Résumé

Tada est un fervent chrétien qui pendant un moment d’inattention subit le harcèlement moral et le harcèlement spirituel. Au départ fort et confiant dans sa capacité à tenir face à quelconque agression spirituelle, Tada se trouve à genoux à la fin, offrant une leçon précieuse au lecteur : à moins de veiller sans cesse sur ses voies, l’homme est plus faible qu’il ne se pense.

Couverture

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Début de la nouvelle

― Frère Tada, avec toutes ces belles filles autour de vous, vous n’arrivez pas à choisir… Vous devez être bien exigeant !

― Ne vous inquiétez pas pour moi, répondis-je, dès que le jour du Seigneur arrive, tout sera facile. J’ai confiance qu’Il est au contrôle.

― Ah ! Tu sais, avec le boulot que tu as, avec le zèle que tu as pour le Seigneur, les sœurs attendent que tu fasses ton choix ! reprit Sista Eddie.

― A ce point ? Je pense que vous exagérez un peu. Nous sommes en 2014 et les filles s’expriment plus librement. 

― Oui mais les sœurs en Christ restent réservées, la pudeur chrétienne… au risque qu’on les traite de charnelles… tu parles ! Si tu faisais ton choix, les choses seraient bien faciles. Et puis, il y a ma fille qui est maintenant assez grande… 

― C’est vrai que votre fille me fait réfléchir depuis un moment ; mais elle est encore une enfant.

― Désolée ! Elle a déjà 20 ans. Ouvre donc tes yeux, dit-elle.

Le souvenir de la conversation du matin avec Sista Eddie me garda pensif pendant des heures. C’est vrai que ma solitude devenait lourde et difficile à gérer. 

Il était tard et le sommeil prenait son temps. 

« Deux semaines que je rencontre des morts dans mes rêves. Nous mangeons, nous buvons, et nous rigolons ensemble. C’est curieux ! La nuit dernière, c’est grand-père qui m’a demandé de me marier au plus vite… Et si la rencontre de ce matin était dans l’ordre des choses, comment savoir ? » 

A cogiter sur mes aventures oniriques, je m’endormis. Je rencontrai les mêmes personnes dans les rêves. Cette fois, je m’y vis comme un petit garçon de dix ans. Grand-père était là avec mon oncle et les voisins du village que je connaissais de leurs vivants, et c’est moi qui prenais soin d’eux, obéissant, dévoué et entièrement consentant. Mon Dieu ! 

Le lundi matin, je m’apprêtai et sortis ma moto du garage. Je voulus la démarrer quand je fus interpelé par Sista Eddie ; elle était alarmée.

― J’ai fait un rêve grave sur toi ce matin. Il faut à tout prix que je t’en parle.

― Bonjour Sista.

― Excuse-moi, ça va. Je suis dépassée ; pardonne-moi, dit-elle faisant une sorte de révérence (corps droit, flexion légère du genou droit).

― Si ce n’est qu’un rêve, ce n’est pas un problème, répondis-je. La Parole de Dieu me suffit et je viens de prier pour la journée et-

― Pardon frère Tada, interrompit-elle. C’était sérieux. Tu sais que Dieu parle aussi par les rêves et je suis une maman qui sait ces choses.

― Si ce n’est pas long, allez-y rapidement…

― Tu as des ennemis qui se sont juré de te faire la peau. Ils étaient en réunion et réfléchissaient sur des stratégies pour te détruire. Tous ont juré sur un fétiche de t’humilier.

― C’est tout ?

― C’était sérieux frère, soyez prudent !

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― Merci pour l’information ; L’Eternel est fidèle et saura me protéger ; souviens-toi du Psaume 91 et d’Esaïe 54. Dieu défend toujours les siens. Soyez bénie ; transmettez mes salutations aux enfants et à votre mari s’il vous plaît.

― Sois prudent frère et que Dieu te garde, dit-elle.

― Amen ! répondis-je, ouvrant le contact de la moto.

J’arrivai au service avant sept heures et trente minutes. Je profitai pour faire du classement sur le bureau et dans les classeurs. 

