoûté chez un sorcier. Que Dieu nous vienne en aide, dit maman.

― Voilà la source du problème ! dit papa. Tu persistes dans l’hypocrisie et tu prétends que Christ te protégera ? Tu as semé la fornication et tu en récoltes les fruits ! Le salaire du péché c’est la mort.

― Ce n’est pas ça papa, répondis-je.

― Ce n’est pas ça, c’est quoi ? reprit-il. Tu as toujours partagé tes cachoteries avec ta maman et voilà la fin. Servez la nourriture. Que les gens mangent et rentrent chez eux, il se fait tard.

La grande sœur de maman s’efforça de calmer papa.

― Peut-être que le problème est ailleurs. Si Kémégni reconnait que ce n’est pas là la cause du problème, soyons patients et laissons-le au moins arriver.

― Okééé ! reprit papa. Si tu le dis… Je me demande si tu sais combien ta sœur passe son temps à couvrir les bêtises des enfants ?

― Ah Bon ! C’est de ma faute si tu ne parles aux enfants qu’en grondant. Tu les terrorises en permanence et tu t’étonnes qu’ils ne s’ouvrent pas à toi, réagit maman.

― Arrête-là madame, intervint papa. Nous ne sommes pas là pour ça. On verra tout ça plus tard. Levons-nous et bénissons le repas.

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Papa fit une courte prière et ses paroles furent plus compatissantes qu’accusatrices. Le repas fut agréable et j’en fus satisfait. J’arrêtai de manger, non parce que j’étais rassasié, mais par convenance conviviale. 

Après le départ des hôtes, nous nous couchâmes aussitôt. La nuit fut paisible et agréable. Je ne fis point de cauchemar et je dormis bien à tout point de vue. Tel confort de sommeil était rare depuis des semaines. Je redécouvris le confort de la vie durant cette première nuit au Cameroun. J’étais à mon troisième mois de crises. 

Dans la soirée du mercredi, je sortis me promener et je participai à une messe catholique à la paroisse Jean-Tabi. L’homélie me toucha particulièrement. Elle parlait des souffrances du Christ. Le prêtre rappela qu’il était nécessaire que Christ souffrît pour que le monde soit sauvé. Il exhorta les fidèles à supporter dignement la souffrance. Il encouragea aussi ses auditeurs à soutenir ceux qui souffrent et à les assister avec respect. 

Les jours suivants passèrent sans grande nouveauté. 

Dire le pourquoi de ma venue était la question redoutée. Bouba avait annoncé que je venais pour me soigner. Que pouvais-je dire des ancêtres qui sortent des tombeaux et qui dérangent mes voisins et mes collègues ? Comment parler des couches de nuits et à qui ? J’optai de garder le silence. L’urgence de traitement était cependant pressante et préoccupante. Les questions des visiteurs, plutôt que de me consoler étaient embarrassantes :

« J’ai appris que tu es malade : tu souffres de quoi ? » « Est-ce que ça va mieux ? » « Est-ce que tu peux maintenant travailler ? » « Qu’est-ce que tu as ramené de l’étranger ? » « Pourquoi refuses-tu le traitement traditionnel ? » « Ne vois-tu pas que ton église t’a trompé ? » « Si tu es sage, tu dois respecter aussi les traditions… » « Si ton chemin est juste, dis-nous pourquoi tous ces problèmes t’arrivent ? » demandaient-ils. 

Que pouvais-je répondre ? J’avais obligation de me taire car les collages ne m’offraient pas de solution.

Le dimanche suivant, j’allai à une église pentecôtiste et l’amour des chrétiens me rappela les paroles de mon pasteur : « Quoi qu’il advienne, reste avec Jésus-Christ. » Ceux-ci furent si simples que j’oubliai la gravité de mon apparence. Dans leurs yeux, je ne lus ni la méfiance, ni la pitié. Leur acceptation de ma personne m’autorisa à m’accepter tel que j’étais et je décidai de positiver. Suite à ce changement dans l’auto-perception, mon amertume contre les ancêtres se dilua un peu.

C’est ce dimanche-là que mon problème fut résolu.

J’écoutais la radio chrétienne « Bonne Nouvelle » tard dans la soirée, assis au salon. Le prédicateur semblait comprendre de ce que je vivais. A un moment de son prêche, il dit précisément :

« Si depuis un moment tu es confus, accusé de tout sans comprendre ce qui t’arrive ; si tu es troublé, désorienté, perturbé dans ton sommeil, si tu constates que tu as perdu le contrôle de ta vie et n’arrives pas à lui donner une direction, si tu souffres des accusations graves sans pouvoir leur coller une explication, sache que tu fais l’objet d’attaques de sorcellerie ; tiens-toi fermement dans la prière. Ne va nulle part chercher du secours. Insiste dans la prière, dans la lecture et dans la méditation de la Parole de Dieu et le Seigneur Jésus te guérira. »

«  Alléluuuuuuuuuiiiia ! » criai-je.

