Résumé

Harcelé dans sa chair et éprouvé au plan moral, Simon cherche son chemin. Au bout du compte, celui sur qui il entend s’appuyer pour comprendre sa vie sexuelle manifeste lui-même une sensualité plutôt étrange. Que fera-t-il finalement ?

Couverture

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Début de la nouvelle

Je venais de passer sur une chaîne adulte. L’image perçue me troubla et j’éteignis la télé. L’image zappée montrait un homme glissant un préservatif sur son membre. Qu’allait-il faire ensuite ? C’est là ce que mon subconscient refusa de voir. 

Mon premier contact avec cet objet eut lieu en fac, en Licence philosophie. 

Une camarade du « Club L’éveil » m’en offrit un. Je refusai discrètement, avec crainte qu’elle ne posât davantage de questions. J’étais alors étudiant professionnel. Leur distribution de condoms protecteurs s’effectuait dans le cadre de la lutte contre le sida et contre les IST en milieu universitaire. Elle insista mais je persistai dans mon refus.

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Son insistance fut pour moi cause d’une grande gêne. Car comment dire à une belle fille qui vous admire qu’on est puceau à cet âge là ! A 20 ans, beaucoup d’étudiants et d’étudiantes vivent déjà en couple. Nous étions en 2009 et j’étais au dessus de la trentaine.

Tous en classe savaient que j’étais chrétien car je ne ratais aucune occasion pour leur parler de Jésus-Christ. Je les incitais autant que possible à se détourner du péché et à confier leurs vies au Seigneur Jésus qui sait le mieux conduire toute vie. C’est tout de même curieux qu’elle m’offrît le fameux plastique car bien de fois, même n’étant pas chrétien, les camarades musulmans louaient bien la chasteté des chrétiens et ne manquaient pas de faire des reproches aux chrétiens qui se vautraient dans la fornication. « Comment toi qui es chrétien te comportes-tu comme ça ? » « Je connais des chrétiens qui ne font pas les mauvaises choses que tu fais, » pouvait-on les entendre reprocher.

Avec du recul, je me pose la question de savoir si celle-ci me provoquait ou si elle était sincère. Son offre m’énerva car en plus nous étions assez proches et elle en savait assez du Christ. Peut-être voulait-elle introduire un échange sur le sexe ? Je ne saurais le dire. Nous nous sommes séparés après l’année de licence et je ne puis dire dans quel coin du monde elle se trouverait.

L’heure du coucher s’approchait. Il était bientôt vingt-et-deux heures trente et je prenais habituellement un bain froid avant le lit. Le rafraichissement m’assurait une plongée rapide dans le sommeil. 

Je fermai ma porte et rentrai dans la salle de bain. Mes vêtements ôtés, mes pensées plongèrent dans la vie de mes amis mariés. « Ils seraient certainement en train de s’apprêter pour une nuit de bonne compagnie. Leurs épouses sauront les écouter et leur donner des conseils. Elles sauront leur remettre ce qui leur revient et certainement ils seront en meilleure forme demain matin… » Je me mis à rêvasser sur ma condition de célibataire et sur ma solitude. Je songeai à mes prières et à mes multiples jeûnes pour la rencontre de l’âme sœur. « Jusqu’à quand attendrai-je ? »

L’image de mon corps dans le miroir me ramena au préservatif. Et si je l’eus pris ? Je l’aurais essayé, ne serait-ce que pour sentir ce que ressentent ceux qui les portent. Mais qu’auraient pensé mes amis ? Ils savaient bien que je respecte le Seigneur et ne m’engagerai point dans quelconque débauche. Si je l’eus pris, j’aurais au moins eu l’occasion de voir de près comment ça se présente. Au fait, les mariés chrétiens utilisent-ils les préservatifs ? Voilà une question ! Que conseillerait un pasteur au sujet du préservatif ?

« Une chose est sûre, la fornication est contraire à la doctrine chrétienne et l’adultère aussi. Mais ce plastique serait-il utile aux couples ? » Avant que de m’en rendre compte, je fus envahi de désirs et mes pensées se mirent à flirter. J’évaluai toutes mes relations avec les sœurs en Christ (les chrétiennes) et me rendis compte que je n’étais même pas près d’être fiancé. Personne en liste dans quelque amitié pouvant aboutir aux fiançailles ! « Seigneur, je suis un homme bien-portant pourtant. Que fais-tu des moqueries sur ma sexualité ? »

Mauvais souvenir, pitié ! 

J’étais alors à l’école de marketing en 2001. Un camarade de classe m’entendant déconseiller la fornication, se moqua de nous disant :

― Y a-t-il un adulte qui ne baise pas ? (Ce mot dans son contexte voulait dire : qui n’accomplit pas la relation sexuelle.)

Sur quoi l’ami répondit : 

― Simon est un bon chrétien, il ne fait pas ces choses…

Le curieux répliqua : 

― Mais comment fait-il avec son pied ?

Mon interlocuteur, pour m’agacer ou pour contrarier la suite de notre causerie, répondit :

― Il dort avec la ceinture attachée. 

