Résumé

Face aux difficultés de l’emploi, Koffi est tiraillé et cherche des solutions. Laver la malchance et purifier son aura semble la voie idoine et chacune de ses aides va lui proposer le lavage spirituel. De promesse en désillusion, Koffi se trouve plongé dans la sorcellerie à la fin et ne sait vers qui se tourner pour trouver du secours. Les conseils de son oncle chrétien l’aideront-ils ?

Couverture

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Début de la nouvelle

― Heureusement pour lui que je suis un vrai chrétien maintenant !

― Comment ça, heureusement ? Qu’étais-tu donc depuis toutes ces années ? demanda Ali.

― Je l’étais mais de nom, répondis-je. Les choses sont maintenant différentes. Après toutes ces déceptions des bains rituels, je sais maintenant qu’il vaut mieux rester avec le Christ. Avant, il était mon héro, là comme tu vois, il est mon Chef et je veux respecter Sa Parole.

― Tu joues la victime miséricordieuse ! Lâche que tu es, reprit-il. Tu viens de laisser échapper ton escroc de maître et tu me dis que tu joues le chrétien ! Saint Augustin…, dit-il, fléchissant un genou. 

― Eh ! Eh ! Eehhh ! Arrête ton théâtre, dis-je, m’éloignant de lui.

― Alors raconte-moi le lavage qu’il t’a fait… Qui a lavé les parties ?

― Tu l’appelles ‘escroc de maître’ et tu m’as conduit vers lui ; de vous deux, qui est le méchant à la fin ?

― Laisse ça ! Même devant lui je l’appellerai escroc. Garde tes scrupules religieux pour toi. Parle-moi plutôt des parties ; qui les a lavées ?

― Insolent et pervers ! protestai-je, oscillant la tête à l’horizontale.

― Les parties ont été lavées n’est-ce pas ? A moins qu’il t’ait fait avaler la potion de l’oubli…

― Je m’en vais, je comprends que tu me chasses de chez toi, dis-je, me dirigeant vers la porte.

― Ouais vas-y ! Lâche que tu es ! Dès qu’on parle de sexe, les chrétiens de ton espèce deviennent timides.

Ali venait de me provoquer. Timide, c’est sûr que je l’étais ; mais que personne ne me le dît ! Il venait de me donner une raison supplémentaire de m’enfuir. Suite à son insulte, j’accélérai l’ouverture de la porte et j’étais dehors. Ali me rattrapa et voulut s’excuser.

― Je suis désolé, engagea-t-il, je ne voulais pas t’offenser. C’est juste que je voulais t’aider à t’ouvrir. J’ai constaté combien troublé tu étais devant Deyavi ; il est bon que tu en parles.

― Je ne suis pas prêt ; mettons demain si tu as du temps.

Il devait être trois heures du matin et j’avais besoin de calme. J’avais aussi besoin de prier et de demander pardon au Seigneur pour avoir cédé à la tentation de la propre justice. Je me sentais mal à l’aise. 

J’arrivai chez moi peu avant quatre heures. L’immeuble était silencieux et l’accueil du gardien me fit du bien. Très respectueux, il ne manquait jamais son « bonsoir monsieur ! » Pour lui gardien, le jour était certes annoncé ; mais la soirée continuait encore son cours.

Je montai les escaliers distraitement ; les souvenirs se bousculaient au-dedans de moi. « Pourquoi toute cette errance ? Pourquoi tant d’embrouilles ? Et pourquoi me laver ? Se laver avec des substances végétales purifie-t-il l’âme ? Peut-on laver quelque chose d’invisible avec des extraits végétaux ? Trois lavages déjà et aucun résultat positif. Le quatrième aurait-il apporté changement ? Non. Retrouver mon abuseur de maître est la preuve que je tournais en rond, » conclus-je.

Après mon bain, mes pensées m’ôtèrent tout répit et en lieu et place de sommeil, j’eus envie de comprendre davantage. Quelle était la place du hasard dans l’incident que je venais de rencontrer ?

Deyavi et moi sommes du même pays et avons fait le Collège Evangélique Lumière. Il était choriste et avait généralement les solos lors des concerts inter-collèges. Il chantait bien et ses performances lui valaient bien du succès auprès des filles. Retrouvés en psychologie, c’est là que nous devînmes plus proches. La Licence obtenue, il trouva aussitôt un très bon emploi au port maritime de Taliamé-Sud.

Après ma Licence, rien ne fut facile. Le retour de papa Marca et de Tantie Doulie à Cotonou allait provoquer un changement profond dans ma vie. Fervents chrétiens, ils m’ont appris à prier, à lire la Bible et surtout à aller régulièrement à l’église. J’avais 24 ans quand ils rentrèrent et nous avions fait 15 ans ensemble. 

Papa Marca m’a pris avec lui lors d’un de ses voyages à Cotonou et avait dit à papa : « Tant qu’il reste à tes côtés, il ne deviendra rien comme toi. » Heureusement, car papa ne se préoccupait pas de mes études. Tout son rôle était de payer, le reste, il s’en fichait. C’est avec Papa Marca que j’ai appris, et le respect de Dieu, et la prière, et les bonnes manières. Les fétiches de papa étaient toute son occupation.

A leur départ, ils me confièrent au Seigneur Jésus et ajoutèrent : « Lui seul saura t’aider fidèlement ; l’homme peut te décevoir très facilement. » 

Après eux, j’oubliai le chemin de l’église. Pendant quatorze bonnes années, je n’eus aucune envie de lire la Bible. Je n’eus même pas idée d’aller à l’église. Cependant, je me plaisais bien à suivre les débats religieux ainsi que les films chrétiens. C’est dans cette dérive païenne que je retrouvai Deyavi. 

