delires-d-amoureux-ebook-cover-nouvelle littéraire chrétienne

 

Résumé

Abdul est rejeté comme gendre à cause de sa pauvreté. Convaincu que Dieu aime les pauvres et les riches d’un même amour, il résiste ses opposants, mais sombre dans le ressentiment et la dépression jusqu’au jour où, désireux de liberté, il est pris au piège de sa curiosité. Loin de la ville et face à une société secrète en plein rituels, il revient au bon sens, mais trop tard. S’en sortira-t-il ?

Début de la nouvelle

Je n’en pouvais plus. Deux mois de réclusion comme si j’étais un prisonnier. J’avais besoin d’air frais et mon envie d’évasion était à son optimum.

Mon colocataire était sorti depuis bientôt une heure. Assis sous la véranda, la fraîcheur de l’harmattan sous le soleil de 15 heures produisait en moi un désir intense de fugue.

Pourquoi me considéraient-ils tous comme un enfant ? Pourquoi avaient-ils perdu confiance en moi et me surveillaient-ils jours et nuits ? A 40 ans, un homme devrait être respecté tout de même !

Tout commença comme dans un délire de persécution. 

A l’église, le comité des anciens me retira toute responsabilité. Pour eux, j’avais besoin de repos et ils s’étaient sentis poussés par l’Esprit à me l’accorder. Pour moi, c’était un coup de trop. Grâce à mes efforts, le département des enfants avait repris ses activités. Les parents, auparavant mécontents de la négligence de leurs progénitures n’avaient cessé depuis le début de cette année 2012 de me féliciter, de me remercier pour les changements qu’ils observaient dans la vie de leurs gamins. Pourquoi donc cette mise en vacances subite ? 

Mon co-ouvrier dans le ministère m’avait déjà averti de l’intention d’arrêt de mon zèle par l’ancien Ziff. Etait-ce lui mon bourreau où avais-je vraiment besoin de repos ?

Deux jours avant cet incident, Fanta m’avait informé que son père et sa mère s’opposaient catégoriquement à notre intention de fiançailles. Pour eux, je n’avais pas de situation sociale confortable et ils ne tenaient pas à voir leur fille souffrir. Commerçants persévérants, ils avaient réussi dans les affaires et offraient un certain confort matériel à leur fille. J’avais écouté mes sentiments sans tenir compte du statut social qui est le mien. Mon salaire de 165000 francs CFA ne faisait donc pas le poids ! 

Je digérai difficilement l’attitude des parents de Fanta et pensant bien faire, je me rendis à leur boutique pour leur citer les Ecritures. Je savais bien faire car que dit le Christ : « Si ton frère a péché, va et reprends-le, s’il t’écoute, tu as gagné ton frère… ». Or ici, ils avaient péché. Le refus de m’accorder leur fille en mariage était fondé sur de fausses bases. En effet, la Parole de Dieu recommande de ne point tenir compte des différences sociales entre frères. A moins qu’ils ne fussent pas des chrétiens !

― Ce que vous avez décidé est purement charnel, lui dis-je. Selon la Bible, nous ne devons pas juger les gens selon les apparences. C’est Dieu qui vous a fait ce que vous êtes. Et sachez bien une chose, j’aime votre fille et vous ne pouvez  m’empêcher de l’aimer. Vous savez bien qu’elle m’aime et si vous aimez réellement votre fille, vous devez la laisser épouser qui elle veut.

Contre ces arguments, le père de Fanta me regarda un instant. Après évaluation de mes vêtements, il répondit :

― Même Dieu est contre la pauvreté et il ne convient pas de faire alliance avec les pauvres. Regarde-toi un peu.

J’étais perdu. Un ancien d’église qui met en avant l’argent ! Son mépris bloqua ma pensée. J’ouvris la bouche et ne pus dire mot. C’est lui qui continua :

― Ma fille se mariera avec une personne de son rang. Cherche pour toi une fille de ton niveau.

― Dieu pourvoira à nos besoins et soyez rassuré que ma situation actuelle n’est que passagère, répondis-je.  

― Oui va. Ma fille dort sous climatiseur et ses besoins mensuels dépassent le double de ton salaire. Va, Dieu pourvoira une fille qui te convient, dit-il.

― Vous ne pouvez rien contre la volonté de Dieu, répliquai-je.