Ces souvenirs de moqueries me choquèrent et mon corps se ressaisit. Je pris rapidement mon bain et me couchai. Je ressassai quelques-unes des moqueries qui étaient régulières. Il ne fallait surtout pas aller loin. La corbeille des moqueries était pleine et fouiner à l’intérieur risquait me plonger dans l’auto apitoiement. « Le Seigneur est certainement au courant de mon besoin de mariage ; il sait bien que je suis en âge, » cette pensée me consola.

Je me couchai donc, volontaire pour dormir promptement comme à l’habitude. Il était en effet rare que je fisse plus de cinq minutes avant de trouver le sommeil. Ce soir-là fut différent. Après plus de 30 minutes au lit, le sommeil resta distant. En quelques rares occasions pareilles, la lecture de la Parole de Dieu est pour moi le médicament immédiatement efficace.

Je me relevai et ouvris la Parole de Dieu. Je tombai sur les versets 1 à 9 du 7e chapitre de la première épitre de Paul aux Corinthiens (version LSG). Le texte disait :

 « 7.1 Pour ce qui concerne les choses dont vous m'avez écrit, je pense qu'il est bon pour l'homme de ne point toucher de femme.

 7.2 Toutefois, pour éviter l'impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. 7.3 Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari. 7.4 La femme n'a pas autorité sur son propre corps, mais c'est le mari ; et pareillement, le mari n'a pas autorité sur son propre corps, mais c'est la femme. 7.5 Ne vous privez point l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps, afin de vaquer à la prière ; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence. 

7.6 Je dis cela par condescendance, je n'en fais pas un ordre. 7.7 Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi ; mais chacun tient de Dieu un don particulier, l'un d'une manière, l'autre d'une autre. 

7.8 A ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je dis qu'il leur est bon de rester comme moi. 7.9 Mais s'ils manquent de continence, qu'ils se marient ; car il vaut mieux se marier que de brûler. ».

L’effet somnifère manqua le rendez-vous. Ma pensée exerça une compréhension sélective et seuls les versets 1 et 8 retentirent à répétition dans mon esprit. Les déductions se succédèrent les unes aux autres. « Si à 37 ans je ne suis pas encore marié, c’est que Dieu voudrait que je reste comme l’apôtre Paul ! » « Si toutes mes relations et toutes mes tentatives de liaison ont échoué jusqu’à ce jour, peut-être est-ce une invitation de Dieu à demeurer seul ? » « Ah Seigneur ! Je me sens déjà si humilié ! Tant de moqueries pour le single que je suis ! J’ai honte chaque fois qu’on me demande si je suis marié, que ce soit dans des dossiers ou de visu. 

« Si j’avais vraiment le don de célibat, aurais-je honte ? 

« Certainement non, car je le verrais comme une bénédiction. Certainement non car à la vérité, je soupire après ce que font les couples dans leur intimité ; et ma honte ne traduit-elle pas la gêne de ne pas avoir de relations sexuelles comme tout homme adulte normal ? Je ne pense pas avoir ce don, sinon je ne soupirerais pas si fréquemment à l’intimité conjugale.

« Et voici bientôt 20 ans que je jeûne régulièrement pour tenir devant les pressions de la chair ! Je dois zapper de chaîne en chaîne quand devant la télé, car même les danses africaines me rappellent que j’ai l’âge d’être accompagné. Non ; surement que je n’ai pas le don de célibat.

« Et si l’appel à la chasteté précédait la décision ? 

« Si Dieu appelait à la chasteté avant que d’équiper l’appelé, cela voudrait dire que la reconnaissance de ma condition d’appelé me suffirait. Porté par elle, je comprendrai que Dieu a fait de moi un eunuque pour le royaume de Dieu. Seulement je ne peux mentir, telle conviction n’est nulle part en moi. Ce que je sais, c’est que les réclamations sensuelles sont présentes et même fréquentes dans mes membres ! Je suis plutôt convaincu que celui qui a tel appel n’aspire pas aux choses sensuelles, celui-là à mon avis est chaste et a du désintérêt pour les questions sexuelles. Je n’ai aucune conviction d’appel à la chasteté.

« Déjà, en ce seul mois, j’ai été confondu par mes pulsions par trois fois. J’aime le Seigneur sincèrement, et je sais aussi être attiré par le plaisir sexuel. Si ce n’était pas le cas, je l’aurais su. L’apôtre Paul apparemment ne souffrait pas des pressions de ses organes, sinon il n’aurait pas conseillé qu’il est bon de rester comme lui. Peut-être avait-il un don spécial et se sentait maître en tout temps ? Peut-être aussi avait-il un art particulier de distraire ses pulsions comme le propose Descartes dans son discours sur le contrôle des passions ?

« Tout compte fait, je ne suis pas Paul et il me semble que Christ gère au cas par cas. Peut-être que les prêtres catholiques ont un secret de maîtrise de soi que j’ignore ! Si seulement je pouvais avoir quelques conseils de l’un d’eux ! Oui, je veux savoir s’il leur arrive que leur membre se rebelle pendant des heures comme le mien. Savoir s’ils se trouvent souvent à parler au Christ du besoin de satisfaire leurs besoins dans les bras d’une épouse disposée. Ils n’oseraient pas. Ils ont fait un vœu ; moi je n’en ai pas fait et depuis des années, je cherche à me marier, là est la différence. Peut-être qu’en faisant de vœu, mon corps se soumettra-t-il plus gentiment ? » 

L’idée de faire un vœu se dissipa aussitôt que venue.

