Résumé

Teyanlong est victime de licenciement inattendu. Choqué, il refuse d’accorder le pardon à ses employeurs et sombre dans la dépression. Dans cet état, il multiplie des erreurs spirituelles et se trouve pris au piège de ses ressentiments. C’est face à la mort et déjà otage des dieux qu’il revient au bon sens ; survivra-t-il ?

Couverture

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Début de la nouvelle

La nuit était épaisse et froide. Je marchais depuis des heures, j’avançais vers l’inconnu, je tenais à m’éloigner autant que possible de cet environnement qui me rejetait. Jeté au chômage sans un soupçon de préparation et sans la moindre indemnisation, je marchais tristement vers l’inconnu. 

Mon poste était maintenant occupé par le fils du PDG de retour de Londres, et je vivais les suites de mon licenciement brutal dans la colère et le mécontentement. Mon cœur était dévoré par la rancune.

Pendant les premiers jours de chômage, je perdis la parole et m’enfermai dans le silence. Choqués, les collègues me conseillèrent de saisir le Bureau du Travail. Alerté par la nouvelle, le pasteur accourut, espérant me ramener à la raison. 

― C’est Dieu qui doit être ton Seigneur et non le travail, dit-il, un chrétien ne s’inquiète pas des lendemains. Même si tu t’estimes victime de licenciement abusif, pardonne et remets-toi à Dieu, Il sait pourquoi. 

Je ne répondis rien à son exhortation. Quelques instants après, il ajouta : 

― Le chrétien supporte l’injustice et se remet au Dieu fidèle et bon. Tu dois pardonner et tourner la page, Dieu a certainement un plan meilleur pour toi…

Je persistai dans le silence car je n’approuvais point ses propos. Selon moi, il ne comprenait pas ma peine. Agacé par ses conseils, je souhaitai secrètement qu’il me laissât tranquille. Il ne désarma pas pour autant :

― Plus tôt tu pardonnes, mieux ça vaut. Que Dieu t’aide à pardonner.

Après ces mots, il s’en alla. 

Pardonner ? Pardonner mes bourreaux ? La taille de leur injustice était trop grande et mon cœur trop petit pour pardonner. Je n’étais pas du tout prêt.

« J’aurais dû accepter cet emploi qui m’était offert six mois plus tôt à Dakar. C’est vrai ! Trois mois avant la perte de mon emploi, mon camarade de l’école d’ingénieurs m’avait supplié de le remplacer à son poste, car il était en partance pour un doctorat en médecine vétérinaire. Je refusai, assuré que mon propre emploi était meilleur et garanti. 

« Et pourquoi n’ai-je pas accepté cet autre poste de chef de ferme avicole à Bingerville qui m’était proposé un mois plus tôt ? Pour me remercier de mon dévouement, ils n’ont rien trouvé comme excuse sinon : « Nous allons bientôt créer d’autres postes ; nous allons te rappeler. » »

Ils auraient pu me donner trois mois ; j’allais me préparer ! Mais rien de tel. L’homme a-t-il le droit de se jouer des autres ? J’accusai l’offense. 

Bientôt trois mois de chômage, déjà à court de sous. Je devais m’en aller ; je devais aller chercher mes solutions loin de ce lieu.

Le braiement d’un âne me ramena à la réalité. « Apparemment, je traverse un village, » constatai-je.

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Je continuai ma marche. Il devait être vingt-et-deux heures et je n’avais aucune intention de m’arrêter. Je voulais marcher jusqu’au lever du jour ; marcher et marcher encore, marcher jusqu’à ce que j’atteignisse Kankan. Là-bas, j’allais peut-être trouver du secours. 

Je traversai le hameau sans m’arrêter.

Le froid était glacial et les ténèbres intenses. J’avais de la peine à voir à quelques mètres. Tout à coup, je rencontrai un personnage curieux. Ses vêtements étaient sombres et il poussait quelque bagage sur son vélo. Il surgit à quelques mètres devant moi, comme d’une rue secondaire. Je le suivis des yeux, me disant que nous ferions quelque chemin ensemble. 

« Qui est-il ? Où va-t-il ? Parle-t-il français ? Et s’il m’adressait la parole ? Non, non, je ne lui répondrai certainement pas, estimai-je. A pareille heure de la nuit et en pleine brousse, il vaut mieux se taire. Il vaut mieux faire son chemin tranquillement. » 

Nous arrivâmes dans un petit village. Quelques boutiques étaient encore ouvertes et éclairées de lampes-tempêtes. L’homme au vélo prit une piste secondaire et nous fûmes ainsi séparés.

Dix à quinze kilomètres environs après l’étrange homme, la fatigue me surprit. J’avais faim et j’avais soif. J’avais quitté la maison déjà affamé, mais content d’échapper au stress et aux moqueries de mes voisins. 

Si encore mes employeurs s’étaient contentés de me licencier, les choses auraient été supportables. Paulin m’avait rapporté qu’ils se vantaient d’avoir tout raflé ; qu’ils se vantaient encore que personne ne m’emploierait tant qu’ils seraient en vie ; qu’ils se vantaient que mes jours étaient comptés sur la terre des vivants et que je les achèverai dans la nudité, dans la famine, dans la solitude, et dans les larmes. Avaient-ils réussi donc ?