Ma petite sœur qui lisait ses cours à côté ne pouvait comprendre ce qui venait de se passer. A son étonnement, j’apposai une réponse contrastante. 

« C’est bien, ça va. Excuse-moi pour le cri, » balbutiai-je. 

Je courus aussitôt vers le jardin. M’efforçant de résumer le sens de ce que je venais d’entendre. « Accusations graves sans pouvoir y coller une explication, » « perdu le contrôle de ta vie, » « confus, » « troublé, » « accusé, » « désorienté, » « perturbé dans ton sommeil, » telle description dépeignait à outrance le tableau de ma « maladie » : Attaques de sorcellerie donc !

Heureux mais encore brouillé par mes émotions, j’eus du mal à comprendre. Assis sur le rotin de la terrasse, je luttai à retenir ma joie afin de démêler le sens des tortures subies à la lumière de l’enseignement du pasteur. « Si la solution à ma détresse était si simple, pourquoi donc personne n’a pu me donner tel conseil avant lui ? Que de fois ai-je risqué l’effondrement !

 « Dieu voulait certainement m’enseigner des choses ; car la Bible parle de Lui comme un Dieu bienveillant, un Dieu fidèle et bon. Dieu était certainement au contrôle dès le début et toutes mes tribulations ont des leçons à me livrer, » estimai-je. 

Il me parait en effet inadmissible que le Père, qui aime tendrement ses enfants au point de veiller sur chacun de leurs cheveux, les délaisserait ou les livrerait aux malheurs comme le ferait un père irresponsable. Dieu est sensible à la souffrance de ses enfants et fait concourir toutes choses à leur bien. 

« Si donc la confusion, l’agitation du sommeil et les calomnies sont des attaques du monde des ténèbres, les couches de nuit des ancêtres devraient être des fabrications du même monde, » évaluai-je. 

Le raisonnement était correct. 

En effet, Néhémie ne pria pas pour les péchés des esprits des Israélites qui perturbaient leurs vies à Babylone ou même à Jérusalem. Il pria pour les péchés de leurs pères ; péchés qu’ils avaient commis de leur vivant, péchés qui n’avaient pas encore été confessés et dont les conséquences avaient été la destruction des murs de Jérusalem et la déportation des descendants (Néhémie et contemporains) à Babylone.

De cette compréhension, les parents défunts ne continuent pas de pécher. Ce qui est fort juste car que dit la Bible : « Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement. » Elle dit aussi : « Il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait, étant dans son corps.» Ces citations sont accessibles en Hébreux 9.27 et 2Co 5.10 respectivement.

L’orateur de la radio avait prêché juste, car même l’histoire du riche et du pauvre Lazare dans l’Evangile selon Luc, chapitre 16 montre le riche préoccupé du salut des siens restés sur terre. Dans la scène, il supplie père Abraham afin qu’il envoie quelqu’un sur terre témoigner de l’existence de l’enfer et du Paradis, afin que les siens craignent Dieu. Cette histoire corrobore les citations précédentes et aurait même suffit pour tout comprendre. 

Le riche est préoccupé par la sanctification de ses frères restés sur terre ; il ne peut atteindre ces parents présents sur terre et il négocie l’envoi par Abraham des messagers qui iraient prêcher à ses parents dans le monde, signifiant par là son incapacité à faire des voyages sur terre. Les esprits pervers n’avaient rien à voir avec mes ancêtres. Pourquoi n’ai-je pas compris plus tôt ?

Les bien-aimés ancêtres causeraient-ils des ennuis à leurs descendances ? Les parents méchants ne font-ils pas du bien à leurs enfants comme l’indique Jésus dans Sa Parole ? 

Après résolution de ces premiers inconnus, il devint évident que le chrétien n’a rien à craindre de ses ancêtres au point de casser tout lien spirituel avec eux. 

Content de l’évolution de ma compréhension, je mis aussitôt les conseils du pasteur en pratique. Ayant déjà prié pour la question des liens spirituels ainsi que pour le pardon des péchés touchant la vie terrestre de mes pères, je confessai directement mon ignorance des oppressions spirituelles. Je confessai aussi mes peurs, mes désespoirs et mes doutes car Dieu avait tous les moyens de ma victoire dès le début et je devais juste lui faire confiance.

Même si je n’eus pas le discernement des textes qui résolvaient le problème dès le départ, ils étaient là pourtant et je devais rester calme. Je devais prier, louer le Seigneur et rester confiant en Sa fidélité. Je tombai dans le piège quand je pris peur face à la vulgarité des accusations.