Je le rencontrai à la poste du 2e Arrondissement. Il était frais et respirait la bonne vie. Je devais avoir 28 ans et lui 30, car il est plus âgé. 

― Que deviens-tu ? demanda-t-il.

― On prend comme ça vient mon frère. C’est peut-être toi qui m’apportes le bonheur ! Tu es chic !

― Mon frère, me dit-il en m’embrassant, Dieu est bon comme tu vois. Je suis chef du personnel au port de Taliamé-Sud et je ne me plains pas. Dieu n’oublie pas ses enfants.

J’étais content et émerveillé. Pendant quelques instants, je sentis quelque honneur d’échanger avec un homme prestigieux. Enthousiaste et voulant tirer le maximum des retrouvailles, je lui demandai :

― Comme ça tu es devenu un homme important !

― Qu’est-ce que tu veux ? Quand Dieu bénit, on est obligé d’accepter. Et toi qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il.

Je lui relatai mes galères des années post Licence. J’étais à ma troisième année de chômage et faire le docker au port n’était plus de mon goût. Je lui fis le récit du lavage du marabout malien qui m’avait promis des changements un an plus tôt. J’étais amer malgré moi ; et j’avais aussi de la peine à gérer le contraste entre mon piètre état et l’éclat de sa personne.

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Il me tira à l’extérieur et me fit entrer dans une voiture Mercédès. Il était en pause ; il voulut que je lui racontasse les détails du lavage de Salim. Ce que je fis, espérant surtout qu’il serait la providence divine que le Ciel me réservait.

Je lui relatai les parfums, les essences et les autres substances exotiques toutes d’origine arabe que Salim m’avait fait acheter, et comment il les avait mélangées dans de l’eau tiède avant d’administrer le bain. Je lui fis part des autres bains quotidiens que je devais faire, matin et soir pendant un mois et combien la situation n’avait point changé. Je subsistais.

D’un air compatissant et touché, il me remit sa carte de visite ajoutant : « Pourquoi ne pas nous revoir pendant le week-end ? » Ce que j’acceptai avec joie.

Au bout de trois rencontres, Deyavi me convainquit d’accepter son bain qui allait m’ouvrir les meilleures portes du pays. Avec ses démonstrations des effets spirituels du bain sur l’âme, il me gagna, me faisant par ailleurs entrevoir que mes pouvoirs psychiques allaient se décupler. Je devais juste lui faire confiance et obéir à ses injonctions.

Deyavi fit mon bain chez lui. Dans sa salle de bain dont la taille équivaut toute la surface de mon salon. Lui seul composa les eaux du bain. 

Les rituels commencèrent le vendredi aux environs de 20h. Comparé à celui de Salim qui fut bien bref et accompagné de quelques paroles arabes, celui de Deyavi semblait s’éterniser. Deyavi donnait l’impression d’exécuter jusque dans le milli détail un procédé à la fois mystérieux et sacré. Son bain dura plus de trois heures de temps. Agréable, sans doute. Il avait prévu une étape d’onction à l’huile d’olive qu’il appelait consécration à une entité dont j’oublie le nom. Il fît des choses sur moi avant le rinçage qui conclut le bain. 

Jusqu’à ce jour, j’ai honte de cet autre épisode et c’est son souvenir qui m’avait chassé de chez mon cousin. Il voulait savoir ! Savoir quoi ? Ils sont de la même confrérie. Il voulait savoir quoi qu’il ne connaissait déjà ? Si c’est vers lui qu’il avait cru bon de me trouver de l’aide, certainement qu’il connaissait les étapes de leur lavage !

« Qui a lavé les parties ? » Avais-je le choix de laver mes parties ? Salim dans son cas n’avait même pas eu besoin de m’exposer. 

Si encore Deyavi ne m’avait pas trahi par dessus ! « Tu vas voir ! » m’avait-il dit. « Avec ta nouvelle influence spirituelle, ton dossier est déjà passé et d’ici la fin du mois, ton recrutement est un acquis. » J’avais alors 28 ans, aujourd’hui, 38. Dix ans que mon recrutement dans leur port est un acquis. Dix ans que j’attends le meilleur du pays. Combien de gens a-t-il ainsi abusés au nom de son dieu ? Et quel dieu ? Le dieu de … !

Nous étions samedi et Ali arriva chez moi dans les environs de midi. Je dormais encore.

― Bonjour. Entre et mets la télé si tu veux, lui dis-je tout en courant vers la chambre ; trop parler risquait de briser le fil de mon sommeil.

― Tu dors quoi comme ça au point de ne pas accueillir les amis ? riposta-t-il.

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― Mon frère, le sommeil-là est bon jusqu’à. Il y a un match sur le satellite ; mets-toi à l’aise, lui adressai-je.

― Jamais ! dit-il se dirigeant droit vers la chambre.

C’était fini. Quoi que je fisse, je n’allais plus reprendre le sommeil où je l’avais laissé. Mieux valait se résigner tout de suite. Il tira les draps, les mit en tas et s’assit sur le bord du lit avant de continuer :

― Je suis curieux que tu me racontes les choses. Si tu as fui hier, c’est que tu as des cachoteries qui te gèrent.

Assis dans le lit et adossé au chevet, j’engageai :

― Puisque tu y tiens, qui devait laver les parties d’après toi ?

― Voilà ! C’est là la question que tu devais poser, au lieu de tes fâcheries enfantines.