― Parce que ton ministère prospère tu te donnes des ailes ? La volonté de Dieu est que tu saches respecter ton rang social. Ici, c’est moi qui décide, acheva-t-il.

Cet événement me perturba. Fanta m’avait parlé de leur pauvreté des années 90. Combien ses parents avaient trimé pour leurs études. J’eus plus mal quand je pensai que c’était depuis cinq ans seulement que la croissance de leur commerce était significative et leur avait permis de construire leur villa actuelle. Ce papa était ancien d’église, il était censé regarder au cœur de l’homme et non à son porte-monnaie. Surtout que j’étais jeune et pourrais grandir plus haut en affaires que lui. Dieu seul sait. Après tout, je n’étais pas si misérable que ça ! Je ne mendiais pas mon pain. Je ne comprenais pas.

Abdul et Fanta aux beaux jours-nouvelle littéraire-chrétienne-Délires d'Amoureux

Fanta était très zélée dans le service de Dieu et surtout très attachante. Sa présence me donnait réconfort et assurance. Son amour était si agréable et je m’étais fait à l’idée qu’elle serait la femme que Dieu m’a réservée. 

Je ne compris pas cette opposition inutile. Pourquoi bloquer l’amour ? Mes randonnées avec Fanta étaient plaisantes. Nous pouvions marcher des kilomètres sans se rendre compte. Nous pouvions papoter sans se lasser. Nous parlions de Dieu, de l’église, du ministère parmi les enfants, de mes problèmes avec les collègues et nous ne nous fatiguions pas.

Fanta est douce et douée d’une grande capacité d’écoute. A chaque fois qu’elle s’exprimait, je voyais en elle la compagne idéale. C’est à croire qu’elle choisissait chaque mot pour plaire à mes oreilles ! Sa voix en elle-même était un encouragement et jusqu’ici, je n’ai pas entendu de parole grossière sortir de sa bouche, même après le refus de ses parents de m’accepter pour gendre.

Après le choc du marché, je ne me laissai pas abattre. Je courus vers le pasteur, espérant avoir son soutien. Curieusement, il connaissait l’objet de ma visite. 

― Je suis au courant, dit-il. C’est moi qui ai conseillé les parents de Fanta si tu veux savoir. J’ai déjà prévu un frère pour la sœur Fanta et je te conseille de l’oublier. Si tu n’as rien à dire, bonne soirée et le Seigneur te garde. 

« Que le Seigneur me garde ! Quel Seigneur ? Il doit se comporter comme un pasteur ! Il aurait dû m’accueillir et m’écouter que de me jeter au visage une phrase aussi violente ! Qu’ai-je fait de mal ? Il n’a certainement pas le droit de décider de qui épouserait Fanta ! » disputai-je intérieurement.

L’attitude du pasteur aggrava ma souffrance.

Je ne pus me contenir. Ma colère monta et monta sans retenue. Etait-ce un complot collectif ? Et pourquoi le pasteur serait-il contre moi ? Je n’avais aucun souvenir de mauvaises actions, ni de mauvaises pensées contre lui. Alors pourquoi cette opposition ?

Le lendemain matin, mon colocataire me fit savoir que j’avais parlé toute la nuit. Quant à moi, je ne me souvenais de rien. Il me dit que j’avais eu un sommeil agité, comme si je parlais tantôt au pasteur, tantôt au père de Fanta, tantôt à Fanta, tantôt à sa mère. Selon lui, seule Fanta recevait des mots tendres. Les autres recevaient des paroles violentes et rancunières. 

Nous étions Samedi et il fallait que je me retinsse. Nous avions réunion des moniteurs à 17h30 pour la préparation des enseignements du dimanche aux enfants. La journée fut calme. Je me remis grâce à ce verset qui retentissait silencieusement dans ma pensée : « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein, » Romains 8.28, si mon souvenir est bon. La réunion se passa bien.

Le dimanche, j’étais au programme pour la classe des moyens (savoir les 7-12 ans). A peine étais-je arrivé à l’église qu’un des moniteurs me fit savoir qu’il m’était demandé de ne rien faire. 

― Qui me demande de ne rien faire... 

Alors que j’achevais ma question, j’entendis quelqu’un approcher, c’était le pasteur. Il me dit :

― Vu que tu es très fatigué ces derniers temps, le conseil des anciens a décidé hier, sous l’inspiration du Saint-Esprit, que tu prennes un peu de repos. Dès que possible, tu seras rappelé. Tu n’enseigneras plus les enfants à compter de ce matin.