« Moi, c’est Simon. Je suis différent de l’apôtre Paul, différent du prêtre catholique, différent même des moines tibétains. Leurs célibats à eux cadrent avec des vœux inhérents à leurs appels. Pour les deux derniers, ils doivent être célibataires pour être ce qu’ils sont. Pour l’apôtre Paul, la mission le préoccupait au point qu’il était difficile qu’il s’engageât dans une relation maritale sinon il n’aurait pas dit quelque part dans sa lettre : « N'avons-nous pas le droit de mener avec nous une sœur qui soit notre femme, comme font les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ? » Or s’il pose cette question, c’est qu’il aurait bien voulu se marier si les conditions le lui avaient permis.

« Pour moi, je veux comprendre que la virilité de l’apôtre était intacte et que certainement la grâce de Dieu était particulière dans sa vie, lui donnant des moyens spéciaux de vivre comme un eunuque, juste pour la cause du royaume de Dieu. Mais mon cas n’est-il pas différent ? Je ne suis pas Paul. » 

Je retournai lire les textes de 1Corinthiens au chapitre 7 et me rendis compte que l’apôtre avait même spécifié, sans le moindre voile, que celui qui sentait la menace de brûlure devait se marier ! Et même ajoutait-il, que l’homme donne à la femme ce qui lui appartient ; et à la femme de remettre à l’homme ce qui lui revient. A la relecture de ce texte, je sentis un afflux de sang occuper le site sensible. 

Mes pensées se troublèrent à nouveau. Le texte précisait bien : « Ne vous privez point l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps… Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari… »

« Le texte encourage le couple à revenir immédiatement ensemble, juste après la prière. Mon Dieu ! Tu n’es donc pas contre le sexe ! Tu n’es donc pas contre le rapport sexuel ! » observai-je. Mes réflexions étaient en pleine redécouverte. Je perdis tout contrôle de mon corps et réalisai qu’il faisait chaud. Il devait être déjà une heure du matin et la turgescence virile prit l’organe de l’homme en otage. J’étais en territoire privé et point n’était besoin de ceinture. La blague de mon camarade de fac était de mauvais goût.

Le sommeil restait éloigné. Je pensai rallumer la télé, mais à cette heure de la nuit, il y a risque de tomber sur les chaînes adultes et je ne les supporte pas.

Je devais dormir car le jour allait bientôt se lever. J’avais cours de philo à 7h30 et la charge de mon emploi de temps ne me permettait pas d’accumuler du retard dans le programme. La seule classe de terminale A4 me prenait assez de temps et la conciliation des cours avec l’entreprise était difficile. Je résolus de prier.

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Je m’agenouillai sur le bord du lit. Mon membre se pressa contre le lit et ce contact produisit des sensations qui forcèrent mes pensées à changer d’attitude. Je changeai rapidement de position. Je me déplaçai sur les genoux vers le centre de la chambre. Mon torse nu réclama du tissu. Je me levai et portai machinalement un tee-shirt. A nouveau à genou, je fus saisi de révolte. « Et quoi encore ? pensai-je. Je viens de lire que Dieu approuve le sexe et me voici à avoir honte dans la présence de Dieu ! J’ai honte que Dieu me voie torse nu ! »

La perturbation me gagna et mon esprit entra en conflit : « Dieu me voit entièrement ! Il voit tout, même habillé. Oui, l’habit n’est-il pas pour l’homme seulement ? » disputai-je.

La lutte était engagée. Je me sentis violenté par le désir. Prier Dieu dans ma nudité était une alternative normale, mais je ne l’avais jamais envisagé ! « Rien ne l’interdit ; pourquoi n’ai-je pas honte lorsque je Le loue sous la douche ? C’est vrai pourtant ! Depuis des années, j’ai loué Dieu bien des fois sous la douche sans ressentir la moindre honte. Pourquoi, la seule serviette autour des reins serait-elle insuffisante comme vêtement à l’instant de prière ? » 

Plutôt que de m’agenouiller, je m’assis sur le bord du lit, m’efforçant de gérer à l’amiable le conflit en moi. Je résolus d’exposer ma sensualité en forme à Dieu. Je commençai par ôter le tee-shirt qui n’avait pas encore été complètement étendu sur mon torse. Refusant tout autre scrupule, je me dégageai de la serviette dans un défi de liberté. Afin de me faire bonne conscience, j’établis ma logique de justice mentale : « Je suis nu devant Dieu et rien ne peut me voiler à ses yeux. Si mon cœur qui est intérieur est déjà nu et exposé devant Dieu, que représente ma nudité physique ? Le texte biblique m’a appris que Dieu n’a rien contre ma vie sexuelle. Alors qu’il voit mon besoin ! Qu’il constate qu’il m’a bien créé et que je me porte bien ! Qu’Il observe avec moi les exigences de cet engin qui réclame de l’attention et des soins ! » 

Je me surpris à prier ouvertement et pour la première fois, je parlai de sexualité à Dieu sans voile :

« Mon Dieu, je te loue pour ma virilité. Merci pour cet organe fort digne que tu m’as donné. Merci de m’aider à contrôler ses mouvements et ses humeurs… Je te fais confiance pour ses turbulences futures car mon corps est ton temple et tu sauras m’aider à le gérer. »

Je m’entretins avec Dieu de la rébellion régulière de cet organe de l’homme et des moqueries supportées à cause du célibat qu’il endurait. Je pus dire à Dieu combien je voudrais que les réclamations régulières de l’instrument pussent enfin trouver la juste pointure. Je parlai et parlai encore. Alors que je priais, mon cœur se détendit. Le calme revint dans ma chair ; mais tel constat ne me plut pas immédiatement.