Sinon, comment donc s’étaient-ils organisés pour que je rencontrasse l’adversité partout, et même dans l’église ? De quel droit se jouaient-ils de moi ? Si je leur avais causé du tort, pourquoi ne m’ont-ils pas indiqué ma faute afin qu’au moins je pusse présenter mes excuses ? 

J’avais vraiment du mal à digérer. J’avais de la peine à gérer les versions contradictoires de mon licenciement. A moi, ils avaient promis le rappel. Le scenario avait l’air d’une froide vengeance. Le mécontentement était en moi, l’amertume et l’aigreur aussi. Je murmurais seul et je me plaignais dès que l’occasion m’était offerte. 

De mon licenciement au lancement de mon voyage, le compte des années gaspillées était quotidien. Je voyais tous mes projets évaporés dans le vent. La force de croire, la force de croire que demain est à faire n’était nulle part. La force de croire que le Seigneur est fidèle et présent à mes côtés n’était plus. Ma foi était rongée à mon insu et mon fiasco professionnel ne m’autorisait aucun espoir. « Quinze ans d’emploi, promesses sur promesses et le tout s’arrête comme ça ! » ressassais-je sans cesse.

« Pourtant j’étais bien apprécié par mes collègues ! Pourtant c’est moi qui donnais des coups de mains et qui avais même formé les quatorze collègues recrutés après moi ! Pourquoi la discrimination ? Quand il s’agissait des tâches difficiles, tous étaient gentils et savaient compter sur mon expertise. Ai-je failli quelque part ? Quel dossier ai-je mal traité ? Combien de fois suis-je venu en retard ? Quel collègue aurais-je trahi pour suspecter une quelconque vengeance de sa part ? N’ai-je pas servi ces gens avec crainte et tremblement comme me l’enseigne la Parole de Dieu ? Et Dieu donc ? Est-Il conscient de l’injustice grossière dont je suis victime ?

« Si Dieu a été avec moi pendant toutes ces années, pourquoi n’a-t-Il rien fait ? Pourquoi ne m’a-t-Il pas permis d’accepter ou le poste de Dakar, ou celui de Bingerville ? » ruminais-je vaincu.

Mes dettes de location n’arrangeaient rien ; les moqueries des voisins et des frères en Christ étaient devenus insupportables. Les premiers évoquaient la sorcellerie, les seconds soupçonnaient des blocages spirituels qui nécessiteraient des jeûnes et des prières. Le jeûne dans ma maigreur avait-il un sens ? Ma peau semblait si proche des os ! 

Rien dans mes rêves n’indiquait espoir. Tous les thèmes annonçaient troubles et souffrances. Chaque matin, il fallait des heures pour que je revinsse à moi. Mes rêves étaient chargés de tant de frayeurs que je reportais systématiquement l’instant du coucher. Le sommeil devait surprendre mes yeux sans quoi il n’était pas à l’ordre du jour.

Ma vie était devenue fardeau. J’avais besoin de payer mes dettes et le bailleur avait déjà menacé par trois fois de me mettre à la rue. N’eût été l’intervention du pasteur à chacune des fois, ce serait déjà fait. Dans mon esprit, tout se bousculait. « Pourrai-je retrouver un emploi ? » était quelque fois ma préoccupation. J’avais reçu des repas, des aides pendant les premières semaines. Au bout de deux mois, tous étaient lassés et découragés. Personne encore ne passait.

Las de penser et de ruminer rancune, je décidai un jour d’aller chercher du travail. Ceci eut lieu une semaine avant ma décision de voyage.

Ce jour-là, je me rendis au marché, espérant aider à décharger les marchandises. Dès ma première demande de participation, le commerçant me dit plutôt :

« Tiens deux cent francs ; va manger. » (200 francs CFA valent 0,34 Euros environ)

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Son don produisit un choc en moi. Je ne demandais pas la charité. Je tenais à travailler comme les autres. A mon insistance pour décharger, le Monsieur me répondit poliment :

« Le nombre de déchargeurs est complet. »

M’étant éloigné en quête d’une autre opportunité, mes oreilles furent secouées par les paroles d’une vendeuse de légumes :

« Tu t’es regardé dans un miroir, va te soigner ! »

A ces mots, je reçus un second choc. Mais voulant me convaincre qu’il ne s’agissait pas de moi ; je me retournai pour la regarder :

« C’est bien de toi, tu es malade, va te faire soigner, » répéta-t-elle énergiquement.

Je me sentis du coup malade et pris le chemin retour.

C’est vrai que je ne tenais plus compte du miroir. L’agression quotidienne incessante avait fini par me rendre indifférent quant à mon image corporelle. Le miroir risquait me rappeler l’état de mon dessèchement. Devant lui, j’avais déjà fait le constat des creux dans mes joues et je ne voulais plus qu’il me rappelât la cachexie de ma silhouette. 

La flottaison de mes vêtements jusqu’ici négligée devenait ridicule. Et si ma maigreur avait effrayé la dame ? Et si son intérêt pour moi était compassion sincère à détresse d’homme ? Paulin était le seul qui pouvait encore me comprendre et me donner des conseils. Seulement, il était en formation hors de la ville.