Abdul est mis en conge par son pasteur-nouvelle littéraire-chrétienne-Délires d'Amoureux

J’ouvris la bouche pour répondre mais aucune parole ne sortit. Je voulus crier au scandale, mais aucun son ne sortit. Où étions-nous ? Dans la jungle, dans le monde ou dans l’Eglise du Dieu vivant ? 

Le pasteur qui n’avait pas cessé de me dévisager ajouta :

― Nous avons décidé que le frère Josias pourra s’occuper des deux classes du niveau 2. D’ici la semaine prochaine, nous trouverons ton remplaçant.

La larme qui s’apprêtait à couler céda place à la rêverie. « Comme ça tout est déjà fait et riposter ne servirait à rien, » évaluai-je. Je m’apprêtai à lui demander pourquoi personne ne m’avait consulté avant leur décision, mais je me surpris à dire plutôt :

― Que la volonté de Dieu soit faite.

Sur quoi le pasteur étonné ou peut-être choqué s’en alla.

Les enseignements et le culte se passèrent. A la fin du culte, je m’approchai de Fanta pour la saluer. « Je suis désolée, » me répondit-elle. 

Je saluai les autres frères et sœurs sans grande conviction. Mon sourire même dans toute sa volonté de sincérité était peu convaincant. Mon malaise s’accentuait à mesure que je serrais les mains et je dus m’éclipser rapidement. Je ne pus attendre Jack avec qui je rentrais habituellement. 

Je décidai de faire le point. 

Le reste du dimanche passa sans que je comprisse ce qui m’arrivait. Je vécus la nuit sans une trace de sommeil. Le lundi au boulot, j’étais irrité sans pouvoir me concentrer sur quoi que ce soit. Je me souviens d’avoir dit à mon collègue : « J’ai marre de tout… » Après, plus rien. 

Si ! Je me souviens aussi que mon cœur me faisait mal, et que les gens me demandaient régulièrement : « Est-ce que tu vas mieux ? » Mieux par rapport à quoi ? Mieux que quoi ? Je suis conscient d’un autre fait : je n’avais plus le désir de lutter. Je ne désirais plus rien au monde et je répétais continuellement : « Si dans la maison de Dieu il y a de l’injustice, où ira-t-on trouver la justice ? » « Si dans la maison de Dieu, les hommes sont considérés selon leur porte-monnaie, est-ce bien la peine d’être chrétien… »

Depuis cette dernière matinée au travail, j’étais surveillé et j’en étais conscient. Suite aux incidents de cette semaine là, je perdis le sourire. Je ne voyais plus que le côté sombre des choses. Rien n’avait force à me réjouir. Je souffrais donc ! J’avais un problème ! Quel était mon problème ? Une dépression, une fatigue nerveuse, une névrose ? Au fait, qu’est-ce qu’une névrose ? Des mots ?

Ce que je sais aussi, c’est que j’avais du mal à vivre et j’avais surpris des personnes dire à Jack de ne pas me perdre de vue. Il était là, depuis toutes ces semaines, il était là à me surveiller. Parfois, je l’avais entendu me dire : « Tu parles à qui ? » quand pour moi je ne faisais que penser. Quelques fois j’avais entendu une voix me dire : « Fanta ne mérite pas ton amour. » Mais de qui était cette voix ? « De quoi je me mêle ! » avais-je dû répondre bien de fois, question de la taire. 

Mon amour pour Fanta me tenait esclave, même durant la dépression. Mais à des intervalles réguliers, la voix revenait et disait : « Fanta ne mérite pas ton amour. » Ce tracas dura deux mois.

J’avais fort besoin de sortir.

Il devait être 15h30 et le ciel était clair. Après considération de ma galère, mon désir d’évasion et de liberté était intense.

Profitant de l’absence prolongée de Jack, je m’en allai. Où ? Je ne savais.  Je considérai du regard la colline qui semblait marquer la limite naturelle de la ville. Je me dirigeai vers elle, convaincu qu’elle m’accorderait volontiers de son repos. J’étouffais dans la cité et cette nature avait la capacité de me faire du bien. J’avançai résolument vers la montagne, sans me retourner, au risque de me décourager. Au bout d’une heure environ, j’y étais. 