― Et alors, comment ça se passe souvent ? repris-je.

― Dis-moi plutôt ce qui s’est passé, rétorqua-t-il.

― Pourquoi n’es-tu pas marié ? J’ai remarqué que les gens qui sont dans ces choses là aiment distribuer les enfants à travers le pays sans jamais s’attacher à fonder un foyer.

Après un instant de réflexion, Ali expliqua avec sérieux :

― Tu sais, la libération spirituelle demande des sacrifices et ce n’est pas facile. Trouver la compatibilité affective qui tient n’est pas donné et c’est pourquoi ce que tu remarques est pertinent. Et comme les filles aiment l’argent et les mecs bons chics, bons genres… Elles aiment être soutenues et pour nous c’est facile ! Moi par exemple, j’ai trois enfants de trois filles différentes. A la fin du mois, je remets à leurs mères de quoi les élever et c’est plus cool…

Par ses explications, Ali donnait l’impression d’être satisfait. Il semblait convaincu d’avoir fait les bons choix.

― Et toi qui te prétends fils de Jésus, pourquoi n’es-tu pas marié ? demanda-t-il.

― Mon frère laisse comme ça, répondis-je. Avec toutes les galères qui veulent me finir, comment faire ? Je n’arrive même pas à supporter mes propres charges ; ce sont celles d’une femme que je supporterai ?

― Mais il y a les femmes riches, surtout dans nos milieux. Si tu veux…

― Excuse-moi, interrompis-je. Hier était mon dernier essai d’entrée dans votre milieu. Si un Deyavi est accepté parmi vous, c’est que vous ne valez rien spirituellement ; je suis désolé.

― Apparemment c’est lui qui t’a lavé les parties, dit-il, me donnant des coups sur le côté.

― A ce que je vois tu en as abusé toi aussi ! répliquai-je.

― Tu sais, des secrets, il y en a dans toutes les confréries spirituelles et tu comprends que…

― Aaahhh bon ! Et comme ça, tu veux manger le piment dans ma bouche! contestai-je.

 (Tu veux manger du piment dans ma bouche ! est une expression africaine pour dire : « Tu connais la vérité, tu la redoutes et c’est de ma bouche que tu veux l’entendre ! Tu attendras longtemps.)

― En fait… C’est curieux d’entendre comment les autres perçoivent ces choses… essaya-t-il.

― Méchant frère ! ripostai-je. Vous vous amusez donc des autres ! Vous prenez vos plaisirs pervers au nom d’une prétendue entité spirituelle ! Depuis le crime qu’il m’a commis, l’entité en question a fait quoi pour moi ? Quand je sors chercher du travail, elle est où ? Quand j’ai faim, elle est où ? Quand j’ai failli perdre la vie en pleine forêt, elle était où ? Je ferai bien de préférer le Jésus de Papa Marca. Avec lui au moins, il n’y a pas de secret traumatisant.

― Tu pleures ? Tu sais, certaines personnes deviennent accrocs et en redemandent ! Tous n’en font pas une histoire comme toi. C’est toi qui dois avoir des problèmes. Tu sais, il y a des choses qu’on fait et on se tait. Quand l’occasion se présente, on les fait et on se tait. Si tu ne veux pas en parler, OK ! Mais cesse de jouer la victime ! Ton problème, c’est toi-même.

― Ah ! Bon ! Moi-même ! dis-je vexé.

― Tel que je comprends, tu t’es rebiffé, et vous en êtes restés à la séance d’introduction. En le critiquant et en lui disant des choses méprisantes, pouvait-il encore te grandir spirituellement ? Je suis désolé, les choses ne sont pas comme ça. Tant qu’il t’a devancé dans la confrérie, tu devais l’écouter et le suivre religieusement.

― Vous êtes vraiment les derniers au classement. Votre égo vous causera du tort un jour. Quand Salim travaillait, tu sentais qu’il avait même le souci de laver quelque malchance de moi et me faire renaître homme nouveau. Tel que tu parles, Deyavi prenait son plaisir… tu parles d’initiation !

Constatant qu’Ali était touché, je pressai l’offensive.

― Le bain de Salim était altruiste, le vôtre est égoïste. Voilà !

― Si seulement tu savais ! reprit-il. Voilà comment vous les profanes êtes naïfs ? Il n’y a rien pour rien au plan spirituel. C’est pourquoi il y a des choses que tu dois apprendre. Si tu restes ignorant, c’est toi qui feras toujours les frais. Même si tu nous trouves dégueu, saches que Salim n’est pas meilleur que nous. Laver un client a toujours des gratifications. Chez nous au moins, la navigation est à vue et si tu avais voulu des explications sur les jeux sensuels et sadiques qu’il t’a fait ressentir, il t’en aurait donné. Le marabout sur ce plan n’est qu’un exécutant d’une routine spirituelle qui lui est imposée par son esprit guide. Qu’est-ce que tu crois ?

― Et le bain de Legrand ? 

― C’est qui Legrand ? 

― C’est une autre histoire. J’ai faim. Je prends une douche rapide, je fais une omelette et on suit la finale du Roland-Garros, c’est à quatorze heures et trente minutes.

― Roland-Garros c’est quoi ? Nul n’ignore que Nadal va reprendre le trophée, épargne-moi le déjà vu. Je t’attends au salon.

Une fois mon bain terminé, nous reprîmes notre conversation. 

― Sais-tu que Deyavi était un excellent choriste au collège et même à l’université ? relançai-je.