Aller aux réunions à l’église ? Pour quoi faire ? Seul le pasteur persévérait encore à m’adresser la parole. Pour les autres, Dieu m’avait rejeté et ils étaient convaincus de devoir se méfier de moi. Tout ce qui m’arrivait ne pouvait arriver à un enfant de Dieu et beaucoup me l’avaient déjà signifié. « Tu dois te confesser publiquement pour que Dieu te pardonne, » suggéra le responsable des jeunes. 

« Dis-moi tout ce que tu as fait, libère-toi et le Seigneur te fera grâce, » demanda la diaconesse Abigaïl. Qu’avais-je à lui dire ? Je ne comprenais pas moi-même ce qui m’arrivait. La rancune pourrissait ma vie et j’aurais préféré qu’elle me demanda plutôt : « Que t’ont-ils fait de mal ? »

La communion fraternelle était devenue affaire des autres. Le silence était mon refuge permanent. Personne ne pouvait me comprendre et j’en étais persuadé. Même ceux qui au début m’avaient accordé leur soutien finissaient par opter pour la réserve. Pourtant, quatre mois avant la perte de mon emploi, l’église avait tenu un séminaire sur les souffrances de Job. 

Job dans son histoire a connu la pire détresse qu’un humain puisse supporter mais a persévéré jusqu’au bout, sans jamais renier Dieu. Le séminaire avait exhorté à la patience envers ceux qui sont éprouvés dans leurs vies. A présent, le séminaire était oublié dans la mémoire collective et je m’en rendais bien compte. J’étais seul à recoller les pièces des enseignements reçus. Dieu avait peut-être quelque chose à dire. Mais pour l’instant, je n’en pouvais plus. Me retirer était préférable à l’hypocrisie car à quoi bon enseigner si personne ne peut mettre les enseignements en pratique ? 

Il valait mieux aller au loin chercher mes solutions.

La nuit était dense et seuls les insectes nocturnes animaient l’obscurité de leurs musiques. La fraîcheur de décembre me tenaillait les os mais que faire ? La fatigue me rongeait mais que faire ? Je m’étais engagé à marcher jusqu’au matin. Seulement, des questions se mirent à me presser l’esprit. Est-il permis de traverser les villages à des heures avancées ? Et si des êtres invisibles me suivaient ? » 

Minuit devait être passé et mes pensées se heurtaient. 

Le souvenir des voyageurs de la Bible réussit à ralentir ma marche. Dans la plupart des histoires de voyageurs de la Bible, ils évitent de passer la nuit à la belle étoile. Je me souvins aussi de ces histoires que j’appris en ville, des récits curieux sur les hommes ayant des pouvoirs mystiques au sahel… « Les gens racontent en ville que certains villages sont gardés par des forces mystiques. D’autres sont surveillés par des sorciers qui se rendent invisibles à partir de certaines heures de la nuit, juste pour assurer la sentinelle… » Etait-ce de la légende ou une réalité courante ?

Ces souvenirs me mirent mal à l’aise.

Je sentis la crainte approcher mon cœur. « Depuis le propriétaire du vélo, je n’ai rencontré aucun piéton, à part quelques camions et quelques cars de voyage qui me dépassent ou me croisent de temps en temps... Et si j’étais en train d’enfreindre les coutumes du village ?... » Toutes ces réflexions agacèrent mon esprit et je résolus de m’arrêter. Il valait mieux m’asseoir ou me coucher dans l’herbe et attendre le petit matin pour reprendre la marche.

Quelques pas plus loin, je constatai un champ entouré d’eucalyptus. Je descendis du trottoir (car le niveau de la route était plus élevé). Je m’assis au pied d’un eucalyptus, grelottant de froid, espérant que le sommeil me ferait oublier les douleurs de mes genoux, de mes jambes, de mon estomac et de mes intestins. Craintif et cependant prudent, je fis une prière aux dieux dudit village, afin qu’ils m’accordassent un séjour paisible auprès d’eux pendant cette seule nuit. C’est la dernière des catastrophes qui puisse arriver à un fils de Dieu.

La nuit fut entrecoupée par des piqûres de moustiques, par des cauchemars, et par des voix de personnes invisibles. Avant le matin, j’entendis des voix me parler : des personnes virtuelles me menacèrent et me promirent de doubler ma galère si jamais je faisais le chemin retour vers Bamako. 

Curieux ! « Le monde spirituel serait-il au courant de ce que j’ai souffert dans la ville depuis des mois ? Et pourquoi me menacer ? Si vraiment les esprits existent, ne doivent-ils pas être gentils puisque je leur ai respectueusement demandé la faveur d’une nuit paisible ?… » 

En cette nuit noire, j’ignorais encore la teneur de la méchanceté des dieux, ou plutôt, la peur me fit commettre une erreur aux conséquences mortelles n’eût été la miséricorde du Dieu vivant. L’Eternel seul est bon et protège fidèlement.

Je quittai les lieux avant le lever du jour. Il faisait encore sombre, mais j’avais conviction que le lever du jour était proche.

Dès que je réengageai le voyage, je fus pris de vertiges après 100 mètres environs de marche. Mes pieds flanchèrent et je les sentis faibles. Je m’assis à nouveau, cette fois sur le bord du trottoir. Etait-ce un besoin d’eau, un besoin de nourriture ? Avant de décider le repos, j’étais épuisé certes, mais d’une conscience encore forte. 