A peine avais-je fini de consulter les mails que je commençai à ressentir des douleurs dans mon intime. Après plus d’une demi-heure d’agacements, je me proposai un bain froid de l’intime-partie que je fis discrètement. Après quelques minutes de répit, la douleur reprit, plus intense encore.

Juste après dix heures, je m’excusai auprès du collègue de bureau et courus aux urgences. L’hôpital protestant n’était pas loin et le médecin me reçut aussitôt. La consultation n’indiqua rien de précis. Le médecin m’injecta des antalgiques et me prescrivit des comprimés. Il me conseilla de rester vigilant et de le saisir si les douleurs persistaient. Avant onze heures et trente minutes, ma visite était terminée, et je retournai au service, où je passai le reste de la journée dans la paix.

Le lendemain mardi, presqu’à la même heure, les douleurs reprirent, pénibles et gênantes. Le collègue, surprenant ma main jouer la pression calmante, intervint :

― Monsieur Tada, il y a des gens qui tiennent ta vie ; ils te réclament des choses et ils te le diront, dit-il.

― C’est qui « ils » ? demandai-je. Je sais que Dieu est avec moi. Et personne n’a rien à me réclamer.

― Tu sais, je suis guérisseur traditionnel et j’ai été initié depuis l’année dernière, annonça mon collègue.

― Tu me surprends et m’étonnes, repris-je. Intellectuel de ton état ; qu’as-tu encore affaire avec ces pratiques ancestrales ? 

― Qu’est-ce que tu crois, que l’Occident m’aliénera de mes traditions ? C’est toi qui va continuer à tâtonner dans ton aveuglement, rétorqua-t-il.

― Jésus est Tout-Puissant et Il n’est pas la propriété de l’Occident. Jésus ne fait pas de différence de race, ni de tribu. Il aide tous ceux qui l’invoquent, répondis-je.

― Je sais qu’on t’appelle Frère Tada ; oui mon frère, dis-moi comment tu vas échapper à ce qu’on te demande. Si tu m’avais demandé, je t’aurai dit ce qui se passe depuis deux semaines. Vois maintenant que tu commences à souffrir. Sache en tout cas que ces gens ne sont pas des enfants de chœur, annonça-t-il. 

― Mais c’est qui « ces gens » ? Tu joues avec mes sentiments ? Tu jettes aussi des sorts comme les marabouts ? demandai-je.

― De toute façon, ça te sert même à quoi ? Si tu avais une femme, tu saurais ce que ça fait de sentir sa virilité menacée.

― Tu tires déjà des conclusions ! J’ai quelques douleurs et ça va passer. Le médecin m’a dit de repasser si ça n’allait pas.

― Voilà votre aveuglement. Vous les chrétiens êtes accrochés à la médecine occidentale. Qui te dit qu’ils sont meilleurs que nous ? 

― Ils ont la science à leur service. Ils ont des appareils et peuvent faire des biopsies, des radios, des scanners au besoin. Et vous ? Votre base : des suppositions. Vous savez faire des suppositions.

― Ha ! Ha ! Ha ! Comme c’est bien de causer avec des aveugles. Dans quelques jours, tu viendras me supplier de te conseiller. Va donc voir les docteurs des blancs. Chacun est docteur à sa façon, dit-il.

Midi devait être passé quand je retournai chez le médecin de la veille. Cette fois, je dus patienter quelques minutes. La palpation des testicules ne provoqua aucune douleur supplémentaire mais je sentais bien mal. Il me prescrivit des examens que je fis aussitôt. Le scanner ne révéla aucune anomalie physiologique.

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Le médecin changea les antalgiques. Quand il sut que j’étais chrétien, il me conseilla d’ajouter la prière. « La médecine ne résout pas tout ; et nous sommes tous les jours confrontés à des cas inexplicables, » ajouta-t-il.

Je retournai au bureau dans les environs de quatorze heures et trente minutes, incapable de faire quoi que ce soit. Mon collègue qui m’observait du coin de l’œil eut la gentillesse de ne rien dire. 