Le silence de la colline était agréable. La musique des oiseaux et le bruissement des arbres sous le vent étaient les seuls bruits audibles. Nous étions en saison sèche et la végétation était peu dense. Je m’assis quelques instants et contemplai du regard mon quartier et Horogna, le quartier avant la colline. Quelle était l’étape suivante ? Je ne savais rien de la suite. 

Je constatai que la montagne était fréquentée. Une piste bien battue signalait le passage habituel des humains. Je voulus m’étendre sur l’herbe sèche et jouir de ma nouvelle liberté mais l’envie de suivre la piste me domina. 

J’avançai, j’avançai encore et me retrouvai sur l’autre versant de la colline. De ce côté, la campagne était accessible. J’avais le dos tourné à la vie moderne et d’autres types de réflexions me vinrent à l’esprit. Je n’avais ni faim, ni soif. Je ne m’inquiétais pas de ce que dirait Jack à son retour. Je ne me préoccupais même pas de la nuit, ni de comment j’allais gérer les ténèbres. Je me souvins de la méditation transcendantale.

Je me souvins des mantras en sanscrits qui nous avaient été enseignés dans le club de yoga alors que j’étais à ma première année d’université. Et comme le yoga est contesté par les chrétiens évangéliques, je conçus une forme acceptable. « Mes propres mantras seront : « Jésus est bon, » à répéter jusqu’à épuisement ; après quoi je dirai : « Dieu est grand, » « Dieu amour, amour Dieu, » etc. » De prime abord, cela semblait une belle approche pour prier toute la nuit.

Jésus même ne priait-il pas toute la nuit ? Mais comment priait-Il ? « Au fait, si je souffre comme c’est le cas, puisque les gens le disent, peut-être est-ce mon karma qui est comme ça ! Peut-être Dieu prévoit-Il que je souffre comme ça ! Surtout que le mal est venu de l’église. Peut-être est-ce de Sa propre volonté que ce qui m’arrive est en train de m’arriver…

« Retrouverai-je une vie normale ? Pourrais-je guérir ? Pourrais-je retrouver une place dans la société ? Ils disent tous que je suis malade, mais de quoi ? Personne ne me le dit précisément. Une chose est sure, Dieu est fidèle et malgré les turbulences, sa paix ne m’a pas fait défaut jusqu’ici. Avec lui, je serai au Paradis pendant l’éternité, donc pas question de karma. Je devrai certainement me garder des mantras. Quant à prier toute la nuit, je m’inspirerai des instructions de Christ telles qu’enseignées dans Matthieu aux chapitres 5 et 6.

« Me voici libre donc, loin de tous, loin de Fanta que j’aime encore malgré son indifférence le dernier dimanche de notre séparation. Elle s’était contentée d’un « Je suis désolée, » comme si sa désolation résolvait la passion qui me tient captif ! Maintenant, rien n’a d’importance. Dieu, l’amour, les hommes, l’existence. Où est Dieu ? »

C’est à cette question que je me rendis compte que je n’avais rien emporté avec moi. Ni ma bible, ni quelque document que ce soit ; même pas ma pièce d’identité. Je découvris plutôt, à ma surprise, un billet de mille francs dans ma poche arrière. Que faisait-il là tout seul ?

Alors que j’y pensais encore, j’entendis des bruits de pas, non loin derrière moi et optai de me cacher. C’est un homme dans la quarantaine qui passait, insouciant, portant une gibecière en coton tissé. D’où venait-il et où allait-il à cette heure ? Il n’avait pas l’air d’un citadin. Au style de ses vêtements, on penserait plus à un villageois. Il portait une culotte bouffante, un boubou sans manche et ouvert sur les côtés. Mais que faisait-il là ? Je le regardai passer sans mot dire.

Abdul est surpris par le passage d-un villageois-nouvelle littéraire-chrétienne-Délires d'Amoureux

Quelques minutes plus tard, je devins l’otage de ma curiosité. Je fus pris d’un désir irrésistible de suivre la direction de l’homme et de savoir davantage sur les raisons de sa présence dans les lieux. Je suivis le serpentin de la piste et me retrouvai à un point d’eau. C’était juste un ruisseau mais qui, collecté dans un bassin, offrait la possibilité de se baigner. A droite du point d’eau, il y avait un grand espace dont le sol était bien battu, donnant l’impression d’une fréquentation régulière des lieux. Au centre de cet espace, il y avait un rocher taillé en table d’une hauteur d’environ un mètre sur lequel un adulte de taille moyenne pourrait s’asseoir ou même se coucher.