Je refusai la faiblesse et me tins sur pieds. J’engageai à nouveau le voyage, résolu de dompter mes douleurs. Où étais-je pour renoncer ? Cette fois, je pus faire plus d’un kilomètre. La chaleur dans mes genoux et dans mes chevilles se firent traumatisantes et je dus m’asseoir à nouveau au bord du trottoir. Sur un tronc d’arbre. A présent, je sentais ma détermination menacée. 

Agacé par mon corps qui flanchait, des questions contrariantes surgirent en mon esprit : « Où vais-je au juste? Combien de jours encore devrais-je marcher avant d’atteindre la frontière guinéenne ? » Comme j’avais mal aux pieds ! 

J’avais mal dans ma chair et mon amertume me collait à la peau. Las de réfléchir sur la suite de mon voyage, j’entendis en ma pensée : « Ça va aller, mon ami ça va aller… » Ce chant qui pendant des jours m’avait redonné espoir était là : « Tu étais le carrefour, le bonheur, l’ami de tous… maintenant que tu es tombé… personne pour te regarder… ça va aller, mon ami ça va aller… ça va aller car Jésus n’a pas changé… »

« Ça va aller ! Comment ? Comment est-ce que ça va aller ? C’est vrai que Jésus ne change pas mais où suis-je ? Les frères ne m’ont-ils pas tourné le dos ? Mon ami sur qui je compte désormais est à Kankan. Quel quartier ? Je ne sais. Je suis sorti sans plan de voyage et je ne tiens pas à retourner. Et si je le trouvais, m’accueillera-t-il favorablement ? Me portera-t-il assistance ? » Loin d’adhérer au chant « ça va aller, » mon cœur resta  désespéré.

Je me relevai et m’efforçai à avancer vers ma destination. 

Le jour était maintenant levé ; mais le froid n’avait point baissé. Le vent frais et sec de l’harmattan semblait inoffensif à ces personnes que je rencontrais dans les hameaux. Mais pour moi, il était impitoyable. Mes vêtements étaient insuffisants et la sous-alimentation des dernières semaines aggravaient bien la piqûre du froid. Combien de temps allais-je encore marcher ? Une heure, deux heures, trois heures… ? Ma détermination se faisait faible. « Serais-je en vie à Kankan ? Et à la frontière, comment vais-je faire ? Je n’ai pas de pièce d’identité… »

Je me sentis misérable. « Ai-je droit de cité au sein de l’humanité ? Puis-je simuler le paria ? Le paria, il me semble, est rejeté pour ce qu’il est ; pour une faiblesse ou un défaut que la majorité n’accepte pas. Si j’étais un paria, il me suffirait de rechercher ceux de ma catégorie et je me fondrai parmi eux, faisant d’eux ma famille. Suis-je malade ? Malade de quoi ? Ah Seigneur ! Si tu pouvais connaître ma peine ! »  priai-je confus. 

« N’es-tu pas le Dieu fidèle, le Dieu de miracles que chante le groupe gospel Shekina de la Côte d’Ivoire ? Ce chanteur que je viens de mimer n’est-il pas convaincu que tu n’as pas changé ? Le miracle est-il possible dans mon cas ? » Le poids de mes pensées se fit trop lourd et je m’assis sous un manguier. Dommage qu’en cette saison, il ne portât pas de fruits ! 

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Etant assis, je réalisai que le confort de mon lit m’avait manqué. En effet, j’avais dormis assis pendant mon séjour sous l’eucalyptus. Maintenant il faisait jour et je me couchai à même l’herbe sèche. Etendre mes pieds allait certainement soulager et réparer mes genoux et mes chevilles endoloris. Pris par l’épuisement, je m’endormis aussitôt. Combien de temps ? Je ne sais. Je fis un rêve où je parlais de mes obsèques avec un de mes voisins originaire du Nigeria. Nous étions dans l’autre monde et nous faisions des commentaires sur ce qui s’était passé à mon enterrement…

La scène du rêve me brisa complètement. Je me réveillai terrifié. « Qu’ai-je à faire avec les morts ? Ne suis-je pas chrétien et le Seigneur Jésus ne m’accueillera-t-il pas si je devais mourir ? Et si Jésus m’avait abandonné lui aussi ? Et les voix qui m’ont parlé sous l’arbre, comment ont-elles pu étant donné que le Saint-Esprit est en moi ? Comment se fait-il que l’Esprit de Dieu leur a accordé l’accès à mes oreilles ? « Si tu retournes en ville, c’est la mort, »  m’ont-ils intimé. »

Ma détresse était grande. Désespéré et épuisé, je ne savais que penser. J’avais laissé ma Bible en ville et le seul document avec moi était un commentaire de l’épitre de Jean. Soupirant après le conseil de Dieu, je sortis le document de mon sac à dos avec empressement. 