Après le boulot, je retournai à la maison avec l’intention immédiate de passer un temps dans la prière. Ce ne fut pas facile ; la douleur tiraillait mon attention et c’est avec peine que je pus crier au secours de Dieu. Je m’efforçai de lire les Ecrits du Christ sur la guérison et priai à nouveau. Le sommeil me surprit et c’est la visite de l’ancien Kuété qui me réveilla. 

― J’ai appris que tu ne vas pas bien ; qu’est-ce que tu as ?

― C’est simplement des douleurs dans mon intime depuis hier matin. Le médecin n’a rien trouvé et m’a prescrit des calmants. Ça va déjà un peu ; ce n’est pas la peine de vous inquiéter, répondis-je.

― Hmm… Puisque tu dis que tout va bien…

― Oui ça va ; ne vous inquiétez pas, répondis-je. Comment va votre famille, comment vont les jeunes étudiants ?

― Ah ! Ça va. Leur rentrée a lieu dans quelques jours, alors ils profitent des derniers jours de vacances. En fait, soit prudent. Je ne sais pas, mais sois prudent et que le Seigneur soit ton guide. Ne manque pas le culte de demain soir.

― Je serai là par la grâce de Dieu, dis-je, le raccompagnant.

Après le départ de l’Ancien, je passai du temps à suivre les infos. Je voulus me coucher assez tard afin d’esquiver autant que se peut les cauchemars qui maintenant semblaient me diminuer et me niaiser. C’était peine perdue. 

Etant dans le canapé, je m’assoupis et le repas avec les morts eut lieu comme dans les rêves précédents. C’était toujours moi le garçon des corvées et je constatai dans ce rêve que je planifiais ma rébellion. Je sursautai et me rendis compte que le salon était tout éclairé ; la télé passait un débat sur… J’éteignis machinalement les lumières et les appareils, et j’étais au lit. 

Un autre cauchemar m’attendait, plus grave. Ici, je reçus d’un des morts un coup de pied sur l’intime et criai. Je me réveillai, haletant, couvert de sueurs, mes deux mains saisissant l’intime partie. Mon cœur battait très vite et j’étais effrayé. J’allumai et sortis de la chambre. Le voisin cogna à ma porte. J’ouvris plutôt les vitres de la fenêtre donnant accès à la véranda commune.

― Nous vous avons entendu hurler, j’espère que ça va, observa-t-il.

― Excusez-moi, je faisais un cauchemar et je n’ai pas pu me contrôler. Toutes mes excuses pour le dérangement, répondis-je, gêné et embarrassé.

― Oh ! Noooon ! Il n’y a pas de quoi s’excuser. L’essentiel est que vous n’ayez rien de mal…

― Ça va. Merci beaucoup pour votre attention. J’espère que votre épouse et votre fille vont bien, demandai-je.

― Tout le monde va bien, à tout à l’heure donc, dit-il en s’éloignant.

Mes voisins étaient de fervents chrétiens qui se réveillaient chaque matin à cinq heures pour leurs dévotions matinales. Avant cet incident, ils m’avaient déjà invité à les rejoindre, mais c’était plus fort que moi. J’avais essayé deux fois, mais avais passé chacune des séances à somnoler.

J’arrivai au bureau assez tôt et entrepris de faire des recherches sur « les rêves avec les morts, » « les repas dans les rêves, » « se voir tout petit dans les rêves, » je voulais comprendre.

Je tombai sur un texte de psychologie analytique de Gustav Yung. Il disait des choses qui compliquaient tout. Il parlait de l’Inconscient qui est lisible par les rêves… et que les rêves révèlent le vrai « soi »… bref, il discourait que les rêves ont un caractère informateur sur le cours de la vie du sujet. 

A l’écouter, je devais simplement analyser mes rêves suivant des règles, pour ainsi décrypter les instructions et les mises en garde que mon Inconscient voudrait me donner.