― Et après ? réagit Ali. Il vivait chez papa et maman. A la fac il a connu l’autre face de la vie et il a fait son choix. Et même ! Où est le problème ?

― Le problème ? Ce qu’il pratique est anti-biblique, répondis-je.

― Et après ? Il a un bon travail ! Il est craint et respecté dans son entreprise ! Il a les filles à ses pieds ! Il a une belle villa ! Il est heureux. Que veux-tu encore ?

― C’est un pervers, et je ne t’ai rien dit des atrocités qu’il a faites et qu’il m’a fait faire...

― Il t’a bien frotté les parties à ce que je vois. C’est ça ! Tu tournes et tu n’arrives pas à le dire. Tes scrupules de chrétiens commencent à m’énerver. Dis-moi : tu ressembles à qui chez vous ? Le collège chrétien ne t’a pas fait du bien crois-moi ; dit Ali d’un air suffisant.

― Là je corrige ; le collège représente les années de paix de ma vie. C’est après le départ de Papa Marca et de Tantie que mes problèmes ont commencé.

― Je vois, dit Ali pensif, et c’est comme ça qu’il est allé mettre du désordre dans toute la famille au Bénin. Jour et nuit il fatigue tout le monde avec ses critiques ; et il a déjà chassé la moitié des clients de ton père par ses « Jésus n’aime pas les fétiches. »

― C’est la vérité ! Même si cette vérité fâche. Les fétiches sont à la gloire des esprits impurs, appuyai-je.

― Toi aussi ? C’est à croire que vous seuls détenez la vérité. Etes-vous si parfaits que ça ? Les bains de purification existent dans toutes les religions du monde. Tu contestes la terre entière ! 

― Le chemin de la vie est étroit et resserré. Peu de gens le trouvent. Fais le constat par toi-même. Est-ce que les bains rituels rendent les gens meilleurs ?

― Et vous donc ? Vous aussi pratiquez le bain rituel à l’église et tu veux me critiquer ? Epargne-moi ton prêche borné. 

― De quel lavage rituel parles-tu que je ne sache ? Je n’ai jamais entendu parler de quelque chose de semblable dans l’Eglise. 

― Va donc voir ton pasteur ; je ne perdrai pas mon temps à t’expliquer quoi que ce soit. Tu n’as pas honte de critiquer une pratique que ta propre religion cautionne ? 

 ― Tu sembles convaincu de ce que tu avances…

― Je te laisse voir ton Roland-Garros. Je serai là demain dans la soirée et j’espère que tu m’apporteras une réponse qui tienne. A t’écouter prêcher, l’enfer c’est les autres.

― Si tu veux, on se retrouve à l’église demain, suggérai-je.

― Jamais. Je ne suis pas dans vos choses. Votre Jésus a trop de contraintes.

Devant l’écran allumé, je ne pus m’empêcher de ruminer mes échanges avec Ali. « C’est à croire qu’il est obsédé par les parties ! C’est vrai qu’au pays, certaines cérémonies du vaudou se faisaient sans vêtements. La nudité des hommes, des femmes et des enfants tous ensembles dansant autour du fétiche ne gênait personne. Mais les réalités païennes sont siennes. Les réalités chrétiennes sont différentes. La nudité n’est certes pas un péché, mais l’église prône la pudeur et la bienséance. »

Le lavage de Legrand est récent. Les promesses de son bain ont été immenses et j’allais voir ! Il m’a rassuré à maintes reprises que ses clients gagnaient toujours, à condition qu’ils exécutassent scrupuleusement ses prescriptions.

C’est par Thierry que je connus la famille Nfoumou. J’étais au creux de la galère et connaissant la précarité de la photographie, il m’avait proposé à Monsieur Nfoumou qui à ce moment recherchait un majordome pour encadrer ses serviteurs. « Pourquoi pas ? » m’étais-je dit. 

Quelques temps après que je pris fonction, je commençai à me voir tiraillé dans les rêves. Tantôt, je me voyais réclamé par papa qui me demandait de retourner au pays, tantôt, c’est Deyavi qui prétendait avoir tous les droits sur moi.

Au bout d’un temps, les rêves tournèrent en viols. Mes sommeils devinrent des agressions sexuelles ; et la panne que connaissaient mes parties pendant l’éveil se faisait maintenant présente dans les rêves. Avant cette étape, tout semblait normal dans les rêves même si la réalité était affligeante. 

A force de contrariétés, le doute m’envahit et la timidité devint mon maître. Après 6 mois environ de travail chez les Nfoumou, l’oubli devint mon quotidien. J’oubliais les recommandations ; j’oubliais de noter les instructions hebdomadaires ou journalières de Mme Nfoumou qui, constatant mon irritation, me suggéra le lavage de Legrand.

Pouvais-je refuser ? Les anxiolytiques n’avaient plus effet sur ma psyché et j’acceptai. Je ne tenais surtout pas à me retrouver au chômage, surtout qu’avec les Nfoumou, ma vie reprenait un visage humain. 

Suite à mon acceptation, le cuisinier de Mme Nfoumou arrangea la rencontre avec Legrand et le rendez-vous fut pris pour un samedi, tard dans la soirée.

Une fois chez lui, il nous accueillit très chaleureusement et nous offrit du vin et de la bière. La boisson d’alcool était obligatoire d’après lui. « Autrement, le travail est impossible, » précisa-t-il.

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Après des incantations bizarres autour d’un autel où étaient disposés les ingrédients du bain ainsi que des statuettes, des bougies allumées et d’autres objets de culte, il se mit à faire la préparation du bain : Son eau était noirâtre. En plus des poudres végétales, il y mit des parfums modernes de grand prix ; il égorgea une poule, un coq et leur sang y fut versé ; il y mit des escargots, et bien d’autres choses.