Le livret me rappela que Dieu est amour, que celui qui a le fils de Dieu a la vie, que celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie. Le livret disait encore : 

« N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde… si quelqu’un aime le monde, l’amour de Dieu n’est point en lui. »

« Quoi ? Aller m’isoler loin du monde comme je l’ai lu des histoires d’ascètes hindous ou bouddhistes ? Telle compréhension voudrait dire que ma situation est l’idoine et mon isolement louable. Seulement, je ne suis pas dans une perspective d’éloignement du monde. Je suis en colère contre le monde et je cherche refuge. » J’avais besoin de paix dans mon esprit. Si seulement je pouvais cesser de penser !

Je me levai. Exténué, je m’assis à nouveau, avec l’envie de dormir encore si possible. Le sommeil ne revint pas. 

Midi était certainement passé et le soleil dans le ciel tonnait fort. L’abri du manguier offrait à cette heure un confort enviable. Si seulement tout était en ordre ! Si seulement j’étais sous ce manguier pour un camping ou pour un pique-nique !

« Seigneur, d’où me viendra le secours ? A moins de retourner à Bamako ? Chez qui ? Qui voudra m’accueillir ? Où irai-je avec mes affaires ? Au fait, qu’a fait le bailleur après mon absence ? A-t-il scellé ma porte ? A-t-il mis quelqu’un d’autre dans ma chambre ? A moins d’aller et de vendre mes biens ! C’est vrai que si je vendais le téléviseur, le lecteur DVD et le réfrigérateur, je pourrai peut-être payer mes dettes et qui sait, me refaire une situation ! » Ces réflexions commençaient à susciter espoir en moi quand j’entendis à nouveau la voix de la nuit dernière me dire : « Va donc mourir puisque tu es averti ! »

Je fus saisi de panique. « Mon ennemi est-il si proche donc ? Si proche de mes pensées et de mes réflexions ? Suis-je prisonnier ? Le prisonnier de qui ? Ça commence comment et ça finit où ? Pour quelles raisons le monde invisible me donnerait-il des ultimatums ? Pourquoi suis-je menacé ? Comme si mes peines et mes galères dans la ville ne suffisaient pas ! C’aurait été la voix du Saint-Esprit qu’elle m’aurait indiqué une voie de sortie ! » 

Mes évaluations restèrent sans issue.

J’étais à deux jours de marche et déjà épuisé. Il faudrait au moins trois jours, vu ma fatigue, pour retourner ; à condition que mes sandales ne me lâchassent pas ! 

Alors que mon esprit vivait la tourmente, je me souvins de la prière. Après tout ce que j’avais rencontré, la prière à l’Eternel, le Dieu Tout-Puissant, le Créateur des cieux et de la terre, la prière au Dieu miséricordieux était la seule solution. Ma situation sentait le brûlé et Lui seul avait la capacité de rattrapage et de salut. « Et si j’avais invoqué Dieu au lieu des esprits de ce village ? Et si ces esprits étaient responsables de ma dégradation actuelle ? Et si mon cauchemar d’il y a un instant était un appel de Dieu à la repentance ? 

Si tel est le cas… Dieu serait disposé à m’aider… Je dois me repentir afin que Jésus m’accueille près de Lui quand je meure. Si ma vie était spirituellement en ordre devant Dieu, je n’aurais pas vu mon voisin musulman parler de mes obsèques avec moi. J’appartiens à Jésus seul ! » 

L’urgence de la repentance se fit pressante. La pensée de me réconcilier avec Dieu fit naître en moi le désir de rejoindre la famille chrétienne. 

« Certainement que je devrais invoquer Dieu et m’attacher à lui. Il se pourrait que je meure durant le retour, qu’importe ; autant mourir dans la paix. Job malgré ses souffrances est resté fidèle à Dieu et je dois suivre son exemple.

« Quel est mon problème au juste ? Job dans son cas était testé, mais qu’en est-il de moi ? Pourquoi suis-je ici dans cet état ? Dieu est-il d’accord que je sois ici, dans ce lieu perdu ? » 

Je n’avais point consulté Dieu avant de prendre la route et dus l’admettre. Je n’avais aucunement prié. Je voulais échapper à mes détracteurs et avais pris ma décision de fugue par moi-même. Avais-je même encore communion avec Dieu ? En toute honnêteté, non. J’avais cessé de prier depuis la perte de mon emploi.

La nostalgie des beaux jours me saisit. J’évaluai combien était gratifiant mon ministère de chantre et de moniteur d’enfants. Que de bons souvenirs ! 

Les joies étaient nombreuses du côté de l’église avant ma crise. Je me souvins des enfants qui assimilaient certaines leçons bien plus vite que les adultes, et particulièrement de celle-ci de 12 ans qui, pendant l’enseignement sur la maîtrise de soi, dit en langue bambara : « yèrèminèli kafisa ni fen bèè, » ce qui veut dire : « La maîtrise de soi vaut mieux que tout, » ou encore « La maîtrise de soi est le meilleur des dons. »

Ce souvenir me fit honte. L’écho de la voix de cette enfant me remplit de reproches : « Que nous as-tu enseigné donc ? Tu nous as bien enseignés ! Mais pourquoi ne mets-tu pas ton enseignement en pratique ? Que fais-tu là ? Que fais-tu dans ce lieu perdu ? Que gagnes-tu à t’emporter de la sorte ? » Au bout du compte, je revins au bon sens et même, je fus surpris d’être trouvé là. 