Hum ! Ne rejoignait-il pas mon collègue initié à la tradition ? Le long texte de Yung me déçus ; après m’avoir pris assez de temps, il pouvait se résumer en des mots simples : « le soi invisible me demande de l’écouter et de prêter attention à ses messages. » Qui donc était plus éclairé sur la question ?  Yung ou mon collègue guérisseur qui semblait voir l’invisible ? 

Dès que le collègue occupa son bureau, il me demanda :

― Et alors, mon collègue est-il prêt ?

― Prêt pour quoi ? demandai-je.

Afin qu’il ne soupçonnât pas l’objet de ma recherche, je revins sur les journaux nationaux. Mon collègue avait un Master en Philosophie et aurait compris facilement.

― As-tu appris le fait divers qui a eu lieu dans le 7e arrondissement ? demandai-je.

― Tu es fou. Vous les chrétiens faites pitié ! Vous mettez les choses urgentes et importantes de côté et vous vous intéressez à ce qui ne vous aidera en rien. Ça ne m’étonne pas que tu sois encore célibataire à ton vieil âge. La fonction publique a besoin de chefs de famille responsables. Le célibataire, ça ne vaut rien.

Je le regardai mettre de l’ordre sur son bureau et dans ses dossiers. Sans relever la tête, il continua :

― Tu fais comme si tu n’entendais pas, alors que tu sais ce qui se passe en bas.

― Ça va pour le moment, répondis-je.

― Ne te fie pas aux apparences. Fais ce qu’on te dit et tout ira bien. As-tu bien dormi ? demanda-t-il.

― Hmmm… fis-je.

― Tu vois que tu ne dors plus bien, reprit le collègue. L’art du têtu ne te servira à rien ; l’intellectualisme ne te servira à rien. Quand les médecins auront diagnostiqué ton mal, viens donc m’informer.

A ses paroles, le malaise me saisit ; la sueur me surprit ; mon corps écoutait l’homme et s’ajustait à ses alarmes. Toutefois, la douleur des jours précédents ne se signala pas.

― Es-tu d’accord qu’ils te disent ce qu’ils réclament de toi ? demanda-t-il.

― Hmm, fis-je.

― Dis oui, dis non, choisis une réponse ; c’est dans ton intérêt… aveugle de ton état, rétorqua-t-il.

― Euhhh… Oui ! répondis-je hésitant.

― Ils te parleront, sois-en sûr. Tu sais la vie n’a pas pitié des idiots et il vaut mieux naviguer à vue.

A ses dernières paroles, je me sentis insulté et pris au piège. Je trouvai une excuse et quittai le bureau. J’avais besoin d’air. Je me dirigeai au restaurant et pris machinalement un café ; .j’étais anxieux et embrouillé.

Je passai la journée sans douleur et mes échanges avec le collègue se réduisirent au travail.

Le culte du soir se passa comme à l’ordinaire. Sista Eddie voulut savoir si j’avais remarqué quelque attitude suspicieuse d’un ami ou d’un collègue. 

― Calme-toi ! répondis-je, c’est Dieu qui est fort ; l’homme que tu vois n’est rien. 

― Ah ! Tu sais, je prie pour toi et je sais que le Seigneur veillera bien sur toi. Qu’à cela ne tienne, sois vi-gi-lant ! acheva-t-elle.

Sur le chemin vers la maison, les douleurs reprirent alors que j’étais sur la moto. Après la toilette, je ne pus m’empêcher de songer à ce qui se passait ? Mes rêves, Sista Eddie avec ses rêves, l’avis de la psychologie analytique, et mon collègue… Je me sentis exposé et menacé de l’Invisible ; à la limite, je me sentis épié. Que se tramait-il dans le virtuel ?

Je me mis à genoux pour prier, mais le sommeil eut le dessus. Je me réveillai sur la moquette avec de violents maux de tête, le cœur battant, l’esprit effrayé par la terreur qu’inspiraient les images oniriques.

« Tu nous appartiens, » disaient-ils dans le cauchemar.

C’étaient des hommes masqués ; ils étaient tous habillés en atours des danses traditionnelles, on dirait des danseurs dans une cérémonie cultuelle de mon village.