Forcé par la nécessité de dormir, je conclus : « Seigneur, je te prie de m’accorder un sommeil paisible et récupérateur. Je n’ai que quelques heures pour dormir et je ne voudrais pas être en retard au service. » 

La charge de la journée n’offrait aucun espace pour la sieste et la résistance du sommeil devenait agaçante.

J’éteignis les lumières. Deux heures venaient de passer. Le sommeil se tint encore loin. Je ne pus m’empêcher de penser au jeune Samuel qui venait de se marier. A 24 ans seulement, il s’était marié avec une fille que ses parents lui avaient choisie depuis bientôt dix ans. Elle avait maintenant 17 ans. Seraient-ils en train de dormir ? Mes pensées sautèrent sur mon supérieur au travail qui ne cessait de m’agacer chaque matin. « A chaque salutation, il me demande régulièrement : « As-tu bien dormi ? As-tu été en bonne compagnie ? » et je sais que ce matin, il me posera la même question. Et comme d’habitude, je jouerai l’acte ; je lui offrirai les réponses habituelles : « Le Seigneur est avec moi et ça me va bien. » C’est vrai que lorsqu’il décide de m’embêter, il y met du zèle : « Oui, le Seigneur est avec nous tous, je parle d’une compagnie charnelle, » précise-t-il bien des fois. Ah Seigneur ! Et je devrai encore supporter son sourire moqueur… !

« J’espère que le pied fonctionne encore, » demande-t-il quand il veut agacer.

« Je veux croire et je pense que c’est par amitié qu’il me taquine ; mais comment identifier la frontière ? C’est un bon collègue et il n’a jamais manqué de m’avertir quand les supérieurs sont menaçants sur mes retards. Sur ce point il a été jusqu’ici exemplaire car il comprend mieux que nos chefs mon besoin de donner des cours pour joindre les deux bouts. Quant à ma vie intime, il m’a souvent semblé qu’il y va sans limite. Seulement peut-on souhaiter des limites à la sympathie ? N’est-ce pas à notre meilleur ami l’accès à nos jardins secrets. Je ne lui en veux pas. »

Mes yeux jouèrent les prolongations et préférèrent l’éveil. Je me souvins de l’injonction du pasteur. Pour lui, il était grand temps que je me décidasse, que je choisisse une sœur de l’église et qu’on en finît. Je le voulais bien, mais qu’est-ce qui me freinait ? Je ne ressentais aucune attirance pour toutes celles qui étaient là. Et là aussi était une préoccupation. Pourquoi étais-je si exigeant ? Pourquoi, ma pointure était-elle si difficile à trouver ? Le mariage est-il une formalité sociale ? Peut-on se marier juste pour la convenance sociale ? Doit-on se marier avec la première venue sans précautions de compatibilité et de réciprocité ? 

J’allumai la veilleuse. 

Mes yeux tombèrent sur la clé USB de mon supérieur. Il l’avait glissée dans ma mallette sans me dire mot le vendredi après-midi et m’avait encouragé dans la soirée par email à l’ouvrir. Elle était censée contenir un seul fichier PDF « pour ton éducation » (d’après ses mots). Je soupçonnai malgré moi que son fichier parlerait de sexe. Sinon, aurait-il pris tant de précautions pour la discrétion ? Après tout, le sexe était son sujet favori.

Pourquoi estimait-il que j’avais besoin d’éducation ? Je ne lui avais pas dit mot sur ma réalité d’homme sans expérience de rapports sexuels. Je ne l’avais jamais fait et ne savais même pas ce qu’on ressent dans une étreinte sensuelle. Les quelques romans lus survolaient dans certains épisodes le vécu des sensations voluptueuses des acteurs. Quelques films supportés jusqu’à la fin m’avaient plus ou moins informé sur ce qui se passe dans ces choses là. Mais j’étais chrétien et tous les enseignements reçus depuis l’enfance m’avaient conseillé d’attendre et de se garder de la fornication.

Jusque-là, je ne me faisais aucun reproche. Sinon que je gérais mal mon ignorance du plaisir de la relation sexuelle. Plus précisément, je supportais mal les provocations sur le sujet. « Es-tu normal ? » est la question qui me troublait souvent. Pourtant si ! J’étais normal ; sinon, je n’aurais pas tant de réguliers soulèvements entre mes cuisses. 