 « C'est dans la tranquillité et le repos que sera votre salut, C'est dans le calme et la confiance que sera votre force, » dit un verset du livre d’Esaïe. Cela je l’avais oublié depuis bien longtemps. Le souvenir de ce verset fut un argument supplémentaire attestant de l’erreur de mon errance des deux derniers jours. La maîtrise de soi est une force que je n’avais pas su exploiter. J’étais coupable d’impatience.

A tous égards, j’avais besoin de repentance. Je devais me repentir pour n’avoir pas prié avant de quitter la ville. Je devais me repentir de ma colère qui avait pris le dessus sur le pardon. Mais le problème n’était pas si simple ! J’avais quitté la ville sans intention de retour. « Le retour ne serait-il pas un acte de lâcheté plutôt que de bravoure ? Comment faire marche arrière sans écorcher ma personnalité ? Comment briser ma résolution de fuite sans m’attirer du mépris ? 

« Le plus important devrait être mon obéissance à Dieu sinon, je ne m’en sortirai pas. Avec ce que j’ai vu en rêve, il vaudrait mieux me ranger du côté du Christ. 

« La Parole de Dieu dit bien que nous sommes les instruments du Christ, son ouvrage, la lumière du monde, le sel de la terre. Elle dit bien que nous sommes des enfants de Dieu. Me suis-je comporté comme un enfant de Dieu depuis le début ? Etais-je préoccupé par les intérêts du Père et du Fils quand survint la détresse ? 

« Il est clair que c’est non. Ne suis-je pas tombé dans la dépression parce contrarié dans ma quête d’ascension sociale ? 

« Le chrétien vit pour rechercher la gloire de Dieu et rien d’autre. Il reconnaît la main de Dieu en toutes ses circonstances. N’ai-je pas cessé de voir Dieu comme Maître de mes événements ? Le chrétien ne rumine pas la rancune et j’en ai plein la gorge.

« Pendant que le chrétien sert les hommes avec empressement comme servant le Seigneur, Dieu Lui-même se charge de l’élever à l’heure de Son divin choix. Le chrétien recherche la gloire du Père et du Fils et non la sienne.

 « Je suis si loin et si fatigué Seigneur. S’il te plaît, accorde ton pardon à mes patrons et à tous ceux qui m’ont tourné le dos ! Accorde ton pardon à tous ceux qui m’ont poussé à bout par leurs moqueries au point de me faire douter de ta fidélité…» 

Je ne pus aller loin dans ma prière. La pensée du retour pressait mes pensées ; mais la perspective de revoir le pasteur, les anciens et les frères qui m’avaient conseillé le pardon était embarrassante. 

Il devait être quinze heures ou seize heures quand je m’étendis à nouveau sur l’herbe sèche sous le manguier. Je sentais ma misère à mesure que la colère lâchait mon cœur. Au bout du compte, j’eus l’impression d’être le dernier des hommes, d’être le dernier des chrétiens. 

Je repris le petit commentaire de l’épitre de Jean et relus le texte : « N'aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est point en lui, » et les versets suivants ajoutaient, « car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. »

A la suite du texte, je compris que Dieu ne me louait ni pour ma lenteur au pardon, ni pour la destination ‘Guinée.’ La disgrâce de mon licenciement était le moteur de mes décisions impulsives et la raison m’invitait à rechercher la volonté de Dieu ; laquelle exclut l'orgueil. 

Je songeai pendant un moment aux conditions pour suivre le Christ. Que dit-Il : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera. Et que servirait-il à un homme de gagner tout le monde, s'il se détruisait ou se perdait lui-même ? » 

De toute évidence, j’avais oublié que j’étais un disciple du Christ. Je ne puis dire en effet que mon comportement était emprunt de renoncement. Voulant profiter de mon péché, les dieux se frottaient déjà les dents ; et même si ce ne fut le cas, allais-je trouver la ville de Kankan en vie ? Ma stupidité était évidente et ma seule issue était le repentir.

J’entrepris de retourner. Le décollage fut lourd et difficile. Les douleurs dans mes pieds, la faim sur mon estomac et la soif sur ma gorge voulurent m’arrêter. J’avançai cependant. Suspectant mes péchés capables de se mettre en travers de mon salut, j’engageai leur confession. Plutôt que prier pour les péchés des autres, je demandai pardon à Dieu pour ma lenteur à pardonner mon patron ; je demandai à Dieu de pardonner mon rejet des conseils du pasteur et des leaders de l’église. 

Après la confession, je me sentis plus léger et capable de faire face à la longue marche. J’avançai lentement ; j’avançai vite ; j’avançai plus vite. Mes douleurs se dissipèrent au fil de la marche. Dieu avait une consolation pour moi et j’en étais désormais persuadé.

Je marchai et je courus alternativement. La nuit me surprit sans trop d’effet sur ma volonté d’atteindre la ville. Peur de la mort ? Non ; je n’avais plus peur d’elle. Je soupirais plutôt après la communion des frères. Allaient-ils me rejeter à nouveaux ? Au fait, m’avaient-ils rejeté ou avaient-ils été repoussés ma colère persistante ? Ne les avais-je pas rejetés parce qu’ils me disaient la vérité qui me déplaisait ? Il fallait vraiment retourner. Dans ma persévérance, je marchai toute la nuit. Fort épuisé mais poussé par une force que je dirai aujourd’hui du Saint-Esprit. Dieu est miséricordieux.