L’homme était là, complètement dévêtu, en train de danser autour de la pierre sur laquelle j’observai du sang frais. Il dansait, sans souci quelconque de sa nudité, sans souci de qui pourrait venir là. Peut-être était-il le seul qui, à force d’aller et venir avait battu la piste qui conduisait dans ce lieu. 

Je considérai l’homme avec intérêt. Il se rendit compte de ma présence mais n’exprima aucune gêne. Il continua sa danse autour de la pierre. Son attitude donnait l’impression qu’il y avait des personnes invisibles avec lui. Les grimaces de son visage étaient répétées, comme si elles suivaient un cycle. Le ronronnement de sa voix donnait la cadence et il tapait le pied droit au sol, avec force à chaque pas, comme s’il exprimait un message pédi-crypté (C’est-à-dire un message avec le langage secret des pieds).

Je pensai m’en aller. Mais les forces me manquèrent. Je soupçonnai l’homme, apparemment un féticheur, qu’il serait en train de faire quelque chose de dangereux. Mais je restai, curieux de savoir comment finirait la scène. Il devait être 18h déjà et la nuit n’allait pas tarder. 

J’étais à présent tiraillé par la pensée de quitter les lieux et la curiosité de voir jusqu’au bout.

Il fallait pourtant que je m’en allasse. « Un bon chrétien n’a pas à servir les idoles ou les fétiches, » estimai-je. « Dis-donc, j’ai encore la capacité de juger ! Tout à l’heure, c’était la méditation transcendantale ; maintenant, c’est les fétiches et les idoles. L’une et l’autre voie conduisent hors de Christ, or je ne veux laisser Christ pour rien au monde. Le pasteur s’est levé contre moi avec les parents de Fanta. Les anciens se sont accordés avec eux pour m’embêter, mais le Christ lui-même ne m’a pas trahi … » A ces pensées, je me sentis ridicule. Mon intérêt pour l’homme me parut vide de sens et je voulus rentrer.

Dès que je me levai, le danseur solitaire commença à jouer un instrument en fer. Le son était monotone et cependant cohérent. Tout à coup, la piste sur laquelle je voulais m’engager livra une file d’autres hommes, tous sans vêtements, couverts de blanc au visage on dirait de la craie. Je me sentis pris au piège. 

A leur approchement, je fus saisi de peur. Je fis quelques pas en marche arrière et courus me refugier sous la grotte dont l’entrée faisait face à la scène. Je fus cueilli par deux costauds qui attendaient là, silencieux. Ils m’attachèrent les mains dans le dos et me déposèrent près de la pierre sur laquelle le sang était répandu. 

Mes deux bourreaux retournèrent prendre deux tams-tams dans la grotte, revinrent et me rejoignirent au milieu. Ils se mirent à accompagner la musique qui jusqu’ici était monotone.

Les danseurs de la file formèrent un grand cercle autour de nous.

Accompagné donc des tams-tams, des instruments en fer et aussi des instruments à cordes, le premier homme de la scène entonna un nouveau chant, aussi monotone que les précédents. Cette fois, ils chantaient dans une langue proche du bambana et je pouvais capter quelques mots :

« Nafigui to moloya ta fiou trin… trin… f’aka fag tewou  trin… trin… » répétaient-ils.

Je les interprétai comme voulant dire : « Le rapporteur ne connaît pas la honte, … le tuer est la solution… »

Ils répétèrent les mêmes paroles indéfiniment. Immobilisé au sol et ne sachant que faire, j’étais là, m’efforçant d’observer ce qui allait suivre. « Me tueront-ils ? Pourquoi ne suis-je pas parti plus tôt ? Et pourquoi même ai-je suivi cet homme dans ce lieu ? J’aurais dû retourner dès que je me suis rendu compte de la présence du sang sur la pierre qui me signalait pourtant quelque rituel de féticheur… »

C’est dans cette détresse que je dus admettre combien être chrétien a de la valeur. Pas de fétiches, pas besoin de blindage. Pas besoin de sacrifices pour combattre quelconque malédiction car le sacrifice de Jésus à la croix vainc toute malédiction, aussi violente serait-elle. C’est là que je réalisai le bonheur de marcher avec Dieu.