― Tu étais choisi pour être prêtre de notre dieu et tu t’es refugié à l’église… disait le premier masqué.

― Ça fait des années que nous désirons que tu nous reviennes. Tu es resté sourd à toutes nos demandes. Désormais, nous prenons tous tes enfants, disait le second. A moins que tu ne reviennes avec nous.

― Si tu préfères Celui de l’Eglise, sache que tu n’auras pas d’enfants de toute ta vie. Nous espérons que tu comprends le pourquoi des douleurs et le pourquoi des résultats négatifs des examens. Tu nous appartiens, achevait le troisième.

J’étais révolté. « J’appartiens à Christ, » ripostai-je intérieurement. 

L’appétit me manqua et je dus aller au boulot sans petit déjeuner. A peine pus-je dire à Dieu : « Seigneur, je ne comprends pas pourquoi tu n’as rien fait pour me garder de ces gens. » Aujourd’hui que je vois les choses différemment, il est clair que ma prière était une accusation directe à l’endroit de Dieu. Puisse Dieu me pardonner dans sa grâce.

Mon collègue était matinal et nous étions déjà jeudi. Notre service devait faire le point pour la réunion mensuelle du lendemain.

Nous pûmes échanger quelque peu.

Après que je lui racontai le cauchemar, il me dit :

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― Tu fais pitié ! Tu laisses les traditions de tes ancêtres pour suivre un « Jésus » importé d’on ne sait où. Tu es fou et voilà ce qui t’arrive.

― Jésus est le Roi des rois et ces gens bluffent, ripostai-je.

― Avaient-ils l’air de blaguer ?

Je gardai le silence, ne sachant que répondre. C’est le collègue qui reprit :

― Va donc te marier et nous verrons si l’enfant vient. Tu es adulte ; cesse de faire le fainéant. Ton entêtement veut dire que ceux qui servent nos religions traditionnelles sont damnés ; est-ce bien ça ?

― Je n’ai pas dit ça, ripostai-je encore.

― Ton attitude le dit. Laisse-moi tranquille. Il est trop tôt pour que je m’énerve. Bientôt tu vas sentir ce que ça fait quand l’homme ne peut plus produire du lait. C’est du silence éternel en bas ; il me semble que tu as fait la D au lycée. Tu comprends mieux que moi à quoi sert la testostérone. (En série D, les sciences biologiques dominent.)

Sa remarque me piqua jusque dans l’os et je voulus lui fournir une réponse qui tienne :

― Hmm… mais…

― La pauvre fiancée, reprit-il, elle s’appelle comment déjà ? Avec elle le goût c’est comment ? Ahhh ! C’est le frère en Christ ! Le frère Tada ne goutte pas avant le mariage ! Eh ! Oui ! Et c’est pourquoi ça ne te dit rien. Vous êtes les saints de Dieu !

Suite aux incertitudes qui maintenant naissaient en moi, je résolus de passer la journée à jeun, afin d’implorer la miséricorde de Dieu. Dieu avait certainement une idée. C’est vrai que ma vie chrétienne était devenue paresseuse et mes prières étaient maintenant des textos bien abrégés et vite débités. 

Le soir venu, je sursis à l’étude biblique et préférai ma solitude. Je me couchai assez tôt, épuisé en partie par le jeûne et surtout, j’espérais cette fois que dormir tôt serait la garantie d’un sommeil plus agréable. En effet, un auteur le dit ceci : « plus on a des heures de sommeil avant minuit, mieux ça vaut. » A vingt heures, je rompis le jeûne avec du thé chaud et du jus d’orange et me couchai.

Dès que je m’endormis, j’entendis, dans le sommeil ou dans le rêve, je ne sais ; j’entendis : 

― Tu n’as encore rien vu. Pour ça seulement tu jeûnes ! Tu vas bien jeûner dès demain.

Je sursautai, il n’était que vingt-et-une heures et je me décidai à prier, à louer Dieu, à lire les Saintes Ecritures afin d’y trouver plus d’inspiration pour la prière.