« Qu’a-t-il bien pu mettre sur la clé ? Un film porno ? Non. Pas possible. Il est bon chrétien et n’a pas une attirance pour ces choses, même si ses taquineries peuvent le suggérer. Au-delà de l’espace des salutations, ses paroles sont bien souvent responsables et mesurées. S’il ne m’a pas envoyé des provocations licencieuses ; qu’a-t-il mis dans la clé ?  » mon interrogation ne m’avança pas.

J’éteignis cependant la veilleuse et me refusai de pousser la réflexion. Pas de paix. 

La curiosité violenta ma raison. L’inconfort du lit indisposa mon corps couché. L’intérêt pour le contenu de l’USB m’arracha toute envie de chercher sommeil. Je rallumai et saisis mon ordinateur portable, persuadé toutefois que le document parlerait de sexe, qu’il dirait quelque chose ayant trait à la vie intime.

J’ouvris la clé. Elle ne portait aucun nom et elle donnait l’impression d’avoir été achetée juste pour cette mission. Cette impression se renforça après la lecture de la lettre. L’insolite du contenu me ravit l’esprit et je perdis de vue que trois heures étaient près de sonner. La lettre était longue, étonnante et imprévisible. Elle disait :

Cher ami,

Toutes mes excuses si la lecture de ces mots devait te choquer. Je suis désolé d’avoir opté pour ce moyen pour te communiquer ma pensée. Point n’est besoin de préciser mes coordonnées car j’ai voulu les choses ainsi. Tu as la liberté de détruire le fichier et d’utiliser la clé si tu le désires. Tu peux aussi jeter le tout aux ordures. Je tenais néanmoins à te dire ces quelques mots.

J’ai fait mon possible pour te pousser à te marier. Voici bientôt quatre ans que nous sommes collègues et tu n’es même pas fiancé. A ton âge, tu sais, ça fait bavarder. Je suis gêné malgré moi. En ton absence, tout le monde s’inquiète de ta virilité. D’aucuns se demandent si tu es normal. D’autres pensent que tu serais un pédé qui ne veut pas l’avouer. Le vrai problème est qu’on ne t’a pas souvent vu en gentille compagnie comme tout le monde et tu es toujours seul. Je n’ai pas eu le courage de te demander sincèrement si tu es normal et si tu fonctionnes normalement comme tout homme, par respect de la crainte que tu as pour le Seigneur Jésus.

Personne ne peut te reprocher quelque comportement déplacé, que ce soit dans le travail, que ce soit dans tes relations avec les collègues. Mais ta vie sentimentale fait jaser ; et je voudrais sincèrement que tu te trouves une épouse afin de stopper rapidement tout ce qui se dit dans ton dos. Je sais que tu es tout le temps à l’église et que ton service y est irréprochable ; sinon le chef du personnel l’aurait su, puisque son épouse adore Dieu dans ton église.

Entre amis, dis-moi : Es-tu normal ? Te sens-tu vraiment bien dans le sous-vêtement ? Est-ce que ton attirance est nette envers les femmes ? Excuse-moi de te poser de telles questions, tu sais nous vivons une période étonnante. J’apprends sur internet que certaines églises en Amérique tolèrent l’homosexualité. Tu sais, si c’était ton cas, je comprendrai et je ne te jugerai pas. Je veux seulement t’aider à voir clair dans ta situation. Après tout, je pense que tu as besoin d’être heureux et si un secret comme celui-ci était caché en toi, je peux imaginer combien douloureuse est ta souffrance.

Au cas où tu es choqué par la lettre, fais comme si de rien n’était et je comprendrai ; auquel cas je te prie de recevoir mes excuses. Mais si tu estimes que je n’ai pas tort, tu peux toujours m’écrire aussi. Je veux seulement que tu connaisses ces autres plaisirs de la vie et que tu sois plus heureux. 

Il ne manquait plus que ça ! 

« Seigneur Jésus, au secours ! J’aurais dû m’endormir plus tôt ! Je me disais que cet homme était bien et voilà qu’il le confirme ! Comme ça ils jasent tous dans mon dos et lui seul a été assez courageux pour chercher la vérité ! Je suis entouré d’hypocrites. Ils font de mon nom le sujet de curiosités déplacées ; c’est à croire qu’ils n’ont rien à faire ! » contestai-je à haute voix.

Indifférent à la lettre ? Oui pourtant. Après sa lecture, j’eus l’impression du déjà vécu. 

« Mes élèves le murmurent. Mes voisins le chuchotent et j’en suis habitué, voire vacciné. Je me demande si mon supérieur avait besoin de tant de précautions pour s’adresser à moi… au moins a-t-il osé ! 

« Il faudra que je lui réponde ; que je lui réponde de vive voix. Ma nudité a été exposée à Dieu tout à l’heure et le Christ lui-même sait tout de moi. Je vais bien, je fonctionne bien… 

« Je fonctionne bien… Comment ça « je fonctionne bien ? » Mon Dieu ! Comment puis-je dire que je fonctionne bien ? Je ne sais même pas comment se fait une caresse, un baiser. Que ressent-on dans la relation sexuelle ? Seigneur ! Dans ce territoire, je suis un étranger qui s’ignore ! Et si mon collègue a eu raison de m’envoyer un fichier numérique ?