Aussitôt après ma repentance, je m’inspirai de Marc 16:17 et priai : « Seigneur, purifie mon cœur et mon âme de toute saleté laissée par les influences de l’ennemi. Nettoie mon âme de toute trace de péché et sanctifie-moi par ton sang afin que je sois invincible face aux attaques des ténèbres. » Après cela, j’ordonnai à voix basse mais autoritaire : « Esprits méchants de sorcellerie, je vous commande au nom de Jésus-Christ : Eloignez-vous à jamais de ma vie et ne revenez point me troubler. » 

(Marc 16:17 dit ceci : Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons…)

Puisque les ancêtres n’ont point de vues, ni d’accès sur le vécu des humains sur la terre ; il est clair que les individus et les peuples qui s’investissent à faire des sacrifices aux ancêtres ne les font pas à leurs parents les ayant devancés outre-tombe, mais à des esprits corrompus qui ne connaissent ni la honte, ni la culpabilité. 

De cette compréhension, le dévouement des foules bernées par de tels démons est révoltant. Ces innocents dupés servent loyalement des esprits impurs, méchants et damnés qui ne leur apporteront que malédictions et souffrances. Les démons sont des esprits déchus, maudits et destinés au feu de l’enfer ; ils ne peuvent aimer. Ils ne savent que voler, égorger et détruire. Puisse Dieu nous garder de la tentation et nous délivrer du mal.

Suite à l’acquittement de mes ancêtres, les agressions lubriques restaient seules en scène ; l’absurdité de l’implication de mes ancêtres était maintenant flagrante, car aucune preuve des faits n’était établie jusqu’ici.

Et s’il n’y eût jamais de viols nocturnes ? 

A supposer qu’il n’eût jamais de couches de nuits, les prétendues victimes seraient les véritables coupables ou des victimes fabriquées. Il aurait alors été question d’une vaste campagne d’intoxication. Pour quel intérêt ?

A supposer qu’il y eût vraiment des viols sexuels spirituels, la disculpation des ancêtres exposait à présent la méchanceté des esprits méchants qui opéraient librement dans mon environnement social ; arrogants, insouciants des représailles et capables de récidives. Mais qui les commanditait ?

En attendant les preuves des victimes, les données récemment découvertes sur internet sont éloquentes. On y lit des témoignages des ex-sorciers convertis à Jésus-Christ qui y racontent comment dans leurs pratiques occultes, ils pouvaient prendre des images de personnes innocentes pour dissimuler leurs visages dans les couches de nuits (rêves érotiques). Afin de passer insoupçonnés, ils prenaient selon leurs convenances, les images des innocents pour séduire et abuser des personnes naïves et ignorantes des subtilités du monde spirituel.

Si donc les preuves sont établies qu’il y eut des couches de nuit, il reste difficile de coller des identités aux coupables. Nous supplions Dieu afin qu’Il accorde sa pitié et sa miséricorde aux victimes et guérisse leurs âmes. Les faits sont hors de la portée humaine et Dieu seul peut juger juste. 

Deux semaines après ma délivrance, je retournai dans mon pays de résidence. Je fus très bien accueilli à l’église et réintégrai immédiatement l’œuvre de Dieu. Mes voisins aussi redevinrent courtois.

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La reprise du travail fut naturelle. Le chef et les collègues furent si corrects que j’eus du mal à situer mes souffrances dans l’histoire. Dommage que je n’eusse pas tenu un journal personnel. 

La souche du billet d’avion aller-retour, la fiche de paie de mes arriérés de salaires, les photos de mon excessive maigreur témoignent cependant que je n’avais pas halluciné. 

Celui qui se confie en Dieu trouve une issue en toutes situations.

Fin de l'histoire

Remarques finales

Nous avons confiance qu’après lecture de ce texte, le lecteur a une compréhension éclairée de ce qu’est le culte des ancêtres. Quelque soit la diversité des formes dans lesquelles il se rencontre, ce culte reste une idolâtrie, une œuvre anti biblique et un compromis anti-christ qui n’aidera en rien celui qui s’y engage. Dieu soit loué qui a gardé Kémégni de tomber dans le piège des forces des ténèbres. 

Cette histoire rappelle bien que Satan sait se déguiser en ange de lumière. Soyons prudents, soyons vigilants et n’ayons aucune crainte d’avertir ceux qui y persévèrent encore, avec le temps, l’Esprit de Dieu leur donnera la compréhension de la séduction attachée à cette tradition.

N’hésitez pas à poser vos questions.

Dieu vous bénisse.

 

Références et Copyrights

Nouvelle Littéraire Chrétienne

Collection : Tentations et Victoires

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Distribution par Tâ-Shalom Editions

ISBN de cette Nouvelle Imprimée: 9781520978635

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Illustrations: Méli Métino Cédric Gaël

Publication : Tâ-Shalom Editions

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Numéro de cette édition : 0010-TSE-ABD-I-FR-02 

Mises à jour: 15/10/2017