J’arrivai dans la ville avant le lever du jour. Ma porte était restée entr’ouverte pendant tout ce temps. Tout était en ordre et tout semblait en place. Je pris rapidement une douche et me couchai, pressé que le jour se levât. Je tenais à rencontrer le pasteur dans la matinée.

Il était dimanche et je n’en savais rien. Les jours s’étaient succédés trop turbulents pour moi. 

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A mon arrivée à l’église, les fidèles avaient commencé l’étude biblique. Tous ceux qui me virent crièrent de frayeur. Le pasteur seul osa des questions plus précises : « Qu’est-ce que tu as ? Que t’est-il arrivé ? Tu as très mauvaise mine ! » observa-t-il.

Le culte commença comme à l’habitude à dix heures. Les chants firent effet de médicament sur mon cœur et la Parole de Dieu fut le complément parfait. Le pasteur exhorta à l’amour. Le texte était tiré de 1Corinthiens 13 et disait que l’amour supporte tout, l’amour croit tout, l’amour espère tout, l’amour excuse tout… La prédication encouragea à persévérer dans le Seigneur avec des actions de grâce. L’orateur rappela aussi que le chrétien doit rendre grâces à Dieu en toutes circonstances, bonnes ou mauvaises.

Après sa prédication, il accorda à l’assemblée de prier à voix basse. Ah ! Seigneur mon Dieu et mon Père ! C’est là que je retrouvai le chemin. Je rendis grâces à Dieu pour tout ce que j’avais traversé ces derniers jours, semaines, mois et années. La prière était agréable et c’est avec peine que je me tus quand je l’entendis dire : « Nous avons prié au nom du Seigneur Jésus ! »

A la fin du culte, ceux qui avaient de la peine à me saluer quelques semaines plus tôt se firent gentils. Certains s’excusèrent franchement de n’être pas passés me voir. Je revivais ! Mon état de maigreur ou peut-être la compassion née du message suscitait des égards de ceux de qui je n’avais reçu auparavant que du mépris. 

Le diacre Jonas décida de m’accompagner chez moi. J’acceptai, surpris cependant par l’intérêt soudain. Nous ne sommes pas proches amis. 

En chemin, il me fit comprendre qu’il avait reçu,  pendant la prière, la conviction de m’interroger sur ma nuit du vendredi au samedi.

― Dis-moi franchement frère, dit-il. Es-tu resté fidèle au Seigneur ? C’est comme si tu as invoqué un dieu païen.

Je le regardai, interloqué. 

― Comment le sais-tu ? demandai-je. 

― Je ne sais que te répondre, c’est à toi de m’éclairer, dit-il.

Je gardai le silence pendant un temps. Je voulus lui expliquer qu’en fait je n’avais demandé qu’un secours temporaire pour une situation critique dans laquelle je m’étais trouvé. Dès que j’engageai l’explication, je fus saisi d’une conviction de péché… Le premier commandement de Dieu est simple et ajoute : « …tu n’auras point d’autre dieu devant ma face. C’est bien cela. Je me doutais depuis lors que quelque chose clochait. 

Pourquoi ai-je oublié le nom de l’Eternel dans la sombre nuit ? Comment ai-je oublié que Dieu est Maître des villages et de la campagne ? » Sur le bord du trottoir,  je me mis sur mes genoux et le frère fit pareil. Je m’excusai devant Dieu :

« Père Eternel, je te prie de pardonner mon péché d’idolâtrie. Je te prie de pardonner mes ressentiments et mes murmures. Je te prie de pardonner ceux qui m’ont licencié. En fait, le message de ce matin m’a montré que je ne prenais pas ma situation comme un enfant de Dieu. Et je confesse que je devais montrer plus de maturité devant mes persécuteurs. Ma lenteur au pardon m’a conduit à cet autre péché sous l’eucalyptus et je te demande de me pardonner au nom du Seigneur Jésus-Christ. Amen. »

Nous nous remîmes sur nos pieds. Le frère avait prié en même temps que moi. Il me consola et promit d’arriver à la maison le lendemain.

Après la séparation, ma conscience ne me lâcha pas pour autant ; je ressentais le besoin d’une consolation supplémentaire de Dieu.

Une fois à la maison, j’enfilai des vêtements de détente et m’engageai à la lecture de la Parole de Dieu. Alors que je parcourais l’épitre de Paul aux Romains, je lus : « Ayez les mêmes sentiments les uns envers les autres. N'aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne soyez point sages à vos propres yeux.

« Ne rendez à personne le mal pour le mal. Recherchez ce qui est bien devant tous les hommes. S'il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes.

« Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère ; car il est écrit : A moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur.

« Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s'il a soif, donne-lui à boire ; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. 

« Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C'est pourquoi celui qui s'oppose à l'autorité résiste à l'ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. »

Je relevai la tête, confondu. Mon péché était plus grave que je ne l’avais envisagé jusque-là ! Plutôt que de mériter la compassion, j’avais besoin d’une correction bien sévère.