« Que lui aurais-je répondu en face. Que je suis normal ? Que je fonctionne bien ? Puis-je le dire ? Ai-je des arguments subjectifs et objectifs pour dire que je fonctionne bien ? N’est-ce pas mon épouse qui pourra dire à ses copines au sujet de mon bon fonctionnement ?

« L’érection suffit-elle pour affirmer que tout va bien ? Si je fonctionnais bien, j’aurais déjà séduit une sœur et l’aurais épousée. Mes parents ne sont pas comme ceux de Samuel, sinon ils m’auraient déjà choisi une femme… Pas si sûr car son grand-frère de 26 ans n’est pas encore marié, même pas fiancé. Un homme normal laisserait-il le choix de sa femme à ses parents ou amis ? Samuel est pourtant normal puisque son épouse attend déjà un enfant. Certes ; bien fonctionner signifierait-il fertilité ? Sans doute ; du moment qu’il faut virilité avant fertilité. Il a donc les deux… A moins que le collègue me dise ce qu’il entend par « fonctionne bien ». 

« Je dois lever le tabou. Je parlerai de sexe ouvertement. Pas de sexe en général puisque je l’ai souvent fait, même avec mes élèves. Il s’agit de ma sexualité. Suis-je seulement rapporteur des théories ou suis-je du nombre des élus, c’est-à-dire du nombre de ceux qui fonctionnent bien ? » L’intérêt de trancher la question réussit l’assoupissement de mes yeux. Je me surpris à constater que j’avais finalement dormi. 

Il était six heures quarante-cinq et je devais faire vite. J’eus quinze minutes d’actions de grâces et me proposai de lire la Parole de Dieu pendant la pause du midi.

J’arrivai au bureau juste après neuf heures et saluai mon supérieur. Il n’était pas d’humeur à taquiner et je dus m’esquiver rapidement. Comment allais-je introduire la conversation sur mon intimité ? 

Pendant la journée, le contact avec lui demeura difficile. Le courant entre nous resta tendu et menaçant. Je me résolus à l’évidence qu’il n’avait pas eu tort de m’écrire par la voie numérique. Allais-je emprunter sa méthode ? J’avais opté de lui parler en face ; mais allais-je pouvoir le faire ? Mon approche allait-elle aboutir ou allais-je finir par lui envoyer un tapuscrit aussi ? Pour la première fois, je réalisai que sa demande habituelle : « As-tu dormi accompagné ? » m’avait manqué et j’éprouvai de l’affection pour cet ami qui s’inquiétait de ma vie sentimentale. Je ne pus insérer la discussion ce jour-là et dus supporter jusqu’au lendemain mardi. 

Le mardi, je n’avais pas cours et arrivai plus tôt à l’entreprise. Mon supérieur était absent et ce fut pour moi l’occasion de le devancer. L’idée de remplir sa clé de mes réactions et réponses me traversa l’esprit sans conviction. Il arriva peu avant huit heures et c’est moi qui lui demandai s’il avait bien dormi, s’il avait été bien accompagné. Surpris, il me regarda fixement, étonné par ma question. L’idée de sourire éclaira mon visage et il acquiesça brièvement de tête. Toutefois, ce n’est que le vendredi matin que je me jetai à l’eau. Ma première question fut bien maladroite :

― Comment un homme peut-il savoir qu’il fonctionne bien ? 

Mon chef oscilla paresseusement la tête. Il ne comprenait pas, ou peut-être ma question était-elle stupide ? Il regarda dans la direction de l’intime organe et me demanda :

― Il fonctionne bien ?

Interprétant son regard, je répondis :

― Tout va pour le mieux.

Je n’avais pas prévu la suite. Il renchérit :

― As-tu déjà fait l’amour ? 

Là, j’étais perdu. En fait, j’étais troublé et perturbé. Je n’avais pas de réponse. C’est quoi faire l’amour ? Je lui demandai d’expliquer la question. Devant le constat de mon embarras, il revint à sa question.

― As-tu déjà couché avec une femme ?

Je lui répondis :

― Non, pas encore.

La honte me saisit d’un coup. J’étais à nouveau honteux d’être à cet âge sans connaissances pratiques sur l’amour. Pourtant, cet état n’était pas péché et je le savais bien. Mais, j’avais honte malgré moi. Je commençai à regretter le voulu du face à face. 

― Et avec un homme ? demanda-t-il.

Le comble ! Il n’était donc pas timide celui qui avait choisi la médiation de la clé USB ! Cette hardiesse à pousser le bouchon renforça mon regret. Pourtant il fallait aller jusqu’au bout. 

Pourquoi telles questions ? La Bible ne condamne-t-elle pas ouvertement l’homosexualité ? Pourquoi me demander si j’avais déjà commis tel péché ? C’est vrai que le préjugé du célibat tardif fait courir les imaginations mais son allusion à cette orientation sexuelle était inattendue. Du moins de sa vive voix ; car je le pensais assez timide pour avoir pris le détour du PDF. Il fallait procéder cependant. Je lui retournai sa question :

― Et toi, as-tu déjà couché avec un homme ?

Ma question rencontra son silence et notre conversation s’immobilisa.