Le mélange était effrayant. Quelle était la fonction du lavage ? Va savoir ! Me purifier ? Laver le mauvais sort ? Laver les malédictions ? Laver la malchance ? Va savoir !

Nous n’étions que trois. Le lavage eut lieu derrière la maison. Minuit était déjà passé. Au moment où je m’attendais le moins, il prit des œufs pourris, deux si j’eus bien remarqué, les cassa sur ma tête et glissa la substance nauséabonde sur mon visage et sur tout mon corps. Sur mes parties, il insista et insista encore. Ma surprise fut grande de constater que mes parties reprirent vie hors sommeil. Legrand venait de gagner des points et je le laissai faire son travail. Il était quand-même un vieux ; donc bien expérimenté !

Après le bain, il m’interdit de me laver pendant trois jours et trois nuits.

Ma joie était immense et je ne taris pas d’éloges pour Legrand et le cuisinier pour tout ce qui s’était passé. Ils venaient de me restaurer la vie. Je rentrai chez moi, priant le cuisinier d’informer mes patrons de l’exigence de l’herboriste.

Une fois chez moi, je me souvins de Papa Marca qui m’avait confié à  Jésus et je voulus remercier le Seigneur. Je reçus une gifle cinglante de l’invisible et me retrouvai au pied de la table à manger. Je tâtai ma joue, voulant comprendre. Qui ça pouvait être ?

― Seigneur je te remercie de …

Pan ! Etait la deuxième gifle et j’entendis une voix me dire : « Quand on a mis les pieds là où tu étais, il n’est plus question du Seigneur. Mon nom c’est Bâ Ntoum ; c’est moi ton nouveau dieu. »

― C’est Dieu qui fait le bien et les esprits ne peuvent restaurer la virilité ! protestai-je.

― C’est ça, ingrat ! Ton église c’est nous et ton dieu c’est nous. Ce sont nos pouvoirs qui font de Legrand ce qu’il est et tu nous appartiens désormais. Gare à toi si tu te laves avant trois jours !

Le téléphone sonna. C’était Mme Nfoumou.

― Courage mon fils, dit-elle, ça va passer. Que Dieu t’aide. Ne t’inquiète pas pour les trois jours.

― Merci Madame, répondis-je.

Les trois jours passèrent et je repris le travail. Pendant une semaine, tout alla bien.

Au fait ! Que me dira Ali par rapport au récit de l’épisode avec Legrand ? Me dira-t-il que Legrand a navigué à vue comme Deyavi ? Non, le mystique et le sacré ont manqué ici. La brutalité de Legrand n’avait rien de comparable à la douce patience de Deyavi. Dira-t-il que des choses me sont restées cachées… ? Il aurait raison.

Deux semaines après le bain, ma vie se dégrada complètement. La diarrhée chronique prit mon tube digestif en otage. Aucun comprimé ne put me secourir. Monsieur Nfoumou m’envoya vers son gastro-entérologue. Rien n’y fit. Après trois bonnes semaines de souffrances atroces, le cuisinier me conseilla de retourner voir Legrand. « Il comprendra ce qui se passe et saura t’aider, » ajouta-t-il. Je suivis le conseil du collègue cuisinier. 

Legrand me reçut avec peu de surprise :

― Ah ! Tu es là jeune homme !

― Bonjour Legrand, répondis-je.

― Je n’ai pas assez de temps ; il y a quoi ? 

― J’ai la diarrhée depuis trois semaines et ça ne va pas.

― Ah ! Oui ! fit Legrand, hébété. Tu as été lavé par le sang d’une poule et par celui d’un coq. Ta guérison a coûté cher et tu devrais songer à faire un sacrifice, dit-il, me regardant avec du froid dans les yeux.

A ses mots, mon sang gela ! J’avais déjà entendu des histoires semblables et que cela m’arrivât ! C’était intolérable !

― Vous savez, m’efforçai-je de négocier, j’ai grandi à l’église et mon tuteur m’a mis en garde sur ce genre de choses dont vous parlez. Un chrétien ne peut verser du sang.

― Tu es chrétien ! Tu fais pitié. Il ne fallait donc pas venir chercher ici. Tu es lié et je vais voir comment tu vas échapper aux génies de la forêt. Ton esprit était en prison depuis des années et ce sont les génies qui t’ont sauvé et maintenant tu parles de chrétien ! Ingrat que tu es. Va mourir ! Je t’ai dit que je n’avais pas de temps.

Je quittai Legrand complètement abattu. Allais-je tuer un humain pour avoir la santé ? Allais-je vraiment mourir ? Ce qui arrivait aux autres frappait à ma porte.

A peine avais-je quitté Legrand que j’entendis dans mon esprit des insultes et des moqueries. La voix ressemblait tantôt à celle de Deyavi, tantôt à celle de Salim ! « Tu vas chier ; tu n’as encore rien vu ! Mes attouchements étaient bien plus supportables que ce qui t’attends. Tu sais critiquer, vas-y si tu veux ; tu marcheras nu bientôt si tu n’obéis pas à ces gens. Si tu avais patienté, les promesses que je t’ai faites allaient s’accomplir. »

Ma détresse était grande et la terreur de la mort était en moi. Je m’excusai chez Monsieur Nfoumou et appris le lendemain qu’il m’avait remercié. Il avait une grande réception et avait besoin d’un maître d’hôtel en bonne santé. Le cuisinier me remplaçait, le temps de trier sur les candidatures qui attendaient.