Après le repas, je m’engageai dans la chambre à coucher. Pendant mon sommeil, je fis un rêve curieux. Dans ce rêve, je vis un homme ; un évêque catholique coiffé de sa mitre qui disait :

― Viens sécuriser ta force d’homme pendant qu’il est encore temps.

Dans le rêve, je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire par « force d’homme, » et l’homme reprit :

― Tu es destiné à être prêtre de l’église mère et si tu ne reviens pas à la maison, tu perdras le peu qui te reste. Les dieux de ton village réclameront ta virilité.

« Blasphème ! » m’écriai-je avant de me rendre compte que je vivais une scène de rêve. Cette fois le voisin ne sortit pas.

Il devait être trois heures et trente minutes et le jour était encore bien loin. J’étais au plus profond de la confusion. « Ce personnage a-t-il parlé au nom de l’Eternel ? Puisqu’un évêque est un surveillant spirituel, se pourrait-il que Dieu par lui me mette en garde ? Après tout, Dieu qui crée le sexe ne peut que le défendre. Mais pourquoi ai-je décrié le blasphème si c’est Dieu qui m’a parlé ? »

Mon embarras était grand car au bout du compte, quand je crie dans le rêve, qui crie ? Est-ce moi dans ma totalité, corps, âme et esprit ? Est-ce l’esprit seul qui prend l’initiative ?

Je balbutiai quelques prières dans la crainte ; mais les réflexions prirent le dessus. « En quoi le monastère ou la prêtrise protègent-ils la virilité de l’homme ? Quels rapports ? Du moment que ceux-ci vivent une vie de chasteté ; que me servirait ma virilité au monastère si même j’écoute les conseils de l’homme en mitre ? » Ma réflexion n’aboutit à aucun accord.

« Non, il n’est point question d’entrer au monastère. J’ai refusé d’entrer au séminaire depuis l’école primaire et ce n’est pas maintenant que j’approche trente et deux ans. Pas question. Le monastère, la vie recluse, ce n’est pas pour moi. La façon dont je sers Dieu à l’église me suffit. Je compte bien me marier plutôt que m’enfermer dans les murs du célibat, » disputai-je.

A peine mon raisonnement conclu que je sentis quelque chose bouger sur mon intime ; puis, plus rien. Je descendis en vitesse le short pour voir ce qui s’était passé. Rien de significatif. 

L’inquiétude grandit en moi cependant. J’avais besoin de conseils et d’informations. J’avais entendu parler d’hallucinations kinesthésiques par un ami psychologue. Tout portait à croire que je venais d’en connaître et je perçus la nécessité d’en lire sur le net. En attendant le bureau, le jour était loin et je n’avais plus de forfait internet dans mon téléphone.

Absorbé par mes pensées, je m’assoupis et fus réveillé par une autre moquerie qui disait : « A quoi te servira-t-il de te marier ? Le pied ne fonctionne plus ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! »

Au réveil, l’idée de prier me laissa indifférent. J’étais cette fois tremblant et saisi de doutes quant à mes choix spirituels. Pourquoi toutes ces agressions sur mon âme ?

A présent, l’éclairci se faisait signaler au dehors et je décidai d’aller au village. Les ricanements de l’invisible résonnaient encore en moi. Quoi faire au village ? Je ne savais même pas. Mais il fallait aller voir de près. Il n’était pas encore six heures et demie quand j’appelai mon collègue pour l’informer de ce qui m’arrivait. Sur quoi il me conseilla de prendre les avertissements avec sérieux.

Je m’apprêtai et juste avant de quitter la maison, je priai : « Seigneur aide-moi ; je ne sais pas ce qui se passe ; protège-moi. » Alors que je refermais la porte, le voisin sortit.

― Apparemment tu voyages ? demanda-t-il.

― Juste un saut au village, répondis-je.

― C’était prévu ?

― Euhhh…, en fait c’est juste un aller et retour. Ce ne sera pas long.