Deux hommes se détachèrent du cercle et se mirent rapidement à entasser du bois. Juste après, ils allumèrent un feu de l’autre côté de la pierre et la danse qui jusque là était nonchalante prit une tournure frénétique. « Dieu tout puissant ! criai-je intérieurement. Aie-pitié de moi. Sans toi je suis perdu. Et s’ils me tuent, qui le saura ? Qui ira le rapporter à l’église ? Qui ira informer Jack et mes collègues ? »  Mes pensées étaient alarmées. 

J’avais de la peine à penser. Je tremblais sans pouvoir me retenir. Autour de nous, la nuit s’était installée et j’étais convaincu que rester dans ce lieu jusqu’au matin serait fatal. J’étais sorti pour la liberté et n’étais point préparé pour la mort. 

A cause du feu et peut-être aussi de l’obscurité, le cercle s’élargit et quelques espaces se firent, offrant la possibilité de s’enfuir. Je pris mon temps, me ressaisis et réappris à réfléchir, à concevoir quelque plan. Il fallait qu’il réussît d’un coup. Dans telle situation, manquer son essai serait grand risque. Encore fallait-il pouvoir briser mes liens ! Le feu prit franchement et certains dans le cercle se mirent à s’amuser avec les braises et les flammes. 

« Ce sont des sorciers à ce que je vois ! Autrement, comment pourraient-ils marcher au dessus des braises ardentes, comment pourraient-ils enfoncer du bois rouge brûlant dans la bouche ? » Je me sentis désolé pour moi-même et fus persuadé par la menace de la mort, qu’il était vraiment plus facile de pardonner et le pasteur, et les parents de Fanta. Oui, leur pardonner était plus paisible que de finir comme ça, cuit et mangé par des sorciers et gratuitement en plus ! 

Mes pensées se remirent à courir : « Et si je mourais dans ce lieu, irai-je au ciel ? Aurai-je la vie éternelle ? » Je ne sais si les réponses me venaient de Dieu ou de ma conscience. Les réponses étaient constamment non. 

La colère m’avait aveuglé. Elle avait poussé des racines d’amertumes et j’avais déliré ; du moins me l’avait-on dit. « Que ferait Jésus dans ma situation ? Dieu enverrait-Il des anges pour Le délivrer ? Daniel fut délivré des lions, mais ceux-ci sont des hommes et non des lions. Et nous sommes en pleine brousse. Crier serait inutile car en plus d’être un lieu isolé, ce lieu a l’air d’une alcôve naturelle, c’est une sorte de creux de montagne dans lequel tout semble étouffé. Meschack et ses amis survécurent dans la fournaise ardente de Nebucanedstar. Certes, mais ils avaient été persécutés pour leur obéissance à l’Eternel, le Dieu d’Israël. Il se trouve que mon cas est plutôt un cas de punition. Ne suis-je pas en train de récolter la colère et la rancune que j’ai cultivées ?

« Je n’ai pas le souvenir d’avoir pardonné l’injustice du pasteur, ni même les paroles méprisantes du père de Fanta. Après tout, méritaient-ils le pardon ? Des gens qui se comportent comme des païens et prétendent être des chrétiens, fallait-il leur pardonner ? Non. 

« Ne faut-il pas plutôt qu’ils reçoivent un bon châtiment de Dieu ? Oui, Dieu devrait les punir afin qu’ils sachent que c’est Dieu qui donne l’élévation ; que c’est Dieu qui décide du sort de ses enfants. Ils devraient apprendre et comprendre que Dieu n’aime pas l’injustice et les amours préférentiels dans son Eglise. Pourquoi est-ce moi qui ai souffert sans cesse ? J’ai mal à la tête mon Dieu ! Voici que ma vie s’achève dans quelques instants sans que personne ne vienne à mon secours ! »  raisonnai-je péniblement.

Pris de panique devant le sort difficile qui s’apprêtait à s’abattre sur moi, je voulus lancer un cri à Dieu, m’écoutera-t-il ? Au moins fallait-il essayer ; avais-je d’autres choix ? 

Je me mis à prier. La confession de mes colères et de mes envies de vengeance s’imposa à mon esprit comme passage obligé et je demandai pardon à Dieu. Il fallait faire vite et je le fis dans l’urgence ; je demandai pardon à Dieu pour mes ressentiments ; je demandai que Dieu pardonnât mes ennemis à l’église ; qu’il pardonnât le pasteur, Fanta et ses parents ; qu’il pardonnât l’ancien Ziff ainsi que tous mes ennemis inconnus. Je demandai pardon pour la souffrance causée à Jack et pour le fait d’être parti sans l’avoir averti. En cet instant, je sentais l’imminence de ma dernière heure.