Ma colère ne devait pas être ; en la laissant se manifester, je murmurais contre l’autorité instituée par Dieu et j’étais de ce fait sous le jugement de Dieu ! Je devais plutôt accepter la décision de mes chefs avec joie, confiant que c’est Dieu qui au travers d’eux me donne une leçon quelconque. 

C’en était une en effet. J’avais fait fixation sur ma carrière alors que la Parole de Dieu m’indiquait dans ce texte que je devrais me laisser attirer par les choses humbles. Ma course aux honneurs était arrêtée par mon divin Maître qui m’aime et me veut entier à Lui. Oui, je lui devais plutôt des actions de grâces en lieu et place des murmures et des envies de vengeance.

Refusant le conseil du pasteur et des anciens qui me demandaient de pardonner, je me montrais bien sage à mes yeux et m’estimais digne de me plaindre et de bouder le monde. La colère est un méchant mal qui devrait toujours mourir prématuré. N’eût été la pitié de Dieu, j’étais sur une pente glissante vers la mort. 

Face à mes bêtises, je tombai sur mes genoux à nouveau et priai : « Je te loue Seigneur pour ta pitié car j’ai eu un comportement indigne de toi. Sans ta grâce, je serais mort dans la colère. Tu m’as rattrapé en pleine campagne alors même que le séjour des morts prenait déjà contrôle de moi. Pardonne ma colère, pardonne le mépris cultivé contre mon patron ainsi que les murmures que j’ai faits à son sujet. 

« Tu avais connaissance de leurs projets et rien ne t’a surpris ; merci donc de ce que tu sais comment m’orienter pour trouver un autre emploi. Pardonne-moi d’avoir affiché mon mécontentement devant eux alors que je devais plutôt féliciter mon remplaçant... » 

Alors que je priais, ma vision des faits changea complètement et je compris combien Dieu avait œuvré pour mon bien. Au lieu d’accueillir le licenciement par la colère, je devais plutôt l’accepter avec sagesse et humilité. Qui suis-je pour penser mériter un poste ? Le plus grand en Christ ne doit-il pas se comporter comme le dernier ? Mon attitude montrait bien la méchanceté de mon cœur.

La connaissance théorique des Ecritures ne suffit pas. 

Et si mon poste disputait mon âme ? Et si ce travail m’éloignait de Dieu ? C’est admettre que la trahison était nécessaire pour ramener mon cœur à Dieu ! Après tout, où allons-nous ? N’est-ce pas vers Dieu ? C’est vrai ; nous allons vers Dieu qui seul est éternel. Comme Jésus le dit : « toutes choses passeront. » 

Dieu seul est éternel ; et Dieu seul est la véritable richesse de tout homme. Celui qui n’a pas Dieu n’a rien. L’épitre de Jean me l’avait pourtant rappelé sous le manguier ! Le texte disait bien : « Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. » Priorité à Dieu donc !

Jusqu’à ce jour, je n’ai plus entendu de voix, ni entendu d’autres menaces. De même que je n’ai pas compris pourquoi les esprits m’interdisaient le retour dans la ville. Au moins ai-je compris une chose, ce n’est pas à l’homme de tout comprendre. 

Assurément, il est bon d’obéir à la Parole de Dieu, en tout temps et en tout lieu, sans égards aux préférences du Moi et sans égards aux provocations des circonstances. Je l’eusse fait que cela m’aurait évité bien d’écueils. Celui qui veut vivre une vie spirituelle triomphante doit savoir reconnaître le doigt de Dieu dans chacune de ses situations. 

Dieu est souverain et ceux qui Lui sont consacrés doivent avoir des attitudes qui acceptent cette souveraineté.

Fin de l'histoire

Remarques finales

Cette Nouvelle illustre bien le chapitre III du livre des Proverbes dont voici un extrait : 

 

  • « Confie-toi en l'Éternel de tout ton cœur, 
  • Et ne t'appuie pas sur ta sagesse ; 
  • Reconnais-le dans toutes tes voies, 
  • Et il aplanira tes sentiers. 
  • Ne sois point sage à tes propres yeux, 
  • Crains l'Éternel, et détourne-toi du mal : 
  • Ce sera la santé pour tes muscles, 
  • Et un rafraîchissement pour tes os. » 

 

Teyanlong n’avait point besoin de s’emporter et sa folie faillit lui coûter la vie gratuitement. Ne résistez pas le méchant… ; si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tend-lui la gauche sont les Paroles de Jésus-Christ qu’il aurait dû appliquer afin de vaincre facilement ses adversaires. La sagesse divine nous garde de tout piège.

 

 Références et Copyrights

Nouvelle Littéraire Chrétienne

Collection : Tentations et Victoires

Copyrights 2017 Tâ-Shalom Editions, Les livres de la liberté

Distribution par Tâ-Shalom Editions

ISBN de cette Nouvelle Imprimée: 9781520618289

Ce livre numérique est disponible gratuitement en Anglais

Lire la fiche de cette version : Treason of the Gods

Illustrations: Méli Métino Cédric Gaël ; Monthe Paul

Publication : Tâ-Shalom Editions

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Les Dieux Traîtres

Tâ-Shalom Editions, License Notes

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Numéro de cette édition : 0008-TSE-ABD-I-FR-02 

Mises à jour: 15/10/2017