― Que le Seigneur veille sur toi, ajouta-t-il.

― Amen et merci pour ta prière, répondis-je.

J’arrivai au village dans les environs de neuf heures et trente minutes. Je stoppai chez le frère de papa, il était déjà allé au marché ; il est commerçant. Ne voulant pas rentrer bredouilles, je me dirigeai droit vers le sanctuaire du dieu du quartier.

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Je trouvai les serviteurs du lieu en pleine causerie. Dès que je garai la moto, tous s’approchèrent pour me saluer. Après quoi, ils m’invitèrent à prendre place avec eux sous le hangar.

― Assieds-toi, indiqua l’un d’eux. Nous sommes en train de prendre le petit déjeuner. Si tu veux te joindre à nous, nous avons du vin blanc au menu, dit l’homme avec enthousiasme.

― Non ça va, répondis-je.

― Que la paix soit avec vous ; dit celui qui semblait plus âgé.

― Merci Pa ! Que la paix soit avec vous aussi, répondis-je.

― Et la ville ? Vous avez fait un bon voyage ? demanda-t-il.

― Ça va par la grâce de Dieu, répondis-je.

― Et la maison, est-ce que votre famille va bien ? demanda-t-il.

― Ça va, grâce à la bonne main de Dieu. J’espère que vous allez bien ici.

A ma demande, tous parlèrent à la fois. La voix du vieux domina cependant :

― Dieu est bon ; et Il sait nous faire du bien, répondit-il. 

Le silence se fit. Je fus embarrassé par la situation et ne savait rien du protocole à observer. Au bout d’un moment, un des plus jeunes fit semblant de tousser et en réaction à son langage, ses compères relancèrent la conversation que j’avais probablement mise en pause par mon intrusion.

Alors qu’ils bavardaient et riaient joyeusement, je me mis à raisonner sur l’essence de la vie. « Voici des hommes simples ; qui vivent joyeux et se plaisent à la vie simple... c’est quoi le bonheur ? Ceux-ci n’ont que faire de Google, de Facebook, de Yahoo ou même de Whatsapp ; ne sont-ils pas heureux pour autant ? C’est quoi la  meilleure vie ? »

Alors que mes yeux cherchaient l’autel où ils font leurs sacrifices, j’entendis clairement une voix me dire :

« Mais quel est ton problème ? Jusqu’où iras-tu dans ces enfantillages ? »

Je me sentis ridicule à cette voix. La pensée de retourner se fit insistante mais je la repoussai. Repartir sans comprendre me parut en effet irresponsable. Quoique pris de doute, je risquai cependant :

― S’il vous plaît…

Tous tournèrent les yeux vers moi ; ils étaient plus de sept, tous des hommes au dessus de la quarantaine…

― Je… Hm…Euh…, commençai-je timidement.

― Jeune homme, allez-y, dit le plus âgé.

― Euh… C’est que…

― Dites, jeune homme. Qu’avez-vous donc de si préoccupant ? Dites toujours ; vous avez déjà fait l’essentiel du chemin ; vous y êtes. Votre bouche peut nous livrer votre préoccupation…

― Vous avez raison, digne ami du chef. Tant que l’homme ne parle pas, personne ne peut connaître ce qu’il a sur le cœur, intervint un autre aîné. Parle donc jeune homme, dit-il, se retournant vers moi.

Après indications sur mon identité, je leur relatai en détail les messages des hommes en masques et comment je rêvais des morts. Sur quoi certains baissèrent la tête et d’autres se la grattèrent.

Et comme personne n’intervenait, j’enchaînai avec les problèmes que mon intime rencontrait, les menaces des esprits sur ma fertilité et sur ma virilité ainsi que les rêves du matin. C’est alors que toute l’assistance éclata de rires. Ils rirent amplement et eurent du mal à s’arrêter. Agités et oscillants sur leurs chaises, certains se tapaient la cuisse, complètement tordus de rire. D’autres qui s’étaient levés, titubaient, vacillaient, rigolaient sans retenu tout en s’efforçant de garder l’équilibre.