C’est suite à cette nouvelle donnée par le cuisinier qui pour la première fois me remettait mon salaire que prit fin l’épisode des Mfoumou. Le salaire n’était que le tiers attendu. Voulant me plaindre, le cuisinier me rappela : 

― Et le bain de Legrand, qui a payé les factures à ton avis ? Et ta consultation chez le spécialiste du patron ? Et tes trois semaines de travail préoccupées par tes urgents besoin de toilette. La vie n’est pas facile comme tu vois. Je pense qu’ils ont été très gentils avec toi…

Les explications du collègue me confondirent et je ne sus que dire. Je balbutiai :

― Mer… merci… merci pour… pour ton amitié. Dis merci aux Nfoumou de ma part, s’il te plaît.

― Bonne chance, acheva-t-il, tendant sa main droite.

Je serrai sa main de ma droite et nous nous séparâmes sans protocole. L’idée d’accolade était incongrue et n’eût pas lieu.

Abattu, je me mis à marcher. Il devait être neuf heures du matin. Pleurer ? Mes yeux étaient secs. Je ne trottai pas longtemps à cause de ma chancelante santé. Je retournai à la maison.

 C’est cet après-midi là qu’Ali m’appela de Cotonou. C’est alors qu’il m’annonça qu’il voulait tenter une nouvelle vie à Libreville. 

La coïncidence de son arrivée aggrava mon trouble. Après les coups des deux jours, l’annonce de sa venue était désagréable. « Voici qu’on me demande du sang. Bâ Ntoum ne va-t-il pas le tuer comme première victime ? » Quoique déjà courbatu, il fallait en plus que je trouvasse une solution avant son arrivée. Papa Marca m’avait mis en garde contre l’homme et quatorze ans après, j’apprenais la pratique. Au fait, qui m’avait trahi dans la chaîne : Thierry, Mme Nfoumou, le cuisinier ou Legrand ?

Dans l’après-midi donc, aussitôt après l’appel d’Ali, après que les frayeurs de mes pensées se turent, je voulus me mettre à genoux pour prier. Mon genou droit se raidit et je ne pus le plier. Dès que je m’assis, tout revint dans l’ordre. Je priai en silence, demandant à Jésus de m’aider à arriver à la mission évangélique. Le mardi, il y avait habituellement étude biblique dès dix neuf heures et trente minutes. A l’église, je trouvai que rien n’avait changé au programme. Le thème du jour était : « La rédemption de l’homme. » Le texte était tiré d’Esaïe 53 qui parle de Jésus-Christ qui est mort à la place de l’homme pécheur. 

S’appuyant sur l’épitre de Paul aux Romains, chapitre 5, l’orateur expliqua que Jésus a versé son sang pour notre rachat. Le rachat de l’homme consiste en ce que nous méritions la mort à cause de nos crimes et de nos péchés ; mais Jésus s’est substitué à l’homme pécheur et a supporté son châtiment. L’homme qui croit en lui est délivré de tout esclavage de Satan, enseignait-il. 

A la fin, il accorda de poser des questions ; j’en avais.

― Bonsoir, introduisis-je,  j’aime maintenant le Seigneur mais on me réclame du sang, sans quoi je vais mourir. Aidez-moi s’il vous plaît.

A ma question, toute l’assistance se mit à murmurer. 

― Vous dîtes aimer le Seigneur et vous servez le diable ! Jésus a versé son sang pour vous et vous ne vous appartenez plus. Vous n’avez pas besoin de verser un autre sans pour avoir la vie. Avez-vous annoncé ce message à celui qui vous réclame du sang ? demanda l’orateur.

― Je lui ai seulement dit que j’étais chrétien et il s’en est moqué, répondis-je.

― A ce que je vois, étant chrétien, vous avez mangé à la table des idoles et vous en portez la souffrance. Quand avez-vous demandé à Jésus-Christ de gouverner votre vie ? demanda-t-il.

A cette question, j’étais confus. Tonton Marca m’avait confié au Christ et je pensais cela suffisant. Mon embarras était marqué. L’orateur reprit :

― Si vous cherchez, c’est que vous ne l’avez pas encore fait. Comprenez que si Jésus est mort à la croix pour vous, il vous revient de lui demander pardon pour vos péchés et de lui accorder la direction de votre vie. Etre chrétien signifie que vous avez consacré votre vie au Christ et que vous lisez chaque jour Sa Parole pour La mettre en pratique. Aller à l’église ne fait pas de vous un chrétien.

― Que dois-je faire alors ? J’ai peur et le monsieur était sérieux, demandai-je.

― Que quelqu’un qui a compris les enseignements lui réponde ; ce frère a du mal à me comprendre.

Le pasteur Nzimbi se leva. Il avait à présent beaucoup de cheveux blancs et je fus touché de le revoir. S’étant levé du premier banc où il était assis, il se retourna et expliqua :

― Bonsoir frère. Votre problème est simple. Vous avez été initié à la sorcellerie sans le savoir. Au lieu que vous versiez du sang pour sauver votre vie, refugiez-vous en Jésus maintenant. Jésus a déjà versé son sang pour sauver votre vie et vous n’avez pas besoin de verser un autre sang pour avoir la vie sauve.

A sa réponse, je frémis. L’évidence de la bonne solution créa une aura de paix autour de moi. Alors que je regardais le pasteur émerveillé, il ajouta :

― J’espère que je me suis fait comprendre. Que quelqu’un d’autre aide ce frère qui est un des nôtres; c’est le fils de l’Ancien Marca pour ceux qui sont là depuis longtemps. Quelqu’un a-t-il une autre approche d’explication pour le frère ?