Oubliant l’ambiance surchauffée autour de moi, je me mis à réciter à tue-tête :

― Notre Père qui est aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme aux cieux-

― Arrêtez ! 

La voix était autoritaire. La musique s’arrêta, les danseurs se regardèrent. L’un d’entre-eux, qui avait mis la main droite sur son ventre s’écroula.

― Waï, waï, waï ; criait-il.

La personne fut transportée vers le milieu. Le premier homme de la scène demanda de l’eau qu’on lui apporta quelques instants après. Il souleva le seau vers le haut et déclara : « A l’honneur de Kanfla, notre dieu et maître qui ne peut-être trahi ; malheur quiconque offre un sacrifice dégoûtant à notre grand fétiche ; son sort est celui du cafard que le pied piétine sans qu’il n’ait eu le temps de se défendre ; à notre grand fétiche ! » Dès qu’il eut achevé de parler, il versa le seau d’eau sur la tête de l’homme étendu au sol qui se mit aussitôt à s’agiter. 

Voulant protéger ses yeux de l’eau ou peut-être de la craie liquéfiée, l’homme passa plusieurs fois ses deux mains sur le visage, du haut vers le bas, du front vers le menton. Avait-il oublié qu’il lavait son maquillage ?

Après sa crise, l’homme se releva et s’assit. Le père de Fanta était là, assis ; j’écarquillai mes yeux et regardai. Mes yeux se figèrent sur son visage ; la surprise et le choc se mêlèrent en mon esprit. J’étais étourdi. 

― Dieu Tout-Puissant ! lançai-je.

― Tuez-le immédiatement ! réagit-il.

A son ordre, tous ses compères gardèrent le silence. Mes pensées couraient dans tous les sens, sans une direction identifiée. Personne cependant n’obéit à son ordre. Tous étaient saisis de peur. Embrouillé et embarrassé, le père de Fanta cria à nouveau, cette fois sans conviction :

― Ziff, tue-le s’il te plaît…, même si tous les ri-ri-rituels du sa-sa-sa-sacrifice ne sont pas encore faits…, le fé-fé-fféfétiche com-com-comprendra…

― Malheur à celui qui déshonore Kanfla, lança le leader de la soirée. Notre grand fétiche n’aime pas les offrandes impures et tu dois payer. Détachez cet enfant et laissez-le aller ; que personne à l’avenir ne se moque encore notre grand Kanfla. Que cet incident regrettable vous serve de leçon.

Mon instinct de survie était en alerte. A présent, mes tremblements avaient disparus. L’un des joueurs de tams-tams libéra mes poignets. 

Au même moment, les crises du père de Fanta reprirent de plus bel, ses yeux tournèrent au blanc et il se mit à convulser ; allait-il survivre ? 

La situation ayant basculé, je pris librement mon chemin. Je ne pus identifier l’ancien Ziff dans cette foule d’hommes masqués de craie, la lueur du feu n’était pas suffisante. Peut-être l’aurais-je reconnu s’il avait répondu à la demande du père de Fanta !

Je m’en allai, marchant vite, frémissant par moment à ce que je venais de découvrir, priant et demandant à Dieu sa grâce pour me guider. Mon esprit était différent. Dans l’après-midi, j’avais marché en sens contraire, rancunier dans mon cœur et cependant désireux d’évasion. Cette fois, je me sentais libre dans mon âme. J’étais guéri spirituellement. La vérité et la repentance m’avaient guéri et je me savais capable de reprendre ma vie en main. 

Cependant, la découverte de la double vie du Père de Fanta et peut-être de celle de l’ancien Ziff me gardait encore captif. C’était une vérité difficile à gérer. Devais-je la rapporter à Jack ? Devais-je la rapporter au pasteur ? Devais-je en parler avec Fanta ? « Me croiront-ils ? Et s’ils étaient au courant ? Et si en gardant le silence je me faisais rattraper par cette secte ? » Les questions étaient nombreuses en moi et j’avais besoin de sagesse.