Comme pour attiser l’amusement, l’un d’eux s’efforça de se contrôler avant de demander :

― Et ! Et ! Et c’est pour ça qu’il est venu jusqu’ici, Aïyoooh ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha !

― Ces frères de la ville. Ils deviennent de plus en plus ignorants. Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! continua un autre.

― Par… par… parce que nous manquons de prêtre dans ce village ! lança un autre complètement tordu de rire ; Woï ! Woï ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Mon Dieu ! Ha ! Ha ! Ha !... 

A les entendre rire, je me sentis détendu et curieux. Je compris que j’avais été abusé même si j’étais incapable de situer les faits. Comprenant que la suite n’allait pas m’être favorable, je me levai et m’excusai auprès du seul aîné qui n’avait pas rit pendant tout ce temps. Il acquiesça ; comprenait-il la douleur de ma disgrâce ou m’encourageait-il simplement à m’en aller ?

J’avais chaud et démarrai rapidement.

Avant midi, j’arrivai en ville et me dirigeai droit au bureau de l’ancien Kuété. Il me reçut avec grande surprise. Il demanda à sa secrétaire de retenir toute autre personne en salle d’attente et m’écouta attentivement.

― Voilà ce qui arrive quand on se fait conseiller par des ombres, reprocha-t-il. Que dit le Seigneur sur ta conduite : « Celui qui marche dans la nuit ne sait pas où il va. »

― Je ne comprends pas, essayai-je.

― Sache qu’on ne réussit pas la construction d’une vie en s’appuyant sur les rêves. Qui au juste te parlait ? Qui t’instruisait d’entrer au monastère ? Sache que Dieu ne force personne à son service. Jésus-Christ dit plutôt : « Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. » Servir Dieu est libre et volontaire. Et comme le roi David le dit dans le psaume 119, la Parole de Dieu garde tous ceux qui la respectent de la confusion. Parlant de l’ami qui te donne des conseils, lui as-tu raconté ce que tu viens d’essuyer au village ?

Je voulus répondre, mais ma pensée fut retenue par la dureté de mon membre. « Et si tout allait bien ? » évaluai-je confondu et distrait. 

Face à mon silence, l’ancien reprit :

― Retiens bien que le chrétien ne vit pas des rêves, ni des émotions, ni des sensations, ni même des circonstances. C’est la Parole de Dieu qui est ton code de route spirituelle. Dieu est fidèle et connaît mieux le spirituel que quelconque esprit. Télécharge des fichiers PDF et Audio des Evangiles et donne-toi la peine de les lire ou de les écouter pendant tes pauses. En dehors des études du jeudi, combien de fois étudies-tu les Ecritures ?

Je n’avais pas de réponse.

― Voilà donc ! reprit-il. Quand on néglige les vrais repères, on est obligé de s’appuyer sur des illusions et voilà ce que ça donne ! A toi de retenir la leçon. 

Fin de l'histoire

Remarques finales

Cette nouvelle littéraire renseigne sur le harcèlement moral et sur le harcèlement spirituel. Que le lecteur comprenne que ces deux formes de harcèlements mis ensemble fragilisent plus rapidement l’être humain. Nécessité pour le chrétien de toujours veiller en prières en toutes circonstances afin que Dieu nous donne de filtrer tout langage à nous adressé. L’agression ou l’oppression spirituelle peut revêtir une allure insolite aux apparences anodines.

 

Références et Copyrights

Nouvelle Littéraire Chrétienne

Collection : Tentations et Victoires

Copyrights 2016 Tâ-Shalom Editions, Les livres de la liberté

Distribution par Tâ-Shalom Editions

ISBN de cette Nouvelle Imprimée: 9781520629919

Ce livre numérique est disponible gratuitement en Anglais

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Illustrations: Méli Métino Cédric Gaël

Publication : Tâ-Shalom Editions

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La Virilité Menacée

Tâ-Shalom Editions, License Notes

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Code de cette édition : 0006-TSE-ABD-I-FR-02 

Mises à jour: 15/10/2017