Motivé par l’effort investi pour atteindre ce niveau d’échange, je voulus insister car je n’avais pas de garanti que tel courage serait au rendez-vous le lendemain. Je lui posai à nouveau la question : 

― As-tu déjà couché avec un homme ?

Mon chef resta silencieux et éloigné du regard. Je voulus encore insister ; mais son silence me copta au silence. Je m’éloignai pensif, curieux et interpelé. Les questions se bousculaient dans mes pensées. 

Nous passâmes le reste de la journée sans le moindre échange de parole et c’est avec peine que les « au revoir » furent dits.

Le week-end se fit long. Je l’appelai sur son portable dans la soirée du dimanche. Il décrocha et répondit : « bonsoir, » puis, plus rien. C’est le mardi matin que nous eûmes conversation. Je le trouvai au bureau. Il était huit heures dix. Ni la secrétaire, ni les autres collègues n’étaient encore venus. 

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Je lui remis la clé et lui proposai de m’écrire à nouveau s’il le souhaitait. Il prit la clé sans mot dire. Afin de le motiver à l’action, j’ajoutai : 

― Je te comprendrai et ne te jugerai pas ; je ne veux pas que tu souffres. 

Il me regarda intensément, un peu comme le vendredi d’avant et me dit : 

― Merci. 

J’étais bouleversé dans mes pensées. Je n’avais que faire des rumeurs et m’en moquais volontiers. La honte de mon ignorance du plaisir de l’amour était tout mon secret et j’avais espéré que mon chef m’aiderait à me comprendre. La tournure des circonstances me déconcertait plutôt. M’aidera-t-il au bout du compte ? Me donnera-t-il des conseils qui m’aideront à mieux gérer mon complexe ? Suite aux grattages de notre amitié, je pressentais que ma consolation serait reportée. Coucher avec un homme avait perturbé la progression de nos échanges. 

Face à ses silences, je n’avais pas de clé d’interprétation. Un oui ou un non de sa part m’avançait-il ? Je décidai d’occulter le sujet afin d’aller droit à ce qui faisait l’objet de mes gênes. 

A vingt-et-une heure du même mardi, le chef était à ma porte. Surpris, je me hâtai de lui ouvrir.

― Je n’en peux plus, commença-t-il. Je suis fatigué d’être hypocrite et de tromper tout le monde…

Je ne dis mot ; je ne sus quelle attitude adopter. Je le regardai, curieux de ce qui allait suivre. Il s’assit et moi aussi. Il reprit :

― Je tiens à t’encourager pour ta persévérance dans la foi. Je sais que je ne suis pas aussi bon chrétien, mais je m’efforce. Ni à l’église, ni ma femme, ni personne dans ma famille ne sait que je mène une double vie… Je sais que c’est mal, et ma conscience ne me laisse plus ces derniers temps. 

Je restai silencieux, m’efforçant de comprendre. Il continua :

― J’espérais depuis tout ce temps que tu commettrais quelque faute grave afin que je me convainquisse que personne ne peut suivre fidèlement les Paroles du Christ, mais malgré toutes mes provocations, tu es resté ferme. J’espérais encore qu’au moins tu aurais des sentiments pervers dans ton cœur. 

Jusqu’ici, je n’eus pas de réplique à lui donner. Il continua :

― Personne ne te pense pervers dans l’entreprise ; je l’ai suggéré en espérant que tu le serais et qu’ainsi je trouve une faute en toi. Je te supplie de me pardonner. 

Le calme me saisit. Je ressentis de la compassion pour cet homme qui m’ouvrait à ses secrets. S’il dît vrai, alors chapeau pour l’excellence de la doublure de vie ! Et s’il était même à présent dans une mise en scène ? Comment le discerner ? N’avais-je pas assez de problèmes pour ma propre sexualité ?

Je voulus qu’il m’aidât à comprendre si ma sexualité fonctionnait convenablement ; que penser maintenant ? « Malheur à l’homme qui se confie en l’homme et qui prend la chair pour son appui, » dit le prophète Jérémie dans la Parole de Dieu. 

« Il conviendrait donc que je présente ma vie affective à mon divin Maître ! Lui seul a la réponse adéquate à toutes questions et si je fonctionne bien, Lui seul peut vraiment le dire. Sa maîtrise du visible et de l’invisible m’assure que c’est encore à Lui, le Bon Berger, que je dois exposer mon intimité. Si dysfonctionnement il y a, Son Esprit Saint est Tout-Puissant pour faire face. 

Quant à mon supérieur, suis-je apte à l’aider ? De quoi a-t-il besoin ? S’il vit double vie comme sa conscience le lui reproche, n’est-ce pas au Christ qu’il doit s’adresser ? N’est-ce pas Jésus qui délivre des naufrages spirituels, qui sauve et qui pardonne l’esclave de la chair ? N’est-ce pas le Christ-Jésus seul qui a le pouvoir de panser les blessures du cœur et de restaurer l’âme déchirée ? Certainement que mon chef aussi doit chercher l’aide du Christ car Romains au chapitre premier dépeint l’homosexualité comme un des signes de la colère de Dieu. »

Ma paix était imperturbable. Je pus prendre une certaine distance par rapport aux affects de son discours. La soirée avait ses surprises. Le collègue resta au-delà de vingt-et-deux heures ; puis vint l’heure de mon bain habituel. Je m’excusai auprès de lui, espérant que mes propos le décideraient à partir. Il me dit simplement :

― Lave-toi, il n’y a pas de problème.