Un adolescent se proposa.

― Vous êtes tombés entre les mains d’un Yopi ; ces gens sont gentils au début et vous torturent avec la sorcellerie par la suite.

― Mais les gens y vont vraiment nombreux ! répondis-je choqué.

― Ecoutez ! intervint l’orateur. La Bible dit clairement que les enfants de Dieu périssent faute de connaissance. Au plan spirituel, la Bible dit clairement : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Jésus précise dans les Evangiles que ses Paroles sont spirituelles et apportent la vie. Si vous voulez vous en sortir, commencez par lire les Ecritures et que l’Esprit de Dieu vous aide à comprendre le mensonge de…

― Legrand, achevai-je.

― C’est leur chef dans la banlieue-est, reprit le jeune qui semblait maîtriser le sujet.

L’orateur résuma disant :

― Ne vous laissez pas distraire par Yopi, Legrand, ou par tout autre titre. La sorcellerie a le même visage. Comprenez une chose. Jésus seul peut vous sauver. Au lieu d’écouter votre sorcier, repentez-vous d’avoir mangé à la table des sorciers car il me semble que ce Legrand n’est pas le premier dans votre vie. Demandez à Dieu de vous pardonner vos errances spirituelles et consacrez-Lui votre vie. Dans Ses mains personne ne vous trouvera.

Après quelques instants de silence, l’orateur ajouta :

― Je pense que ça va pour ce frère. Quelqu’un d’autre a-t-il une autre question ?

Personne ne se signala.

La réunion s’acheva vers vingt heures trente. Je m’adressai au pasteur Nzimbi qui me reconnut sans peine. Après avoir pris les nouvelles de papa Marca, il me conseilla de persévérer en prières. Je crus bon de lui relater, et les gifles invisibles, et la raideur du genou qui par deux fois m’avaient empêché de prier. Il me dit simplement :

― Sois sincère dans ta repentance et tout ira bien. Une fois que tu auras demandé pardon au Seigneur, détruis tout ce que ces gens t’ont remis comme amulettes ou potions. Ne garde rien d’eux chez toi.

A ceci, je pris peur et il ajouta :

Nous allons prier pour toi et tout se passera bien. Il demanda à l’orateur de prier pour moi. Je l’entendis prier : 

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― Seigneur Jésus, aies pitié de cet homme qui est venu… ;

Il interrompit et me demanda mon nom avant de reprendre :

― Oui Seigneur viens au secours de Koffi et accorde lui ton pardon. Nous prions que tu pardonnes son ignorance, ses visitations des sorciers et des marabouts, nous te prions de redresser tout ce qui était tordu dans sa vie. Lave son âme par ton sang et accorde-lui ton Esprit-Saint afin qu’il ait ta vie en lui. Nous te disons merci et te prions de le garder constamment. Nous prions que ta présence ne s’éloigne point de lui. Merci de ce que tu nous as exaucés, amen.

Je rentrai à la maison soulagé. Qui aurait cru ? La pénible journée m’avait assommé ; Dieu venait de me relever.

Une fois chez moi, je pus prier cette fois à genoux. Je confessai mes péchés pendant longtemps et j’y trouvai grand plaisir. Tenant à tout évacuer ; voulant ne rien garder, je racontai toutes mes errances à Dieu, aussi nombreuses que les souvenirs me remontaient à l’esprit. 

Après cela, je vidai toutes les infusions et les décoctions de Legrand dans le W.C. Je vidai aussi le reste de l’arôme de bain de Deyavi. Je découpai en petites pièces les amulettes de Salim et les brûlai dans une vielle assiette en inox.

Je passai le reste de la soirée ainsi que la journée du mercredi à lire la Bible. La diarrhée s’arrêta le jeudi, soit deux jours après ma consécration à Jésus. Mon cousin Ali arriva le lendemain vendredi et logea dans les appartements de sa confrérie. Je le pris le samedi pour une tournée dans la ville. 

Une semaine après son arrivée, Ali arrangea le rendez-vous afin que je fisse le bain de sa fraternité. Seulement, la coïncidence avec notre compatriote Deyavi était choquante et n’eut été la grâce de Dieu, la bagarre était inévitable. Selon la prédication du dimanche d’avant l’incident, Dieu aime les pécheurs et tient à ce que Ses enfants pardonnent aux ennemis leurs offenses.  

C’est en fait après l’avortement de cet autre lavage que j’ai compris le sens de la consécration. Une fois consacré au Christ, le chrétien doit rester fidèle aux Saintes Ecritures et suivre de préférence les conseils spirituels de ceux qui obéissent aux Ecritures. Ali est allergique au christianisme et j’aurais dû me douter qu’un conseil spirituel venant de lui serait inopportun.

Le pasteur Nzimbi me renseigna comme espéré sur le bain chrétien. Le soir, Ali était pressé d’apprendre.

― Tu sais, le pasteur n’a pas été tendre envers vous. Il dit que vos bains sont de la sorcellerie. Selon lui, une toilette ordinaire avec un bon champoing et un bon savon suffit pour le corps. La pureté spirituelle selon ses propos se gère spirituellement et non physiquement !

― Et comment fera-t-il ta toilette spirituelle, dis-moi ? rétorqua-t-il d’un air moqueur.

― Les choses de l’esprit se disent avec les discours de l’esprit. Quand tu as la paix, comment sais-tu que tu as la paix ? Le Révérend dit que les chrétiens sont purifiés par le sang de Jésus.