J’arrivai à la maison. Il devait être 22h passé et Jack n’était pas encore là. Immédiatement, je me mis à genoux et commençai à prier. Poussé par un désir de lecture de Matthieu au chapitre 5, je me relevai, lus et compris que l’issue était la prière de pardon. 

Je me mis à invoquer la miséricorde de Dieu sur les parents de Fanta, et sur l’Ancien Ziff. Je suppliai à genoux le Seigneur Jésus afin qu’ils ne mourussent pas sans s’être repentis. 

Jack rentra quelques minutes après 23h et sans dire mot, il rentra dans sa chambre. Apparemment, il ne savait rien de ma sortie. 

Le jour suivant était dimanche. Après le culte, Fanta me fit savoir que son père voulait me voir.

― Et de quoi le riche veut traiter avec le pauvre ? lui demandai-je.

Ma réponse me mit mal à l’aise. Je la sentais inappropriée. Elle m’avait échappé et je dus prier intérieurement : « Seigneur aide-moi à respecter ces gens maintenant que je connais la vérité ; et aussi comme  je leur ai pardonné. Garde-moi dans l’humilité et dans la crainte de ton nom. » Ce jour-là, l’ancien Ziff n’était pas venu à l’église. J’appris par son fils qu’il était allé au village tôt le matin. 

Fanta et moi nous rendîmes chez eux. Son père était fiévreux. Il fit rapidement sortir sa fille et se mit à pleurer :

Le pere de Fanta se confesse-nouvelle littéraire-chrétienne-Délires d'Amoureux

― Nous savons que tu aimes le Seigneur. Nous savons que tout ce que tu fais est béni car l’Esprit du Seigneur est avec toi et c’est pourquoi nous te combattons. C’est nous qui sommes responsables de tes malheurs de ces derniers mois. Tu es libre de nous pardonner. Si je devais mourir, sache que c’est la jalousie qui nous avait aveuglés. Continue de marcher dans la lumière de Jésus-Christ car Il est avec toi. 

J’étais bouleversé. Confession, non je rêve ! Que devrais-je répondre ? Pourquoi ne l’avais-je pas encore dénoncé publiquement ? Je le regardai fixement, considérai l’arrogance de cet homme qui m’avait montré quelques temps plus tôt que je ne valais rien. C’est de ses lèvres que j’entendais des encouragements ! Que lui répondre ? 

Alors que je lui cherchais une réponse séante, il ajouta :

― Fanta est ta sœur dans le Seigneur ; sa mère et elle ne savent rien de ce que tu sais.

Le silence me saisit. Quelle sera la volonté de Dieu dans toute l’affaire ? Le souvenir du pasteur surgit à ma pensée et je demandai : 

― Et le pasteur, est-il au courant… 

A cette question, ses yeux se mirent à faire une danse involontaire et il détourna le visage vers le côté.

Je sortis, convaincu de l’urgence de supplier encore la miséricorde du Dieu de toute grâce.

 

Remarques finales

Cette histoire fondée sur des faits observés au sein d’une église enseigne que le chrétien fidèle doit garder confiance en toutes circonstances. Etre enfant de Dieu nous garantit le secours permanent de Jésus-Christ qui a promis nous accompagner jusqu’à la fin du monde. 

Abdul dans sa détresse pense être rejeté alors même que Dieu veille fidèlement sur lui. Quelque soit la persécution rencontrée dans la vie, il convient de rester toujours positif et confiant car Dieu gère nos besoins et nos futurs longtemps à l’avance. 

Abdul n’avait surtout pas besoin de sombrer dans la dépression. En fait, il oublie ce faisant qu’il ne vit plus pour lui-même. Le chrétien vit pour la gloire de Dieu et les obstacles travaillent à son bien.

 

Délires d’Amoureux est une Nouvelle Chrétienne éditée par Tâ-Shalom Editions, Les livres de la liberté.

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Références et Copyrights

Nouvelle Littéraire Chrétienne

Collection : Tentations et Victoires

Copyrights 2016 Tâ-Shalom Editions, Les livres de la liberté

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ISBN de cette Nouvelle Imprimée: 9781520621456

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Titre de la version anglaise : Love Delusions

Illustrations: Méli Métino Cédric Gaël, Monthe Paul

Publication : Tâ-Shalom Editions

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Délires d’Amoureux

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Code de cette édition : 0003-TSE-ABD-I-FR-02 

Mises à jour: 11/10/2017

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