― D’ici à ce que je sorte de la douche, il sera presque vingt-et-trois heures et ton épouse va s’inquiéter, remarquai-je.

― Dès que tu sors de la douche, je m’en irai, répondit-il.

J’allumai la télé et lui remis la télécommande, compatissant mais suspicieux au-dedans. Je me lavai rapidement. Au sortir de la douche, j’enfilai machinalement mon survêtement de jogging qui y traînait les pieds. 

Je le retrouvai encore là, au salon, en petit vêtement cette fois. « Seigneur aies pitié de cet homme, il a besoin de ta grâce, » priai-je intérieurement. 

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Je restai encore indifférent à son attitude. Mon chef était chez moi en moyenne une fois par mois et n’avait jamais affiché quelconque familiarité quoique nous fussions bons amis. Il voulut lui aussi prendre un bain.

Je le lui accordai ; curieux quant à la tournure des événements. Que se passait-il dans son univers mental ? Il y fit plus de vingt minutes ; revint sans vêtement. Je me précipitai pour tirer les rideaux qui donnaient au balcon.

― Peux-tu m’expliquer ce que tu fais s’il te plait ? Que fais-tu ? Tu savais que les rideaux étaient ouverts !

Il ne dit mot. L’homme était méconnaissable. 

Qu’est-ce que l’homme ? Ses yeux flattaient et je crus rêver. Le gap était immense entre l’homme de la confession de quelques instants plus tôt et l’homme qui maintenant jouait « le rôle ».

Dieu est grand. Je restai flegmatique pendant son scénario. 

― Fais vite. Tu n’oublies pas que je dois faire mon cours de philo demain matin avant le bureau, remarquai-je.

Il ne désarma pas. Il est bienséant de passer sur le détail des provocations, au risque de dégrader les autres tableaux de mon chef. Las d’attendre son départ, je lui posai la question :

― Sais-tu que les homosexuels n’iront pas au ciel ? 

Il ne désarma pas et j’ajoutai : 

― Sais-tu que les adultères n’iront pas au ciel ?

Le malaise se dessina sur son visage mais je n’observai pas un découragement quelconque.

― Sais-tu que Jésus-Christ peut te guérir des pulsions perverses ? 

A cette dernière, son membre perdit toute motivation mais non ses lèvres. Il répondit avec quelque froid dans les yeux :

― …Mais il y a des chrétiens américains qui… qui vi … qui  vivent bien leur homosexualité !

― Le Christ est mon seul modèle, non les hommes ; je suis désolé. Ceux-là savent-ils que Jésus-Christ peut les délivrer des pulsions perverses ? répondis-je.

Après une petite pause, je continuai :

― Puis-je te poser une question ? Dans quelle secte es-tu ? Du moment que tu mens à ta femme et à l’église. Dis-donc tout et qu’on en finisse ! Qui t’a envoyé ? 

A ces questions dernières, il s’habilla précipitamment et s’en alla sans mot dire. 

Après son départ, je ne pus m’empêcher de m’interroger ; savoir : « Ai-je montré assez de compassion à mon collègue ou l’ai-je brutalisé par mes questions ? » « Y avait-il une meilleure façon de le décider à parler et à s’ouvrir ? » « Y a-t-il une meilleure approche des questions de ce type ? » 

Dépité de ne pouvoir rattraper mes propos, je dus me rendre à l’évidence que mes premières questions restaient non répondues. Au contraire, ces questions, après les derniers événements, prenaient plus de contours : « Quels sont les critères d’un bon fonctionnement sexuel chez l’homme ? » « Bien fonctionner se résumerait-il à l’érection et à l’assouvissement des désirs sans précautions des exigences divines ? » « Le plaisir coupable est-il plaisir ? »

Fin de l'histoire 

Remarques finales

Cette histoire est une création littéraire ; toute coïncidence avec des personnages réels ne serait que pur hasard. Par ce texte, l’auteur entend briser les barrières psychologiques. Que le chrétien comprenne que sa vie n’est point compartimentée et qu’il doit parler de sa vie sexuelle à Dieu sans tabou. La honte du chrétien quant à sa vie intime ne résout rien, au contraire ! 

La tentation sexuelle est susceptible de surgir de n’importe où. Celui qui se confie en Dieu bénéficiera de la fidélité de Dieu et triomphera, même face à des provocations sensuelles insolites.

 

Références et Copyrights

Nouvelle Littéraire Chrétienne

Collection : Tentations et Victoires

Copyrights 2016 Tâ-Shalom Editions, Les livres de la liberté

Distribution par Tâ-Shalom Editions

ISBN de cette Nouvelle Imprimée: 9781520619491 

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Illustrations: Méli Métino Cédric Gaël, Monthe Paul

Publication : Tâ-Shalom Editions

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Provocations Sensuelles

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Code de cette édition : 0005-TSE-ABD-I-FR-02

Mises à jour: 15/10/2017