― Ils trouvent ce sang de Jésus où, dis-moi ? Tu vois que rien n’est clair chez lui aussi !

― Oui mais à supposer que vos bains sont justes, repris-je ; ils sont accompagnés d’immoralité ! Et figure toi, un certains Legrand m’a demandé du sang humain, comme ça !... sans la moindre gêne !

― Mais… Bon ! En fait…  Ali cherchait une inspiration qui prenait son temps.

― Au moins le bain spirituel des chrétiens s’accompagne de paix et d’un vrai sentiment de pureté morale ! repris-je. Sais-tu que depuis que ce Deyavi m’a touché, je connais des crises d’hémorroïdes ? Sais-tu qu’après qu’il m’a touché, mes nuits ont été longtemps dominées ? Sais-tu qu’après lui ma virilité a été virtuelle jusqu’à une date récente ? Sais-tu que…

― Arrête ! intervint Ali. Tu divagues ! Tu sais que la peur et le stress peuvent être causes de tous ces maux que tu débites ; alors, pour une énième fois, cesse d’incriminer Deyavi et sois un homme !

― Je comprends, tu le défends, c’est dans votre contrat de sorcellerie ! Je pensais que tu étais mon propre frère, mais je vois que le lien frater est plus fort que celui de sang qui nous lie. Tu représentes bien ton camp… Il fallait rester au pays.

Mon cousin baissa la tête. Honteux ? Je ne puis dire, mais il cherchait la suite.

― Comme tu vois, repris-je. Je commence à retrouver le chemin de papa Marca en qui tu n’as vu que des défauts. Avec eux, ma vie était d’une beauté paisible et elle coulait si bien ! Même si je n’avais pas leur ferveur, leurs prières me portaient bien. Oui, je vais reprendre le chemin de Jésus-Christ et je te conseille de quitter le mensonge pendant qu’il est temps. L’illusion des apparences sociales ne t’aidera pas ! Jésus n’aime pas la fornication et ne t’encourage pas au libertinage sexuel. A quoi te servirait-il de gagner le monde entier si tu perdais ton âme ?

― Tu m’énerves, dit Ali embarrassé, tu me juges… alors même que la Bible que tu prétends lire demande de ne pas juger son frère. Critique-moi donc ! Puisque ça semble te plaire de me saboter. Vas-y et ne te gênes pas. Sache aussi que c’est un péché de juger son prochain, acheva-t-il fâché.

― Bravo ! Tu ferais un excellent comédien ! Tu joues si bien la victime ! Tu laveras les parties de combien d’hommes cette semaine ? Au fait, tu préfères les jeunes ou les vieux ? Laves-tu aussi les filles et les mamans ?

― Jésus interdit en Matthieu 5.22 d’insulter et là tu m’insultes !

― Bravo ! Tu sais citer la Bible ! Tu marques encore des points, répondis-je. Hypocrite que tu es. Jésus dit aussi quelque part dans le même Matthieu que tu cites, que nul ne peut servir deux maîtres à la fois ! Combien de virilités d’hommes as-tu volées dans ta course pour l’enrichissement ? Depuis douze jours que je suis réconcilié avec Jésus, ma conscience est plus saine ! 

― En fait, reprit Ali. Je tenais à te dire un secret, mais vu que tu t’accroches au Christ, je suis obligé de te laisser. On verra si Jésus te sauvera de la mort certaine.

― Jésus est tout puissant et comme tu cites si bien Sa Parole, tu le sais certainement, répondis-je avec assurance.

― Ton père t’a consacré aux fétiches depuis l’enfance et tu ne peux dépasser tes 38 ans. J’étais venu t’encourager à rejoindre la confrérie afin de trouver protection, annonça Ali d’un air pathétique.

― Trop tard ! Va donc dire à papa que papa Marca m’a consacré à Jésus, et que je marche maintenant avec Jésus. Dis-lui que les fétiches ne sont que des esprits créés qui se sont rebellés contre Dieu et qui ont été chassés du Ciel. Tu lui diras que Dieu interdit l’idolâtrie et n’approuve pas ce qu’il fait.

― Je vois que ta timidité tourne en arrogance ! Honore ton père et ta mère, la Bible le dit aussi. Et ton père a des droits spirituels sur toi !

― Le savais-tu avant de me proposer le refuge de ta confrérie ?

Je gardai les yeux fixés sur Ali, prêt à cueillir ce qui allait sortir de ses lèvres. En Dieu, je trouvais du courage.

Fin de l'histoire

Remarques finales

Cette histoire incite le lecteur à prendre conscience des réalités spirituelles qui sont éprouvantes pour l’ignorant. Le monde invisible est prédateur et quiconque cherche secours en dehors du Christ est susceptible de tomber dans les pièges des impitoyables démons. 

S’agissant du monde spirituel, Dieu seul est digne de confiance quand il s’agit de purifier l’âme. En dehors du sang parfait de Jésus-Christ, ni l’eau, ni aucune autre substance de peut sanctifier l’âme d’un homme.

 

Références et Copyrights

Nouvelle Littéraire Chrétienne

Collection : Foi et Traditions

Copyrights 2016 Tâ-Shalom Editions, Les livres de la liberté

Distribution par Tâ-Shalom Editions

ISBN de cette Nouvelle Imprimée: 9781520624792

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Illustrations: Méli Métino Cédric Gaël

Publication : Tâ-Shalom Editions

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L’Illusion des Bains Rituels

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Code de cette édition : 0007-TSE-ABD-I-FR-02

Mises à jour: 15/10/2017